fermer... Ci-contre, détails d’un story-board de Shéhérazade (Anabase Productions). Le storyboarder fait naître les personnages à partir des premiers croquis. Il les met en scène, définit leurs positions. Son travail permet de voir l’action se dérouler d’une case à l’autre.
A Angoulême, le studio d’Anabase Productions a besoin de créateurs. Les trois quarts de ses salariés ont été formés sur place, à l’école d’art
De l’école d’art au studio
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q Astrid Deroost
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’allais partir aux Etats-Unis. MarieFrance Brière – responsable d’Anabase Productions (Paris) – m’a appelé pour travailler sur Shéhérazade1. C’était en 1995, date de la naissance du studio d’Angoulême.» Philippe Mest est le réalisateur de la série d’animation diffusée depuis deux ans par France 2. En ce moment, l’équipe, constituée d’une vingtaine de personnes, met la touche finale au dessin animé inspiré des Contes des Mille et une Nuits. Au total en trois ans, 52 épisodes de 26 minutes chacun seront sortis du studio charentais Tilt, devenu depuis peu Anabase. Avant Alain Ayroles, Abdel Belhadi et Igor David, auteurs de bandes dessinées, avant Thierry Leprévost, créateur de la revue BD Egocomix, Philippe Mest a fréquenté l’Atelier BD de l’Ecole des beaux-arts d’Angoulême. Un cursus désormais intégré à l’Ecole supérieure de l’image.
C’était en 1983 et le 9e art devenait digne d’être enseigné, pour la première fois en France. Tous ces créateurs, et d’autres, sont aujourd’hui employés par un studio qui fait appel à leur main de dessinateur et à leur imagination. Storyboard, lay out, recherche des personnages, des décors ou des couleurs à la gouache... Presque tout, excepté les phases de montage et de postproduction réalisées à Paris, est conçu en Charente. L’animation est faite en Corée du Nord. Abdel Belhadi est responsable de la création des personnages. A sa sortie de l’université en 1994, il publie un album de bande dessinée, puis postule chez Tilt-Anabase : «Je suis venu à Angoulême pour faire l’Atelier BD et ensuite j’ai découvert les studios. En 1995, ils cherchaient des gens...» Thierry Leprévost a quitté l’école en 1992. Il a tout de suite travaillé pour les entreprises pionnières dans le domaine de l’animation en Cha-
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 43
Toonimage, studio de dessin animé, est, à Angoulême, le deuxième maillon d’une chaîne de fabrication internationale
Tourne image
Philippe Mest
autour du monde
Régis Drujont, directeur des studios, ne cache pas l’intérêt économique de ce trois-huit intercontinental : «Nous sommes des industriels et pourtant parmi les derniers Européens à proposer des emplois de gouacheurs. Les autres le font faire dans les pays émergents.» Alors qu’Angoulême forme essentiellement des créateurs, pourquoi avoir choisi cette ville ? «Un choix stratégique», répond Régis Drujont qui évoque l’image de la capitale de l’image. Paul Hannequart et Marc Minjauw, les dirigeants belges, ont cru au Pôle image. La première étape consistait à s’implanter dans un environnement économique favorable. A son arrivée, le studio a en effet formé le gros de ses effectifs et souhaite encore encourager l’évolution de ses salariés. L’été dernier, huit personnes sont passées du métier répétitif de gouacheur à une fonction plus élaborée. En ce moment, un employé de Toonimage encadre un cycle compositingchecking au CNBDI. Toutefois, dans un avenir très proche, les talents sortis de l’Ecole d’art d’Angoulême ou du Laboratoire d’imagerie numérique pourraient accompagner le développement d’Animatoon et de la 3D. Convaincu de l’énormité du marché, notamment télévisé, le directeur de Toonimage voit l’avenir d’un œil serein. Son groupe occupe une position leader en Europe et l’unité charentaise a toutes les bonnes raisons de grandir. A une condition : «La formation sera décisive pour le Pôle Image, insiste Régis Drujont. L’évolution des métiers de la communication audiovisuelle est très rapide. Pour qu’Angoulême soit un vrai pôle magnétique, il faut former rapidement des compétences pour tous les métiers de l’image.» A D
rente. Depuis trois ans et demi, il a rejoint le studio Anabase et supervise maintenant le lay out. Un parcours voisin de celui de Philippe Mest qui a découvert le dessin animé à Ango u l ê m e dès 1986, fait des expériences à l’étranger notamment en Angleterre, avant de se lancer dans la réalisation de Shéhérazade. Ces intégrations rapides cachent pourtant un réel décalage entre formation initiale et réalité professionnelle. Les élèves des beaux-arts n’avaient pas étudié l’image en mouvement et ils ont découvert sur le tas les techniques de l’animation. «La bande dessinée et le cinéma d’animation sont des disciplines totalement différentes. Mais à l’époque, explique Abdel Belhadi, l’Atelier BD était le creuset dans lequel puisaient les studios d’Angoulême.» Les formations désormais proposées par le Laboratoire d’imagerie numérique et l’Ecole supérieure de l’image élargissent peu à peu le champ des compétences locales. La future Ecole des métiers de l’animation est également prévue à cet effet. Les anciens de la BD ont toutefois trouvé un emploi à leur mesure. Philippe Mest trouve sa première expérience de réalisateur «passionnante», Thierry Leprévost a le sentiment d’accomplir un «vrai travail d’artiste» et Abdel Belhadi estime «avoir découvert un monde nouveau». De plus, la bonne santé de l’entreprise, qui entame – entre autres – la production de la série télé Ambos Mundos, est un gage de confort matériel. L’ombre d’Hergé plane pourtant sur le studio de dessin animé. Alain Ayroles (Garulfo, De Cape et de Crocs) ou Igor David (Les Neuf Têtes) publient régulièrement des albums, T h i e r r y Leprévost fait office de coloriste (Garulfo) et confie quelques planches à la revue BD Egocomix, créée à Angoulême en 1994... Une façon pour ces auteurs-dessinateurs de rester fidèles à l’image fixe. s
1. La série Princesse Shéhérazade est une coproduction Anabase Productions (groupe Expand), France 2, Carrere Television, avec la participation du Conseil régional PoitouCharentes et du Centre national du cinéma, et le concours de l’Ecole supérieure de l’image. Scénario de Viviane et Mohamed Salah Bettaïb d’après une idée de Marie-France Brière.
De l’entreprise traditionnelle à Toonimage, il y a le monde informatique et l’organisation virtuelle. Installé à Angoulême depuis 1997, le plus gros studio local de dessin animé, filiale du groupe liégeois Neurones, emploie 70 personnes. Tous les gouacheurs, les décorateurs et les professionnels de l’assemblage travaillent sur écran pour des scénarios imaginés ailleurs. Les dessinateurs – intervallistes et animateurs – se trouvent sur les rives de la mer de Chine. Toonimage intervient essentiellement sur des épisodes télévisés en deux dimensions destinés à un studio canadien qui se charge du montage final. Les dessins animés sont ensuite diffusés sur les chaînes anglo-saxonnes, certains sont en cours de traduction pour TF1 ou d’autres canaux francophones. Ambition nouvelle pour l’unité d’Angoulême : l’animation en 3D. Cette année, le second studio Animatoon participera à la création de séries mettant en scène des marionnettes virtuelles. Doctoon, le cyber-acteur-fétiche du groupe, dialogue déjà en temps réel avec les petits malades d’un hôpital wallon. Huit fuseaux horaires séparent Séoul de la France. Dans les locaux de Toonimage, les salariés attendent le travail des Coréens pour commencer le leur. Chaque jour, l’inforoute livre des milliers de dessins en noir et blanc par compression numérique. Captées par les informaticiens de la «régie», les œuvres s’enrichissent avant de filer vers Toronto. Entretemps, elles auront été colorisées, superposées aux décors créés sur place, assemblées et filmées. La tortue Franklin ou Flying Rhino sont nés de ce voyage virtuel. De 7 000 à 10 000 dessins, soit l’équivalent d’un épisode, sont traités chaque semaine à Angoulême.
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