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Images : René Laloux, maître de l’imaginaire

Dossier Images – Article :

René Laloux, maître de l’imaginaire. René Laloux dirige de laboratoire d’imagerie numérique du CNBDI. Aux étudiants, le réalisateur de « La Planète Sauvage » offre son expérience et une proposition : vivre en harmonie avec son art.

Portrait photo de René Laloux par Majid Bouzzit, dessin issu de La Planète sauvage par René Laloux et Roland Topor, auteur : Astrid Deroost.

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    René Laloux dirige le Laboratoire d’imagerie numérique du CNBDI. Aux étudiants, le réalisateur de La Planète sauvage offre son expérience et une proposition : vivre en harmonie avec son art
    La Planète sauvage, de René Laloux et Roland Topor
    René Laloux « ous parlerez d’un monsieur à cheveux b l a n c s , avec des lunettes.» René Laloux, réalisateur-auteur de dessins animés, a le rire sonore de feu l’ami Topor. Il sait l’image paisible qu’inspire sa silhouette de sexagénaire. Illusion fugace. Dans son bureau du CNBDI, le directeur du laboratoire d’imagerie numérique se bat pour le cinéma d’auteur. Ennemi désigné : les médias commerciaux qui imposent leurs normes aux artistes. Son rôle de pédagogue à Angoulême se résume en quelques mots : encourager l’ambition des jeunes créateurs, les faire entrer dans la magie du mouvement. L’homme est formel : «Filmer des acteurs, c’est bien. Mais l’humain a toujours bougé. Faire bouger des dessins ou des sculptures, ça, c’est un art véritable. C’est le plus beau don que l’on puisse faire à l’imaginaire.» Pour transmettre cette certitude, René Laloux a longuement cheminé dans l’inconfort affectif et matériel. Rapide et pudique, il évoque une petite enfance heureuse et déjà, la passion du cinéma. Mais l’adolescence est fragilisée par la séparation de ses parents. En mal de repères,
    maître de l’imaginaire
    V
    q Astrid Deroost Photo Majid Bouzzit Dessin Topor 30
    il lit, fréquente encore les salles obscures, observe et dessine au cours du soir. Jusqu’à Brivela-Gaillarde. Contre toute logique, c’est en province que le Parisien âgé de 17 ans explore les arts qui l’attirent depuis toujours. Rencontre fondamentale. René Laloux parle d’un copain musicien, apprenti comme lui, chez un sculpteur sur bois : «Il m’a introduit dans un groupe d’artistes. On faisait du théâtre, de la musique, de la peinture... Mais toujours dans un contexte économique difficile.» Il faudra du temps, du travail et d’autres rencontres pour que le créateur trouve ses marques. Un rôle d’animateur dans une clinique psychiatrique de C o u r- C h eve r ny est son véritable coup de chance. Il a 26 ans. «C’était un séjour formidable. Je peignais beaucoup avec les malades et leur compagnie m’a aidé à mieux me cerner.» René Laloux et les patients construisent d’abord un spectacle de marionnettes en ombres chinoises, puis se lancent dans un court métrage. Prof et élèves s’inspirent d’une réflexion du psychiatre Jung, écrivent et dessinent. En 1960, Les dents du
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 43
    singe, histoire d’un médecin voleur de dents de pauvres, décroche un prix et l’admiration des pairs. Ce film, «grande jouissance, comme toutes les premières fois», annonce d’autres créations faites d’histoires et de graphismes inventifs. Avec Roland Topor, Moebius ou Caz a, «dessinateurs remarquables», René Laloux donne au monde La Planète sauvage, Les Maîtres du temps ou Gandahar. «J’ai voulu offrir aux adultes un art complet et mes œuvres ont été mieux reçues par les enfants. D’ailleurs, c’est aux enfants, qui ont l’imaginaire le plus développé, qu’on donne les choses les plus débiles.» Mais en 1973, La Planète sauvage – science-fiction d’après Stefan Wul – est interdite au moins de 13 ans.
    Le refuge de la création Depuis 1996, René Laloux dirige le Laboratoire d’imagerie numérique. Là, les étudiants apprennent à faire de l’informatique un outil de création. Le projet pédagogique construit avec José Xavier, autre réalisateur de films d’animation, englobe une formation théorique, pratique et un questionnement sur le sens des nouvelles images. De l’idée première à la réalisation d’œuvres courtes, les étudiants s’initient aux différents procédés qui permettent le mouvement de l’image. L’apprentissage comporte la maîtrise de l’outil numérique et de l’écriture cinématographique. «C’est un enseignement complexe. Il faut intégrer les nouvelles techniques, les nouveaux logiciels mais aussi le scénario, la mise en scène, la postproduction...» Pour René Laloux, la 3D est une séduisante conquête de l’espace, une sorte d’aboutissement qui requiert une écriture encore plus subtile. Les nouvelles images, comme les anciennes, réclament des explorateurs inventifs qui sachent se situer dans le monde et dans l’histoire de l’art. «Les profs peuvent vraiment aider les jeunes qui ont une grande ambition. Au Lin, nous avons déjà récompensé des films talentueux. Les écoles sont les seuls lieux de résistance où l’on préfère la qualité à la médiocrité.» L’exigeant René Laloux est néanmoins très attentif à ce qui se crée ailleurs. Il porte un regard bienveillant sur Kirikou qui lui a fait vivre des «instants magiques» ou encore sur La Vieille Dame et les pigeons, deux dessins animés produits par Les Armateurs. Le studio de production indépendant, dirigé par Didier Brunner, semble l’une des rares composantes du Pôle image à susciter l’admiration du maître.
    «Chaque œuvre est une aventure, on met sa vie dans la balance»
    Pourtant la reconnaissance est là. Le réalisateur se souvient des astuces pour monter ses financements, des problèmes de diffusion, des collaborations heureuses avec les studios et les talentueux artistes de l’Est. René Laloux partage encore le sort des créateurs rétifs aux lois du marché. Un engagement qui garde tout son sens au moment où les chaînes se multiplient réclamant toujours plus de produits culturels. Aujourd’hui, le directeur du Lin a forcément un beau projet de film dans la tête mais il se réfugie dans la peinture. Il se réjouit de progresser dans une discipline qu’il a toujours pratiquée. L’écriture l’attire de plus en plus. Son coup d’essai, en 1996, dit tout de son amour pour Ces dessins qui bougent, classiques ou expérimentaux. Clin d’œil à Roland Barthes : René Laloux compare la photo au cinéma d’animation. La première témoigne de façon morbide de ce qui a été. Le second, écrit le réalisateur, «est un acte créateur qui devance l’existence. [...] par essence, il se conjugue toujours au futur». Parmi les dizaines d’auteurs cités dans l’ouvrage, on note Bartosch, Grimault, Avery, Alexeieff et le Disney du tout début. Mais depuis deux ans, René Laloux est d’abord un enseignant. Il confie pêle-mêle sa joie d’être utile, reconnu, stimulé, formidablement surpris et souhaite apporter quelque chose aux futurs artistes. Quelque chose qui a à voir avec le respect du créateur, de ses idées, de ses aspirations. «Chaque œuvre est une aventure, on met sa vie dans la balance. Il ne faut jamais se compromettre moralement.» A presque 70 ans, le cinéaste a une grande ambition : faire de son école un lieu d’invention et de liberté. s
    «Le Pôle image, au début, c’est une grande idée qui pouvait produire une dynamique de création. Mais il fallait faire venir les plus grands dans tous les domaines de l’animation, des producteurs indépendants... Il faut une volonté (politique) de fer.» Pour René Laloux, seule une cohérence qualitative peut transformer un lieu en référence. Fort de ce constat, le réalisateurauteur entend se consacrer au Lin, améliorer encore la pédagogie et préserver la création des appétits mercantiles. «Il est hors de question, dit-il sérieux tout en riant, que je travaille pour des écoles de commerce.» A. D.
    Le Laboratoire d’imagerie numérique a été créé en 1989, au sein du Centre nationale de la bande dessinée et de l’image. Il fait partie d’un réseau d’écoles et d’universités, le Center for international technology and education (Cite). Le Lin délivre une formation supérieure de 3e cycle sanctionnée par un European media master of art (Emma). Les étudiants peuvent choisir entre trois options : «animation 2D,3D», «Design produit, simulation, visualisation» et «Conception de produit multimédia interactif».
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