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Cinéma : Bertrand Desormeaux

Rubrique Cinéma – Article :

Mémorables images d’amateurs. Bertrand Desormeaux, réalisateur, oeuvre pour la création d’un centre régional d’archives cinématographiques. Grâce à sa quête de films amateurs, la Charente a déjà retrouvé une partie de sa mémoire visuelle. Il a réalisé le film « Mémoires de Charente ».

Portrait de B. Desormeaux par Bruno Veysset, auteur :Astrid Deroost.

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    cinéma
    Mémorables Par Astrid Deroost Photo Bruno Veysset
    images d’amateurs Bertrand Desormeaux, réalisateur, œuvre pour la création d’un centre régional d’archives cinématographiques. Grâce à sa quête de films amateurs, la Charente a déjà retrouvé une partie de sa mémoire visuelle
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    ertrand Desormeaux, réalisateur de documentaires et professeur de vidéo à l’Ecole de l’image d’Angoulême, a entamé voilà cinq ans une mise en lumière du cinéma amateur. Mémoires de Charente, son film récemment sorti en cassette, met en scène une partie des images collectées. Mais il souhaite étendre les recherches à l’ensemble de la région afin de constituer un centre d’archives cinématographiques. «En voyant Jacquot de Nantes et les réalisations du jeune Demy, je me suis dit qu’il existait peutêtre d’autres Jacquots. Qu’il y avait quelque
    Mémoires de Charente : frairie à Bouëx, 6-7 août 1950.
    chose à faire autour du cinéma amateur.» Par voie de presse, par tracts, Bertrand Desormeaux et son association, Trafic Images1, organisent en 1995 la première phase d’une entreprise de longue haleine. Il s’agit de retrouver les films réali-
    sés en Charente par des passionnés éclairés. En effet, dès les années 20 et jusqu’aux années 60, les cinéastes amateurs forment des clubs particulièrement actifs, échangent leur matériel et leur savoir-faire. Armés de caméras 16, 9,5 puis 8 et super 8 mm, ils maîtrisent la technique et s’intéressent aux événements de la vie locale. Ils seront pendant longtemps, et avant les chaînes télévisées, les seuls pourvoyeurs d’images régionales. Très vite, l’appel lancé par Bertrand Desormeaux est entendu. Les particuliers exhument des bobines abandonnées par un ami, un père ou un grandpère. «C’était des moments intenses liés à la charge émotive de l’image, reconnaît le cinéaste. De plus, certaines personnes n’avaient jamais vu leurs films et redécouvraient des visages connus.» Les documents sont copiés, référencés et p r o j e t é s dans le cadre d’une exposition scénographiée, à l’occasion du centenaire du cinéma. Jours de fête pour Trafic Image qui saisit, quelque temps après, l’opportunité de confectionner un film. Bertrand Desormeaux se charge de la réalisation et mène un long travail de décryptage en compagnie des donateurs. Une tempête, un discours politique, des centaines de salariés sortant d’une papeterie, des sourires sous l’Occupation, une fête populaire : au fil des échanges, des recherches historiques, les images muettes prennent leur sens et éclairent le présent. «Nous avons rencontré des gens âgés capables d’identifier toutes les personnes. Y compris pour ce pique-nique des années 20 qui apparaît au début du film. Puis, nous avons vérifié les informations recueillies.» Les images ne veu-
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    La référence bretonne La cinémathèque bretonne, créée à Brest il y a quinze ans, dispose d’un fonds de 12 000 films, essentiellement issus de la production amateur. Sa mission consiste à retrouver et à préserver les œuvres concernant la Bretagne depuis l’émergence du 7e art. Mais la banque d’images intègre aussi des documents étrangers aux strictes frontières régionales. «Nous avons concentré notre énergie sur les films d’amateurs», explique André Colleu. Une option plus intéressante, selon le directeur, que de retrouver la énième copie d’une œuvre de fiction. Dans chaque département breton, une antenne se charge de retrouver les bobines en utilisant les réseaux sportifs, professionnels ou religieux, ou en consultant les anciennes revues consacrées au cinéma amateur. Les associations, les passionnés, les chercheurs sont associés aux travaux de recherche et d’identification des documents qui sont copiés et ensuite archivés. La télévision fait d’ailleurs régulièrement appel à cette source inédite d’informations visuelles. Enfin, la cinémathèque propose une fois par mois des projections publiques. Zoom sur un pionnier du cinéma breton, sur les fous de l’aviation, sur le sport à Brest au début du siècle : les responsables croient en la dynamique des animations. Elles ont pour effet d’activer les réseaux, de créer la surprise des spectateurs et de générer une demande toujours plus grande d’images.
    lent pas susciter la nostalgie béate mais favoriser une meilleure connaissance de la région. Les 50 mn du film – tirées des 50 heures d’images dénichées – servent ce parti pris : le montage thématique respecte le travail des amateurs qui ont aussi enrichi le langage cinématographique. Le commentaire, dit par Michel Boujut, restitue le contexte historique avec simplicité. En Charente, la cassette s’est vendue à plusieurs milliers d’exemplaires. Une réussite qui consolide la conviction de Bertrand Desormeaux : la production des cinéastes amateurs constitue un patrimoine d’intérêt majeur. Selon lui, la création d’un centre régional d’archives cinématographiques permettrait de sauvegarder cette richesse collective, de la mettre à disposition du public, des scolaires et des chercheurs. D’autant qu’entre Brest et Toulouse, il n’existe guère de lieu susceptible de valoriser les témoignages visuels. Le projet fait son chemin et le Pôle Image d’Angoulême pourrait constituer un environnement favorable. Les découvreurs d’images appliquent, en ce moment, leur patiente méthodologie à la Charente-Maritime. Bernard Desormeaux prévoit déjà les découvertes et les rencontres à venir... Ces instants où le «côté religieux du cinéma» fait travailler la mémoire. s 1. L’association Trafic Image (Angoulême, 05 45 61 12 99), créée en 1995 par Bertrand Desormeaux et Danièle Hiblot, est à l’origine de la redécouverte du cinéma amateur en Charente et du projet de centre régional d’archives. Mémoires de Charente, 1920-1960, a été coproduit par la société Les Armateurs (elle-même soutenue par le Conseil général de la Charente) et édité par les Editions Montparnasse, musique originale de Kent Carter, texte de Claude Rapp lu par Michel Boujut.
    La Fédération des cinémathèques et archives de films de France rassemble une douzaine de structures. «Nous sommes proches des cinémathèques de Rouen ou de Nancy mais toutes n’ont pas les mêmes priorités. Certaines sont liées aux salles ou ne s’intéressent qu’aux films de fiction.» André Colleu avoue humblement que la cinémathèque bretonne fait un peu figure de référence en matière de sauvegarde du patrimoine régional.
    La science à la loupe Dans les Mémoires, Bertrand Desormeaux a inséré des documents que l’on peut qualifier de professionnels : une scène à la ferme tournée par Ernest Normandin, pionnier du cinéma, et un extrait de film médical. C’est ainsi que l’on découvre l’importance du Charentais Jean Comandon (1877-1970), promoteur du cinéma scientifique. Autour des années 10, ce médecin et savant utilise le cinématographe associé au microscope (microcinématographie) et l’ultramicroscope (technique d’éclairage) pour étudier les micro-organismes. Il effectue ses premières prises de vue au sein du laboratoire central de l’hôpital Saint-Louis de Paris puis, se laisse parrainer par la société Pathé. Dans les studios de Vincennes, Jean Comandon dispose du matériel nécessaire à ses recherches. Il veut obtenir des images animées du spirochète de la syphilis. Selon lui, le mouvement de ce microbe est typique et facilite son identification. Jean Comandon fera de nombreuses communications devant l’Académie des sciences et participera notamment, en 1914, à la 48e session de l’Association française pour l’avancement des sciences afin de démontrer l’intérêt de l’accéléré et du ralenti, techniques qui rendent perceptibles certains mouvements cellulaires. Il réussira là où, dès la fin du XIXe siècle, le docteur chirurgien EugèneLouis Doyen avait échoué en tentant de séduire les scientifiques avec ses opérations filmées. Les films de Jean Comandon étaient pour la plupart réservés à un public d’initiés. D’autres, vulgarisateurs, illustraient des programmes scolaires ou passaient en première partie des séances de fiction. Sa production s’élève à plusieurs centaines de films. Son travail est référencé au département cinéma scientifique du CNRS.
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