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Saveurs : La fouace

Saveurs – La fouace. Par Denis Montebello, photo Marc Deneyer.

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    Carrefour des métiers de bouche La 5e édition du Carrefour des métiers de bouche se tiendra à Niort, du 7 au 10 novembre. Professionnalisme, convivialité et qualité, telles sont les valeurs de ce salon qui s’inscrit naturellement dans l’Année du patrimoine. A l’initiative de JeanPierre Crouzet, maître artisan boulanger et président national de la boulangerie, et de Claude Guignard, restaurateur niortais de La Belle Aurore, ce salon a été créé par des artisans pour des artisans. Une journée dégustation est prévue le 9 novembre. Plus de 25 000 visiteurs sont attendus par 300 exposants. Après Pierre Troisgros et Antoine Westermann, c’est Didier Stéphan qui parraine le carrefour cette année. Son art : la sculpture sur sucre et sur glace.
    La fouace Si ce n’est pas la multiplication des pains, c’est miracle quand même que ces «fouaces en grappes» achetées chez Daniel Favreau à La Mothe-Saint-Héray. C’est, comme dit Rabelais, «viande céleste», et tant pis si vous n’attendez pas la saison des vendanges pour les manger. Tant pis si vous ne les mangez pas à déjeuner, fraîches avec des raisins. Les fouaces vont par grappes. Elles suivent le Livre : elles croissent et se multiplient. Elles croient à la magie de la parole. Elles sont la magie en action. Avec elles on revient au foyer, on remonte aux premiers agriculteurs sédentaires. On compte les feux, on conte les batailles. Celles opposant les «beaux fouaciers glorieux» («leur roy nommé Picrochole, tiers de ce nom») aux bergers de Gargantua : des «bergiers de merde» qui ne gardent que les vignes ! Ces petites querelles deviennent de grosses guerres. Ou une révolution. La révolution néolithique. Racontée, elle est épopée, une gigantomachie. Des armées de géants s’affrontent, par la faute de bergers détrousseurs de fouaces. Cinq douzaines ont été volées. Grandgousier, «tant il aime la paix», en rendra cinq charretées. Cinq charretées de «fouaces faictes à beau beurre, beau moyeu d’eufz, beau saffran, & belles espices». Voilà ce que racontent les fouaces. Pour peu que vous les écoutiez. Vous les examinez, et aussitôt elles essaiment. Elles prolifèrent. Elles vont par grappes. Elles font des phrases. Elles sont de la parole le symbole. Ce qui rassemble et qu’on partage. Cène qu’on rejoue. Promesses d’agapes. C’est le verbe fait chère. «Chère lie». Elles donnent leur forme de galette, leur belle couleur de pain chaud aux mots. Elles donnent des mots à manger. Vous qui êtes de la même farine – de la fleur de froment –, pétri des mêmes mots, c’est dans une phrase que vous prenez place. Dans un discours. Vous reconnaissez dans les fouaces les figures qui participent à l’élaboration du rêve, autrement dit à sa rhétorique : métaphore et métonymie. Plus que brioches (et moins que gâches) les fouaces condensent. Leur croûte fine dit la chaleur du foyer, leur mie l’amour fidèle. En même temps, par un déplacement dont elles ont le sec r e t , elles se donnent pour ce qu’elles ne sont pas, pour les raisins que vous mangez avec elles en toutes saisons, puisque, faut-il le répéter, ce sont «fouaces en grappes». Méfiez-vous cependant. Onirique ne veut pas dire circulaire. Certains discours attrapent tout, intègrent tout à leur logique. C a r le fou a sa raison, qui lie «fouace» et «raisin», et comme pèlerin en salade vous mange. Denis Montebello
    Marc Deneyer
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
    97


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