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FAUNE SAUVAGE
Belette, la «petite belle»
s Les grues cendrées
De février à mars, plus de 80 000 grues cendrées traversent le ciel de France en groupes très organisés, formant un V ou un W. Leurs cris claironnants se repèrent à quatre kilomètres par vent favorable. Ils s’expliquent par une particularité physique de l’oiseau. Sa longue trachée passe dans l’os creux du sternum et amplifie ses cris, si caractéristiques qu’ils sont à l’origine des différents noms de l’espèce dans la plupart des langues. Cette grande voyageuse peut dépasser les deux mètres d’envergure. Son horloge interne déclenche la nécessité de sa migration. Selon son origine, elle emprunte l’un des trois couloirs de migration, toujours le même depuis des générations. Elle atteint des records en altitude de plusieurs milliers de mètres, repérée par des avions ou audessus de la chaîne de l’Himalaya. Quand passent les grues cendrées, ouvrage écrit par François Dorigny et édité chez Eveil Nature dans la collection «Première approche», retrace le comportement passionnant de ces oiseaux. Destiné à tous les publics, il constitue le premier livre dédié aux grues cendrées. Ed. Eveil Nature, 48 p., 66 F.
s Textes fondateurs de l’écologie scientifique
L
a prolifération des campagnols dans les prairies et les paysages tempérés après les glaciations du quaternaire expliquent probablement l’apparition de la belette, d’abord en Europe. On la trouve aujourd’hui du nord de l’Asie au centre des Etats-Unis, des rég i o n s méditerranéennes aux steppes désertiques. La belette sait s’adapter, pourvu qu’elle trouve de quoi se nourrir. Linné, en 1758 en Suède, lui d o n n e son nom scientifique : Mustela nivalis. Mustela signifie belette en latin et nivalis, neige. Le pelage de la belette, dans les contrées froides, peut en effet se confondre à la neige lorsqu’elle mue pour l’hiver. Dans leur ouvrage intitulé La Belette, Marie-Charlotte Saint G i r o n s (ancienne présidente aujourd’hui disparue de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères) et François Moutou, l’actuel pré-
sident, s’appuient sur des arguments scientifiques pour réhabiliter «la petite belle». Le plus petit mammifère carnivore de la planète est souvent pourchassé par ignorance ou par intérêt. Confondue avec l’hermine ou le putois, issus comme elle de la famille des mustélidés, la bel e t t e est souvent considérée comme nuisible. Grande chasseresse de rongeurs, elle est pourtant d’une grande utilité pour l’agriculture. Elle a même été implantée en Nouvelle-Zélande en 1885 pour contrôler les populations de lapins. Une famille consomme entre 31 kg et 46 kg de nourriture par an. L e comportement, les prédateurs, les variations de taille selon les régions sont quelquesu n s des points évoqués dans l’ouvrage La Belette, richement illustré par des photos, des dessins ou des tableaux.
Marie Martin Ed. Eveil Nature, 72 p., 89 F.
S
s Bernard Lassus
Les principaux textes de l’architecte-paysagiste Bernard Lassus (L’Actualité n° 41) ont été rassemblés et traduits par Penn Press – les éditions de l’Université de Pennsylvanie, où il est professeur associé – dans un livre de 216 pages intitulé The Landscape Approach. Une large place est accordée au Jardin des Retours de la Corderie royale à Rochefort.
Un jardin de Gilles Clément à Poitiers
Le paysagiste Gilles Clément (L’Actualité n° 42) est en train de concevoir un jardin des sens à l’hôpital Pasteur de Poitiers. Il s’agit d’un terrain d’environ un hectare qui longe le Clain du PontNeuf au Pont Saint-Cyprien. L’idée revient au Cinev (Centre d’initiation à la nature et à l’environnement) qui, depuis deux ans avec le CHU, mène des actions en direction des enfants et des personnes âgées (éveil, maintien des acquis sensoriels...). Le projet, adopté par le CHU, s’élabore avec le soutien des collectivités locales. «Le jardin des sens sera un formidable outil pour les ergothérapeutes, souligne Rémi Forquin, directeur du Cinev, et aussi pour créer des ateliers intergénérations, des rencontres sur le thème du jardinage et de la biodiversité, pour éveiller la curiosité, le goût, l’odorat, etc.» Le jardin des sens sera ouvert à tous les publics. Rendez-vous au printemps 2000.
ous la direction de Pascal Acot, les textes fond a t e u r s de l’écologie scientifique européenne sont enfin réunis en deux volumes qui les rendent accessibles dans leur langue originale (allemand, anglais, danois, français), en fac-similé. Cet ouvrage est un précieux instrument de travail pour le chercheur car il présente des textes peu connus ou seulement au travers de sources s e c o n d a i r e s . Il est également proposé à tous ceux qui veulent connaître les derniers développements de l’histoire de l’écologie, champ de recherche multidisciplinaire très récent en histoire des sciences, en expansion en Europe et aux Etats-Unis. Les 38 textes ont été sélectionnés en fonction de leur influence sur le contexte scientifique de l’époque. Ils sont précédés d’un résumé en anglais et regroupés en six sections qui, du grand naturaliste et voyageur allemand Alexandre de Humboldt au géog r a p h e et anarchiste français Elisée Reclus, en passant par le géologue écossais Charles Lyell, le chimiste allemand Justus Lieb i g ou le biologiste danois Eugenius Warming, couvrent les domaines qui ont fait de l’écologie une science au XXe siècle, sans pour autant négliger les facteurs idéologiques. Ainsi, sont traités successivement : la géographie botanique (Jean-Marc D r o u i n ) , la structuration des c o m m u n a u t é s (Pascal Acot), l ’ a g r o c h i m i e et l’autotrophie bactérienne (Marika Blondel), la taxinomie et la nomenclature des groupes végétaux (Patrick M a t a g n e ) , la géographie des s o c i é t é s humaines (Donato Bergandi), la naissance de l’écologie scientifique (Pascal Acot, Gerhard Müller).
The European Origins of Scientific Ecology, Editions des archives contemporaines – Gordon and Breach, 2 vol. et CD-Rom, 884 F.
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L’Actualité Poitou-Charentes – N° 43
Dessin Alexis Nouailhat
CONSERVATOIRE RÉGIONAL DES ESPACES NATURELS
Chaos granitique et falunières
L
J-L T
Les faluns d’Amberre
Sur tous les fronts
Le Conservatoire régional des espaces naturels a mis en œuvre une politique d’acquisition et de conventions lui permettant de gérer près de quarante sites répartis sur tout le PoitouCharentes (plus de 3 000 ha). En Charente, il vient d’acquérir une ancienne exploitation agricole composée de 21 ha de pelouses calcaires et de zones marécageuses. Quinze ha vont être soumis à un pâturage extensif. A Saint-Fraigne, le conservatoire va étudier les possibilités d’intervention sur un site (35 ha) remis en eau par le Syndicat hydraulique de l’AumeCouture. Sur les meulières de Claix, près d’Angoulême, il a lancé un dossier européen Life, pour sauver des pelouses en voie d’embroussaillement, restaurer un coteau dégradé par la pratique sauvage de sports mécaniques et faire repâturer une trentaine d’hectares. Il poursuit l’aménagement des anciennes carrières de Touvérac. Dans les Deux-Sèvres, il apporte ses conseils techniques aux travaux d’aménagement et de valorisation du lac de Cébron. Les scientifiques ont remis aux autorités militaires leurs préconisations de gestion pour les terrains d’entraînement de Montmorillon (1 639 ha) et d’Avon (850 ha). Sur Avon, il a déjà financé la plantation de deux kilomètres de haies. Dans la Vienne, il a acheté 1,5 ha de landes et brandes en lisière de la forêt de Lussac-les-Châteaux. Enfin, son Atlas régional des paysages devrait voir le jour pendant l’été 1999. Conservatoire régional des espaces naturels, Tél : 05 49 50 42 59
es îles de Pont, à Ligugé, et les falunières de Moulin-Pochas, à Amberre : deux sites dont la gestion e s t désormais assurée par le Conservatoire régional des espaces naturels. Deux exemples d’un compromis entre accueil du public et protection de l’environnement. A Ligugé, près de Poitiers, le Cren travaille à la réhabilitation d’une parcelle d’une quinzaine d ’ h e c t a r e s située le long du Clain. Cet ensemble se compose d’une ancienne carrière de
per le stationnement sauvage. Les véhicules sont désormais garés sur un parking “de dissuasion”. Pour rejoindre les îles, les v i s i t e u r s doivent maintenant parcourir une petite centaine de mètres. On leur demande un petit effort... mais c’est au bénéfice de tous !» Le Cren a également fait poser deux panneaux présentant les caractéritiques géologiques du site ainsi que les variétés végétales et animales inféodées au milieu. L’idée va bien au-delà d’un simple cours de sciences naturelles. «Il était
Le site des îles de Pont à Ligugé.
granite, d’une vaste zone en friche (où l’avifaune est très présente) et des îles de Pont. C’est s u r ce petit chaos granitique qu’ont principalement porté les efforts du Cren. Il a été désigné par la commune comme conseiller scientifique pour sa réhabilitation et sa sauvegarde. «Nous avons d’abord fait enlever les embâcles qui obstruaient le cours de la rivière, détaille Alain Persuy, chargé de mission du Cren. Le pont qui enjambe un bras du Clain a été sécurisé par la pose d’une rambarde. Nous avons pris des mesures pour stop-
impensable de mettre le site sous cloche. En expliquant aux promeneurs et pêcheurs en quoi il est exceptionnel, nous espérons qu’ils feront preuve d’un minimum d’éco-civisme !»
Faluns, danger immédiat
M ê m e démarche à Amberre, avec les aménagements réalisés sur les falunières de MoulinPochas. Comme pour les îles de Pont, le conservatoire a préféré responsabiliser le public plutôt que de lui interdire l’accès d’un site majeur dans la région.
Cités dans la plupart des ouvrag e s de géologie, les faluns d’Amberre sont d’anciens dépôts de sable marin datant du tertiaire. Dans les falaises miniatures de cette ancienne carrière, on voit d’ailleurs très nettement les strates formées par les courants. Quelque sept cent cinquante espèces de mollusques fossilisés y ont été identifiées, des dents de requins et de crocodiles ont été découvertes. Aujourd’hui, ils constituent «le f r a g i l e et unique témoignage pictocharentais de l’extension de la mer». Fragiles parce que régulièrement pillés par les apprentis-paléontologues. Certains f r o n t s de taille sont toujours menacés d’éboulement. Aussi, en 1994, la commune d’Amberre et le district du Pays mirebalais ont fait appel au conservatoire pour assurer la sauvegarde de leurs faluns. Plutôt que d’ériger des barrières qui, de toute façon, auraient été parfaitement inutiles, le conservatoire a opté pour la pédagogie. «Après avoir acheté trois hectares de terrain, nous avons imaginé un parcours de découverte – environ deux kilomètres – calqué sur le chemin formé au fil des ans par les visiteurs. Des tables de lecture, des balises directionnelles et des panneaux d’identification ont été installés. La balade a été sécurisée par l’installation d’escaliers, de rampes d’accès et de rambardes en bois. Enfin, comme les faluns s’étendent des deux côtés d’une route relativement fréquentée, nous avons fait creuser un tunnel de quinze mètres de long sous la D24.» Mais surtout, le conservatoire incite les promeneurs à abandonner la fouille sauvage. En indiquant que, de leur attitude, dépend la préservation du site... et leur santé !
Emmanuel Touron
Marc Deneyer
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 43
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