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Richard Coeur de Lion, l’idéal chevaleresque

Dossier Patrimoines – Article :

Richard Coeur de Lion, l’idéal chevaleresque. Les Plantagenêt ont régné, au XIIe siècle, sur toute la facade atlantique, de l’Irlande aux Pyrénées. Portrait d’une figure légendaire de la famille, Richard Ier, dit « Coeur de Lion », fils d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine.

Entretien avec Martin Aurell, professeur du CESCM de l’Université de Poitiers. Photo du gisant de Richard Coeur de Lion dans l’abbaye royale de Fontevraud, par Bruno Veysset, portrait de Martin Aurell par Mytilus, entretien réalisé par Carlos Herrera.

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    noblesse
    Richard Cœur de Lion Les Plantagenêt ont régné, au XIIe siècle, sur toute la façade atlantique, de l’Irlande aux Pyrénées. Portrait d’une figure légendaire de la famille, Richard Ier, dit «Cœur de Lion», fils d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine Entretien Carlos Herrera Photos Mytilus et Bruno Veysset
    l’idéal chevaleresque
    R
    ichard Cœur de Lion est mort il y a tout juste huit cents ans, à Châlus, en Limousin, après seulement dix ans de règne (1189-1199), à quarante-deux ans. Le fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine incarne l’idéal chevaleresque. Excellent guerrier et fin lettré. Martin Aurell, professeur au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l ’ U n i v e r s i t é de Poitiers, nous dresse un portrait de cette figure marq u a n t e de notre histoire et de notre imaginaire (en particulier en PoitouCharentes). Au printemps dernier, il a organisé, à Thouars, un colloq u e international (labellisé par l’Année du patrimoine) sur «La cour Plant a g e n ê t (11541 2 0 4 ) : parenté, gouvernement, savo i r et civilité». Martin Aurell prépare un livre sur la famille de Richard Cœur de Lion. L’Actualité. – Richard Cœur de Lion est-il anglais ou poitevin ? Martin Aurell. – Richard concrétise plusieurs héritages, anglo-normand et aquitain. Son père, Henri II, était de naissance angevine mais il avait compris la nécessité, pour maintenir son pouvoir, de s’appuyer sur les royaumes et les duchés les plus solides sur le plan administratif et fiscal, à savoir l’Angleterre et la Normandie. Richard naît
    donc à Oxford mais il vivra la plupart du temps en Aquitaine, soit à l’époque : le Poitou, le Limousin et la Gascogne. Un poème en langue d’oc, recopié au XIIIe siècle dans la chronique de Matthieu Paris, dit : «Richard le Poitevin est en mort en Limousin.» A quinze ans, il est fait comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. Sa mère, Aliénor d’Aquitaine – une Poitevine – l’a éduqué pour cela. Elle sera toujours à ses côtés pour le défendre et le protéger. Richard est donc avant tout un Aquitain, ce que les Anglais ne cessent de lui reprocher. En effet, il n’est allé que deux fois en Angleterre pendant son règne : pour son couronnement et de retour de captivité afin de battre son frère, Jean sans Terre, et récupérer ce dont il l’avait spolié durant sa croisade. Quel est son mode de vie ? Richard est un roi chevalier. Les Plantagenêt n’ont pas un sens de la majesté aussi fort que les rois de France. Sa vie durant, Richard s’est considéré comme un jeune, un juvenis. Selon Georges Duby, ce terme ne désigne pas une tranche d’âge mais une catégorie sociologique. Les jeunes sont des guerriers célibataires qui, chassés du château paternel ou de leur frère aîné, vivent comme des chevaliers errants, au jour le jour. Grâce à leur savoir-faire militaire, ils gagnent de l’argent – parfois beaucoup – dans les tournois, parce que le tournoi c’est la guerre. Il faut savoir qu’au XIIe siècle, les tournois ne ressemblent en rien aux images véhiculées par la légende arthurienne et le cinéma. Ce ne sont pas des combats singuliers mais de vraies bagarres, sur des étendues très larges, où l’on rançonne, où l’on fait prisonnier, où l’on prend du butin. Ces jeunes aristocrates sont donc très violents et représentent une menace grouillante dans le pays. D’ailleurs, Richard s’est marié très tard. Un tel mode de vie ne lui permettait pas d’avoir une vie familiale.
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    Richard incarne les valeurs chevaleresques. Tous s’accordent à reconnaître en lui un guerrier exceptionnel. En 1179, il s’illustre par la prise de Taillebourg, château rivé à un rocher surplombant la Charente, que l’on croyait imprenable. Dès lors, il passe pour un maître en poliorcétique, l’art des sièges. Saladin respecte sa vaillance et sa hardiesse en Terre sainte mais juge qu’il prend des risques immodérés, qu’il est animé d’une sorte d’ubris. D’ailleurs, Richard meurt de façon ridicule lors du siège du château de Châlus, en Limousin. Un soir d’avril 1199, il sort de sa tente sans cotte de maille ni haubert, et s’amuse à narguer un arbalétrier de la forteresse. Il esquive les carreaux tirés, jusqu’à ce qu’il soit touché à l’épaule – blessure mortelle. Personnage exceptionnel, Richard est le type même du roi chevalier. Parle-t-il l’anglo-saxon, l’anglo-normand ou la langue d’oc ? En Angleterre, l’aristocratie utilise officiellement l’anglo-normand, langue d’oïl qui a été imposée par les Normands après l’invasion de l’île en 1066. L’anglo-saxon est plutôt utilisé en privé. Richard maîtrise ces langues ainsi que la langue d’oc et compose des chansons, renouant ainsi avec la tradition instaurée par son arrière-grand-père, Guillaume IX, le premier troubadour connu. Il est aussi capable de corriger le latin de l’évêque de Canterbury et de mener, en Sicile, une discussion théologique sur l’Apocalypse avec Joachim de Flore. Ayant reçu une très bonne éducation, Richard n’est pas une brute, c’est un être cultivé.
    la petite chevalerie, noblesse de lettrés, qui est habituée à servir le roi parce qu’elle lui doit tout, détentrice d’un savoir-faire militaire mais aussi administratif et juridique ; et enfin des individus sortis de la roture, issus de riches familles, comme ce fils d’un marchand de Rouen, Thomas Becket, devenu chancelier d’Angleterre. Ces parvenus sont souvent critiqués par les satiristes parce qu’ils ne sont pas de noble extraction. Un spectre social assez large est donc représenté à la cour. Savoir est pouvoir. Henri II ne conçoit pas un serviteur de l’Etat ignare. Il prétend, lui-même, prêcher par l’exemple, et donner de lui l’image d’un prince cultivé. Peut-être se rappelle-t-il le reproche que son aïeul Guillaume le Conquérant adressait à son fils Henri Ier, et que Jean de Salisbury et qu’Hélinand de Froidmont mettent dans une lettre adressée par l’empereur au roi de France : «Un roi illettré est comme un âne couronné.» Richard est-il entouré de saltimbanques ? Pour son couronnement, il invite en Angleterre un grand nombre de jongleurs qui chanteront ensuite ses exploits et diffuseront des chansons pol i t i q u e s en sa faveur faites au jour l e jour. Richard m a n i e avec une t r è s grande habileté l’art de la propagande. Il sait que la chanson «engagée» est un moyen efficace pour créer une opinion publique favorable, c’est pourquoi il a toujours des jongleurs à son service et écrit lui-même des c h a n s o n s politiques. Richard puise aussi d a n s le mythe. A p r è s la découverte des reliques d’Arthur et de Guenièvre sur l’île d’Avalon, son père a réactivé la légende arthurienne. Richard diffuse et exploite les hauts faits de son illustre ancêtre relatés dans le cycle de la Table ronde. Notons au passage que les prophéties de Merlin l’enchanteur expliqueraient alors pourquoi les Plantagenêt se complaisent dans des luttes intestines. Richard revendique aussi une part maléfique en clamant qu’il descend de la fée Mélusine. Façon d’inspirer de la crainte chez ses adversaires. s Bruno Veysset
    Dans les dessins de Glen Baxter, il y a souvent des dames portant le hénin et des chevaliers qui semblent tout droit sortis de la légende nourrie par Walter Scott. Richard Cœur de Lion est donc un de ses héros. Il en a fait une tapisserie, commande publique du ministère de la Culture pour le 8e centenaire de la mort de Richard. Tapisserie réalisée par la manufacture Pinton, à Felletin, et exposée cet été au château de Châlus.
    Le savoir pour le pouvoir, la légende arthurienne et Mélusine pour inspirer la crainte Comment la cour se compose-t-elle ? Précisons tout de suite qu’il n’y a pas une seule cour mais plusieurs. Chacun des huit enfants d’Henri II et d’Aliénor a sa propre cour, ou maisonnée, et se déplace toujours avec elle. A cette époque, l’individu en tant que tel n’existe pas. Le roi le plus fort ne prend jamais une décision sans consulter sa cour. La cour est itinérante parce que le roi doit manifester sa présence physique dans tout le royaume, notamment pour mater les révoltes de certains chevaliers et faire accepter son pouvoir. Trois catégories sociales sont représentées auprès du roi : les grands barons de l’aristocratie anglaise, descendants des conquérants, qui possèdent des terres de part et d’autre de la Manche ;
    Le gisant de Richard Cœur de Lion dans l’abbaye royale de Fontevraud.
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