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MÉMOIRE
La bande qui a changé la ville
Depuis le premier salon BD, en 1974, la ville a changé. Francis Groux a vécu l’an I de la métamorphose. Il a aussi rêvé la fusée de Tintin grandeur nature
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q Astrid Deroost Photo Majid Bouzzit
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rancis Groux est né à Angoulême en 1934. Après la guerre, comme beaucoup de gamins, il découvre la bande dessinée dans Coq Hardi, une revue de deux feuilles créée par Marijac. Mais ses parents n’encouragent guère son attirance pour les phylactères. Une envie «rentrée» de bande dessinée explose beaucoup plus tard lorsque les studios Hergé rééditent Les Cigares du Pharaon. La bédéthèque de Francis Groux renferme aujourd’hui 8 500 ouvrages, et le festival est son œuvre. Dans les années 70, Francis Groux rejoint l’équipe municipale et rencontre l’adjoint Jean Mardikian – aujourd’hui président du CNBDI. Mission : faire naître la culture dans une Angoulême endormie. Francis Groux, titillé par sa passion, y ajoute une touche BD. En 1972, la Quinzaine du livre reçoit Franquin, Gotlib, Fred, Hermann, Delinx et une foule de curieux. L’idée d’un salon naît, se nourrit de l’expérience de Lucca, en Toscane, et éclôt en janvier 1974. «On a tout logé dans le musée de la ville, les stands, les expos, les dédicaces, le Tac o Tac. On avait très peu de moyens et des grands auteurs : Saint-Ogan (Zig et Puce), Hogarth (Tarzan) et Kurtzamn (revue Mad). On a eu 10 000 visiteurs et la chance de tomber au bon moment.» L’association 1901, constituée un peu plus tard, organise en ce mois de janvier 1999 la 26e édition du festival international de la bande dessinée pour 170 000 curieux. Quatre cents personnes travaillent ponctuellement avec le directeur général, Jean-Marc Thévenet, et la demi-douzaine de permanents. Dès les premiers festivals, les dessinateurs font don d’une planche originale aux organisateurs. Lors de la troisième édition, la griffe d’Hergé
enrichit la jeune collection installée dans le musée de la ville. La galerie Saint-Ogan accumule 1 500 œuvres qui prendront, en 1990, le chemin du musée national de la bande dessinée. Partie intégrante du Centre national de la bande dessinée et de l’image, voulu par François Mitterrand, l’institution propose aujourd’hui près de 5 000 œuvres, une bibliothèque, une librairie et un centre de documentation. Francis Groux aime par dessus tout Franquin, «c’était un ami», Marijac, Pratt, Moebius, Mézières et tant d’autres comme Mazan ou Turf. «Plaisant, dit-il, de penser que ces deux-là sont sortis de l’Ecole d’art d’Angoulême.» En 1983, le succès du festival crée son premier effet de réalité. L’Ecole des beaux-arts s’enrichit d’une section Atelier BD (seul homologue européen : l’école Saint-Luc de Bruxelles). L’atelier a pour but de «favoriser, par le biais d’une formation adaptée, l’accès des futurs créateurs aux nouvelles technologies de l’image». Les anciens élèves sont aujourd’hui auteurs de BD ou employés dans les studios de dessin animé. L’école-atelier est devenue Esi (Ecole supérieure de l’image) répartie sur les sites d’Angoulême et de Poitiers. Outre le Lin, Angoulême accueille également le Lisa – le lycée de l’image et du son qui propose des bacs pro et des BTS formant aux métiers de l’audiovisuel. Enfin, une Ecole des métiers du cinéma d’animation doit ouvrir ses portes. Elle est préfigurée par les stages de lay out, storyboard ou checking-compositing organisés au CNBDI. L’établissement proposera des formations initiales et continues (images de synthèse, jeu vidéo, post-production) capables de répondre à la demande future des entreprises. «Petit à petit, les Angoumoisins se sont appropriés le festival, et la manifestation a envahi
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toute la ville», constate Francis Groux. Avec l’apparition d’un CNBDI légèrement excentré, le piéton bédéphile a redécouvert les bords de Charente. Urbanisme intelligent : c’est là que le Conseil général constitue son patrimoine. En tout 60 ha de friches industrielles, d’immeubles de caractère, de terrains à bâtir seront consacrés à l’édification du pôle. Les quartiers du fleuve, abandonnés par l’industrie notamment papetière, retrouvent leur vocation économique. Le festival a fait d’Angoulême la place mondiale de la BD mais ses promoteurs partagent toujours avec d’autres leur passion du 9e art. Prêts d’expositions, coorganisations de festivals... Il y a peu, Francis Groux était dans un village du Périgord pour animer un tout petit salon. «J’ai retrouvé, avoue-t-il, l’ambiance chaleureuse des premières éditions. On connaissait tous les auteurs et on mangeait ensemble. Pourtant, aujourd’hui, quand je vois la foule de festivaliers dans les rues d’Angoulême, je jubile.»
Festival 99
Le Festival international de la bande dessinée (27-31 janvier) est placé sous la présidence du Lillois François Boucq, grand prix 98. Pour la 26e édition, l’association organisatrice a décidé de mettre l’accent sur la BD francophone, notamment belge, et sur la place réservée au jeune public. Nouveauté : le public est convié à l’inauguration et à la remise du trophée 1999. Cérémonie qui, le samedi soir, prendra la forme d’une fête populaire place de l’hôtel de ville. François Boucq, le créateur de Jérôme Moucherot, est la vedette d’une exposition installée sous une bulle au cœur de la ville. L’univers délirant du dessinateur se prolonge dans une rue voisine.
Cap au Nord
Fusée de Tintin : un rêve grandeur nature
équipe de motards. La principale nouveauté de l’année est l’apparition d’une nouvelle bulle (chapiteau) qui permet d’agrandir considérablement l’Espace Jeunesse (700 m2), lieu pédagogique et ludique, et endroit privilégié des rencontres entre les enfants et les auteurs. Signe des temps : l’espace cyberbédé prend également du volume (500 m2). Comme toujours durant cinq jours, le festival vivra dans la ville entière, réunira tous les éditeurs (ou presque) et plus de 500 auteurs. PRATIQUE. - Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, 26e édition du 27 au 31 janvier 1999. Le premier jour est consacré aux enfants accompagnés de leurs parents, aux scolaires et aux groupes, de 9h à 19h. Du jeudi au dimanche, ouverture à tous les publics de 10h à 19h, nocturne le samedi sous les bulles jusqu’à 21h. Entrée libre pour les moins de 10 ans, passeport pour un jour : 50 F (tarif réduit : 40 F), passeport pour trois jours : 95 F. Renseignements au 05 45 97 86 50
A la fin de ce mois de janvier 1999, on devrait savoir si le Conseil général et la ville d’Angoulême ont atteint l’«objectif Lune» et séduit la fondation Hergé. Le projet de construction de la fusée de Tintin, grandeur réelle, a en effet été annoncé l’an dernier. L’engin spatial à damiers rouges et blancs, planté sur un îlot de la Charente, proposerait des activités ludiques sur la BD et la conquête de l’espace. En ce moment, un cabinet d’études parisien planche sur la structure, sur le contenu des animations qui s’étaleraient sur 9 étages et 4 000 m2, et sur le coût de l’opération. «Cette idée de fusée, nous l’avons lancée en 1995 et nous sommes très satisfaits que le Pôle Image l’ait retenue.» Francis Groux a pourtant quelques regrets. Lui et d’autres acteurs locaux avaient constitué une association pour répondre à l’appel à projets du Conseil général. En vain. Le fondateur du festival rêve toutefois de participer à la nouvelle aventure «pour le plaisir». Il croit à la force symbolique de la fusée de Tintin, connue de tous les âges et dans le monde entier. La ville profiterait forcément de la renommée du petit reporter. La fusée de papier a accompagné l’utopie de la conquête spatiale. Sa construction, à Angoulême, porterait l’utopie de la communication via les images virtuelles et le temps réel. De la 2D à la 3D, la création d’Hergé prend vraiment la dimension d’une œuvre intemporelle. s
Au pied du CNBDI, le musée du papier Le Nil accueille les plus célèbres scénaristes belges d’aujourd’hui : Van Hamme (XIII), Desberg (La Vache), Cauvin (Les
Tuniques Bleues), De Groot
(Léonard), Duchateau (Ric Hochet), Tome (Spirou), Dufaux (Jessica
Blandie), Lapière (Lapière), Zidrou
( Margot ). La Belgique est aussi à l’honneur au CNBDI qui rend hommage à l’œuvre de Raymond Macherot, le poétique père de Chlorophylle, Sybilline et de Chaminou. Avec les personnages du Suisse Cosey, le Centre invite également à un voyage autour du monde. Le festival, vraiment international, consacre également des expositions à Greg (Achille Talon), le plus belge des Français, Alejandro Jodorowsky (L’Incal), le plus français des Argentins, l’Anglais Glen Baxter et au Joe Bar Team, la plus franchouillarde
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