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J.-L. Lemoigne - LPO
Diversité
ornithologique
server arpentant les terres du marais qui a gardé toute sa richesse grâce à la présence de troupeaux et à l’entretien réalisé par les agriculteurs qui y pratiquent l’élevage extensif. C’est en effet par eux et grâce à eux que le marais vit encore, abritant également des espèces patrimoniales, comme la loutre, la cistude d’Europe... sans oublier les grandes héronnières. Les plaines céréalières des Deux-Sèvres abritent encore la rarissime outarde canepetière dont les effectifs ont dramatiquement chuté en France depuis 1980, passant de 6 500 mâles chanteurs à moins de 700 en 1996. C’est l’oiseau qui a enregistré le déclin le plus spectaculaire en France. La modification des pratiques culturales, la régression de l’élevage et la suppression de nombreuses luzernières et prairies sont quelques-unes des causes de cette disparition. Aujourd’hui l’outarde est un oiseau que les agriculteurs peuvent sauver. Certains ont déjà signé des contrats dans le cadre d’un programme européen Life Nature qui les aide financièrement à adopter des pratiques favorables à l’accueil, à la nidification e t à l’élevage des poussins : création de
La diversité des paysages est une des richesses de Poitou-Charentes, région qui a la chance de se situer entre l’océan Atlantique et la moyenne montagne. La diversité de ces habitats, du milieu marin à la forêt de feuillus en passant par les marais, les pelouses sèches, les tourbières, les plaines... se traduit par la présence de nombreux oiseaux communs ou remarquables
Par Yann Hermieu Photos J.-L. Lemoigne et L.-M. Préau - LPO
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a cigogne blanche est de retour dans les marais de Charente-Maritime depuis 1978, et le nombre de couples n’a cessé de croître pour atteindre 74 en 1998 dont 61 ont permis l’envol de 206 cigogneaux vers les lointaines terres africaines. Oiseau symbole s’il en est, chacun aura pu assister aux scènes quotidiennes de nourrissage tant à proximité des remparts de la citadelle de Brouage que sur les pylônes haute tension le long de la route qui vous mène vers l’île d’Oléron. Vous aurez pu encore l’ob-
L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
oiseaux
luzernières, retard des dates de fauche, maintien de chaumes après les moissons. Un ensemble de mesures favorables également à la faune de plaine (perdrix, cailles…) qui concernent 250 ha en Poitou-Charentes.
Concilier activités humaines et présence des oiseaux
En Vienne, le massif de Moulière est un milieu extrêmement riche dont les busards Saint Martin et cendrés ont fait la réputation depuis longtemps, sans oublier le circaète Jean-le-Blanc, l’autour des palombes, le faucon hobereau, le pic noir, le pipit rousseline, l’engoulevent... Il abrite également une belle population de cerfs et une bonne cinquantaine d’espèces de libellules. Ici, le reboisement en résineux du Pinail, originellement couvert de landes, a amené la LPO Vienne à signer une convention avec l’ONF afin de maintenir des zones d’accueil favorables aux busards. Des arbres ont donc été éliminés afin de reconstituer une lande homogène d’une vingtaine d’hectares. Les zones humides et prairies inondables du Val de Charente accueillent le «roi des cailles». De retour de migration d’Afrique, le râle des genêts s’installe dans les prairies humides pour y conquérir les femelles et s’y reproduire. La menace qui pèse sur cette espèce est bien sûr la disparition de ces prairies, souvent boisées ou mises en culture. Et lorsqu’il a eu la chance de se reproduire dans une zone favorable, les fauches précoces peuvent anéantir couvées, poussins ou femelles couvant. Les conventions signées par les agriculteurs bénéficiant de mesures Olae (Opération locale agri-environnement) et Natura 2000 leur permettent de pratiquer une agriculture respectueuse de l’environnement : élevage extensif, fauches tardives... avec une contrepartie financière. Les plateaux du Montmorillonais hébergent un cortège d’oiseaux essentiellement liés à la présence de gros insectes. Cette nourriture abondante, pies grièches et œdicnèmes criards la trouvent grâce aux vastes pelouses à moutons qui subsistent dans cette région. Ici encore, la présence de l’oiseau est intimement liée à celle de l’homme. En Poitou-Charentes, cette présence humaine dans les zones rurales diversifiées, où se cultivent encore vignes et vergers, est à l’origine d’un habitat singulier en pierres sèches. Les habitations ou les murets séparant les parcelles, allant de pair avec le maintien du pâturage, permettent à des oiseaux aussi fascinants que la chevêche d’Athéna ou aussi bigarrés que la huppe fasciée de trouver des sites de nidification appropriés. Le moindre trou entre deux pierres est exploité et la proximité des troupeaux favorise la présence
L.-M. Préau - LPO
Page de gauche, le guêpier d’Europe, migrateur africain, et ci-contre, l’outarde canepetière, très menacée en Poitou-Charentes.
des gros coléoptères, mets de prédilection de ces deux oiseaux. Autre exemple de cette cohabitation : les carrières. Il est indéniable que ce type d’exploitation porte atteinte au milieu naturel, aussi ne faut-il pas oublier de prévoir, dès l’ouverture, sa réhabilitation le jour où toute activité cessera. Lors de l’exploitation, les fronts de taille offrent des sites de nidification peu fréquents dans la région et tout un cortège d’oiseaux inféodés à ce milieu s’y regroupent. Les plus spectaculaires sont sans conteste le guêpier d’Europe, migrateur africain richement coloré, qui profite des falaises sablonneuses pour y creuser son terrier et y élever sa nichée. Il en est de même pour une petite hirondelle brunâtre, l’hirondelle de rivage. La LPO Vienne a passé une convention avec les professionnels afin de concilier activités humaines et présence des oiseaux. En période de nidification, des fronts de tailles sont conservés intacts dans des secteurs calmes pour que la reproduction des oiseaux soit menée à son terme. Le même type d’accord a été signé par la LPO avec un exploitant dans le sud de la Charente-Maritime. Aujourd’hui, à tous ces oiseaux que les hommes tentent de maintenir dans leur quotidien, s’ajoutent de nouveaux venus : le Poitou-Charentes accueille ainsi depuis quelques années la nidification du héron garde-bœufs, du crabier chevelu, de l’aigrette garzette et plus récemment l’ibis sacré dans l’île de Ré et, pour la première fois, la spatule blanche se reproduit en Charente-Maritime. Tous les espoirs ne sont donc pas perdus...s
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