// vous lisez...

Archive

Via Poitou-Charentes : Histoires d’eau

Rubrique Via Poitou-Charentes – Articles :

Histoires d’eau. Littérature sur le Poitou-Charentes : Hortense Dufour, Kléber Haedens, Henry Mériot, Nicole Avril, Maurice Renard. Auteur : Jean-Paul Bouchon, photo : Marc Deneyer ;

Littérature policière en Poitou-Charentes, avec photo de Marc Deneyer, auteur : Jean-Paul Bouchon ;

Charles Morgan, un anglais à Jarnac ;

Angoulême, Poitiers, le Marais Poitevin, La Rochelle : un circuit initiatique. Alfred de Vigny au Maine-Giraud, Le Poitiers de Jules Sandeau, Gustave Drouineau, l’oublié. Auteur : Jean-Paul Bouchon, photo par Marc Deneyer.

Brèves : René Caillé, Pierre Moinot.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...
    à venir
    géogra phies du mystère 1911 : Pierre Jean-Jouve, qui vit à Poitiers de 1910 à 1915, publie son premier roman, La Rencontre dans le carrefour, et ses premiers poèmes. 1913 : René Boylesve, Tourangeau (1867-1926) passé par Poitiers, publie Mesdames Desblouze, souvenirs d’adolescence triste. 1920 : Prix Goncourt pour Nêne, de l’instituteur Ernest Pérochon (né à Courlay en 1885, mort en 1942), auteur déjà d’un classique du bocage : Les Creux de maisons (1913). 1921 : Valentine Pacquault, de Gaston Chérau (né à Niort en 1872, mort à Boston en 1937), académicien Goncourt, réunit les lieux qui lui sont chers, de SaintMaixent au Berry, de Niort à Poitiers, mais son roman Champitortu (1906) est emblématique du régionalisme deux-sévrien. 1923 : François Poché (né à Cognac en 1877, mort à Vichy en 1944), reçoit le Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, notamment des Poésies charentaises (1930). 1926 : Georges Simenon découvre l’île d’Aix. En 1930, il s’installe près de La Rochelle pour trois ans, revient en 1938 à Nieul-sur-Mer. Son œuvre est truffée de références à cette région maritime. 1928 : Louis Perceau, ami de Guillaume Apollinaire et auteur avec lui d’une célèbre bibliographie des Livres de l’enfer (érotique), publie dans le journal socialiste des DeuxSèvres, Le Travail, ses Contes de la pigouille consacrés aux personnages du Marais poitevin. 1930 : Prix Goncourt pour Malaisie, de Henry Fauconnier (1879-1973), le meilleur Goncourt depuis sa création selon Maeterlinck. 1933 : Le tonnelier Pierre Boujut fait de Jarnac une capitale de la poésie en lançant la revue La Tour de feu. Cette année-là, Geneviève Fauconnier (1886-1969), sœur de Henry Fauconnier et comme lui de Barbezieux, reçoit le Prix Femina pour son roman Claude. Elle poursuivra, avec Pastorale (1942), une délicate chronique saintongeaise et féminine.
    Marc Deneyer
    Histoires d’eau... Le Poitou-Charentes est un pays d’eaux, et d’histoires d’O. Aux amours, il faut ajouter un monde de femmes mystérieuses ou fantastiques, qui en peuplent l’imaginaire sinon les rues. Marais salants, marais galants ? Le marais, pour les romantiques, est un lieu ambivalent, irréel, incertain, évanescent, glauque, angoissant, qui inquiéta autant Victor Hugo traversant celui de Marennes en 1843 qu’il fascina définitivement Hortense Dufour, originaire de Marennes, dans Le Bouchot (1983). Ce roman, à une époque où aucun pont ne reliait le continent à l’île ou ne passait la Seudre, commence sur le pont transbordeur de Martrou (là où dansèrent en 1966 Les Demoiselles de Rochefort), mais la danse y est mentale, celle de l’évasion, «toutes les routes du monde». Sur la rive gauche, en revanche, le marais envase les maisons autant qu’il enlise les esprits ; l’atmosphère est lourde : «un magnifique roman sur la mer et sur les marais, où les personnages sont plus que jamais voués et sacrifiés à l’eau avec tout ce que cela suppose de s o u f f r a n c e s et de joies» (G. Calonnec). Le mystère des sentiments est ici chez lui, comme déjà Kléber Haedens l’avait analysé dans L’Eté finit sous les tilleuls. Dans un village, entre Marennes et Le Gua, où l’ennui et l’immobilisme cernent tout, même les rêves et la souffrance, même les bateaux qui dorment sur l’eau plate autour des cabanes à huîtres. Dans le marais, pour Hortense Dufour, Brouage «est comme un conte de Perrault, avec des châteaux qui n’ont qu’une façade», Brouage fantastique ébrouant un passé mirifique, Brouage-la-morte pourrait-on dire pour détourner un titre de Rodenbach, vaisseau-fantôme au cœur d’un plat pays salé. L’eau du rivage marin, qui fait tant rêver les baigneurs d’aujourd’hui voués à l’héliotropisme de la saison balnéaire, a beaucoup inquiété. La poétique de l’eau (étudiée, pour l’Aunis-Saintonge, par Geneviève Calonnec, thèse de doctorat, Angers, 1993), développe un registre de souffrances, de dangers, de ressacs sombres, de profondeurs angoissantes, d’aspects mortifères, de méduses et autres mollusques visqueux qui peuplent encore la tradition légendaire et les toponymes. Les monstres aquatiques ne manquent pas, mais aussi de mystérieuses nymphes d’eaux claires ou sirènes désirables, qui sont parfois, sauvageonnes des grèves, pilleuses d’épaves ou sorcières vengeresses. On pense à la «naufrageuse de l’île de Ré», la belle et rousse Rahulf qui choisit ses amants parmi les rescapés, puis les expédie du haut d’une falaise ! Il suffit de lire les différents volumes de contes et légendes pour s’en convaincre, par exemple celui de Henry Mériot – un classique de 1936 – et la nouvelle «La Repentie» près de La Rochelle. L’océan attire et fait peur. Nicole Avril publia en 1981 La Disgrâce. Sur une plage d’Aunis (elle est originaire de La Rochelle) a lieu une noyade de jeune femme qui est en même temps une rédemption tragique, et qui rappelle un curieux poème de Fromentin, de même que la mort du héros dans La Jeune Fille du yacht (1930), où le cadavre a une «étrange splendeur» sous la radieuse lumière insulaire. Ce roman nous conduit à son auteur Maurice Renard, l’un des fondateurs de la science-fiction française, dont une anthologie a réuni justement les Contes atlantiques et autres histoires mystérieuses ( éd. Local, 1998) qui se passent dans l’île d’Oléron. J.-P. B.
    108
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
    via poitou-charentes
    Les trois capitales du mystère sont charentaises Comme certains pays ont trois capitales, une capitale historique, une capitale économique et une capitale administrative, le roman de mystère, pour reprendre un terme des années 30 où les genres divers qui le composaient n’étaient pas encore clairement isolés, s’ancre triplement dans les Charentes. Ainsi, c’est à Saujon qu’est né Emile Gaboriau (18321873), créateur du roman judiciaire, ancêtre du roman policier, et auteur à ce titre d’une mémorable Corde au cou, située à Sauveterre, en Saintonge, bourg imaginaire, derrière lequel se cache Jonzac, où les siens s’étaient en définitive établis. Saujon-Jonzac, l’axe historique autour duquel tourne, sans le savoir souvent, le petit monde du polar, qui se retrouve annuellement à quelque distance de là, dans la cité médiatique de Cognac. Il y a là des hasards qui ressemblent à une logique supérieure... Mais puisque nous sommes à Jonzac, restons-y. C’est en effet la capitale administrative du mystère. Si Gaboriau y a vécu, c’est à Champagnac, tout près de là, qu’est né le 2 août 1893 Régis Messac, mort ultérieurement en déportation. Messac – qui a également écrit des romans d’anticipation remarquables – est en effet l’auteur de deux thèses fondatrices soutenues en 1929 à la Sorbonne, et intitulées respectivement Le Détective Novel et l’influence de la pensée scientifique et Influences françaises dans l’œuvre d’Edgar Poë. On voit bien par ailleurs les raisons qui font de La Rochelle une capitale économique du roman de type policier. Les hauts-fourneaux de la maison Simenon y ont tourné à plein durant de nombreuses années. C’est là que le père des Maigret, qui résidait quant à lui à Marsilly puis à Nieul-sur-Mer, a écrit et situé bon nombre de nouvelles et de romans, et tout particulièrement ses Fantômes du Chapelier, promenade non seulement dans les tréfonds de l’âme humaine, mais également dans une La Rochelle nocturne, glauque et brouillardeuse. J.-P. B.
    1935 : Goupi-Mains rouges, de Pierre Véry (1900-1960), évoque le pays charentais de la forêt de la Braconne dans un roman adapté au cinéma par Jacques Becker en 1943. 1936 : Le Front populaire et ses plages de congés payés, inspire Georges Limbour (1900-1970), poète surréaliste amoureux d’Oléron («Sentiras-tu que dans cette île, j’ai connu le plus grand bonheur ?»). Son Conte d’été (1939) évoque par exemple la plage de Domino. 1938 : Jacques Chardonne, fils du producteur de cognac et poète Georges Boutelleau, célèbre Le Bonheur de Barbezieux. 1939 : mort à l’hôpital de Rochefort du romancier Maurice Renard, l’un des chefs de file de la sciencefiction française, né à Châlons-surMarne en 1875, et auteur de nombreuses nouvelles consacrées à l’île d’Oléron, où il est inhumé (à Dolus). 1940 : naissance à Poitiers de l’écrivain Jean Demélier. 1943 : Maurice Fombeure (né en 1906 à Jardres, élevé à BonneuilMatours, près de Poitiers, mort à Paris en 1981), sensible aux forêts et paysages du Poitou, célèbre cette année-là Ceux du pays d’Ouest, au moment où Maxence Van der Meersch évoque le marais d’Aunis et l’arrière-pays de SaintJean-d’Angély dans Corps et âmes. 1945 : l’écrivain britannique Charles Morgan, traduit par Germaine Delamain (sœur de Jacques Chardonne) publie Le Voyage, où Roussignac masque Jarnac, au temps de la crise du phylloxera. 1954 : Mort de Maurice Bedel (né en 1884) dans sa propriété de La Genauraye, proche de Châtellerault. Prix Goncourt 1927 pour Jérôme 60° latitude nord, il avait publié en 1935 une Géographie de mille hectares célébrant le pays châtelleraudais, «région de fine civilisation». 1960 : Dominique de Roux publie Mademoiselle Anicet, un premier roman – entre Giraudoux et Sagan –, dont l’action commence dans un train qui s’arrête à Saintes.
    Morgan, un Anglais à Jarnac Le romancier britannique Charles Morgan (18941958), qui eut son heure de gloire littéraire (Prix Femina franco-britannique 1930) est volontiers associé à «l’école de Barbezieux» des Chardonne et autres F a u c o n n i e r , puisqu’il fut traduit par Germaine Delamain et séjourna à plusieurs reprises, durant les années 30, en pays de Jarnac. Son roman Le Voyage (1945) en restitue l’écho régional pour une action se situant vers 1880, mais avec parfois des connotations mystérieuses. «Victor possédait le génie du soupçon, une certitude invincible de la bassesse humaine. Il s’était fait un art de connaître les appétits et les craintes de chacun, hommes et femmes ; il collectionnait et connaissait les secrets ; il obtenait d’autant plus de succès qu’il était un honnête maître chanteur. Jamais il ne bavardait sans raison et, payé pour garder le silence, il se taisait. Ces qualités lui avaient permis de tendre sur Roussignac et les environs un filet d’autoritarisme mesquin. Il connaissait les infidélités des épouses, les malhonnêtetés des commis, jusqu’aux hontes angoissées des enfants, et il en trafiquait comme seul peut le faire un homme dont l’avarice est le moindre vice. Il tenait à l’argent, non pas en avare, ni pour ce qu’il peut procurer, mais comme preuve de son triophe et de la soumission obtenue. Exiger un payement d’une femme effrayée lui procurait le plaisir qu’éprouvait un snob recevant une nouvelle décoration ou bien un pédant obtenant un diplôme ; sans utilité aucune, cela représentait le succès, un titre à sa propre estime, et l’estime de soi lui était nécessaire comme un narcotique pour sa haine de soi. Il donnait un nom à cet enchevêtrement de pressions obscures et de trafics secrets. C’était son système, «le système Vincent», et il gouvernait son secret empire avec la fierté d’un Talleyrand ; il écrivait un journal qui, lorsque la postérité le découvrirait, lui vaudrait l’immortalité d’un Fouché. Les plus intrigants sont ceux qui restent inconnus. Les autres se lassent du secret dont leurs intrigues dépendent, ils sont avides d’obtenir cette notoriété qui, en elle-même, leur est fatale, et Victor haïssait Barbet parce qu’il restait sourd à sa méchanceté, agissant en toutes choses comme si le système Vincent n’existait pas.»
    Marc Deneyer
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
    109
    itinéraires romantiques 1962 : Françoise Sagan fait jouer à Paris Les Violons parfois, pièce dont l’action se déroule à Poitiers. 1966 : Prix Interallié pour L’Eté finit sous les tilleuls de Kléber Haedens, une chronique sans concessions entre Seudre et Oléron, une «Madame Bovary d’aujourd’hui». 1972 : Georges Pérec, qui n’est pas encore venu en Deux-Sèvres, crée sur France-Culture un mémorable Souvenir d’un voyage à Thouars. 1980 : Une partie du roman turc du romancier Nedim Gürsel, Un long été à Istanbul, se passe à Poitiers. 1981 : Prix des Maisons de la Presse et Prix du Livre Inter pour Les Demoiselles de Beaumoreau, de Marguerite Gurgand : une chronique villageoise du bas-Poitou entre 1804 et 1820. 1982 : Prix du Livre Inter pour Le Bouchot d’Hortense Dufour. 1985 : Prix Médicis pour Naissance d’une passion, de Michel Braudeau, niortais d’origine, dont les débuts du roman évoquent une enfance royannaise. 1986 : Régine Deforges, qui a beaucoup célébré ses attaches avec Montmorillon et la vallée de la Gartempe, reprend dans La révolte des nonnes des événements poitevins de 589, déjà évoqués par Rachilde en 1905 dans Le Meneur de louves. 1987 : Daniel Reynaud, poète de la Charente, publie Pourriture noble. 1994 : Madeleine Chapsal traite de L’Inondation de Saintes. 1995 : Denis Montebello publie Bleu Cerise au Temps qu’il fait (Cognac). 1996 : l’écrivain Jean-Claude Pirotte, installé à Angoulême, évoque cette cité d’adoption dans Un voyage en automne. 1997 : Lieu-dit de Raymond Bozier : une lourde atmosphère rurale avec cochons dans un hameau du Poitou. Prix de l’Office du Livre en PoitouCharentes et Prix du Premier roman. 1999 : bicentenaire de la naissance à Mauzé-sur-le-Mignon de René Caillié.
    Marc Deneyer
    Angoulême
    ANGOULÊME, POITIERS, LE MARAIS POITEVIN, LA ROCHELLE
    Un circuit initiatique On partira d’Angoulême, le coffre de la voiture rempli de livres. Sortir ici l’intégrale de Balzac. Les références à Angoulême et à la Charente y sont multiples, l’ambition étant un des ressorts essentiels de l’œuvre balzacienne, et Balzac ayant organisé autour de deux C h a r e n t a i s , Eugène de Rastignac et Lucien de Rubempré, sa réflexion par l’exemple sur les ambitieux. Si le temps manque, on pourra se limiter à un sous-thème, le point de départ des ambitieux, et à deux romans Les Illusions perdues pour Lucien, et Le Père Goriot pour Eugène : L’Houmeau, et la campagne entre Angoulême et Ruffec. «– C’est un homme de l’Houmeau ! En dessinant la position de la noblesse en France et lui donnant des espérances qui ne pouvaient se réaliser sans un bouleversement général, la Restauration étendit la distance morale qui séparait, encore plus fortement que la distance locale, Angoulême de l’Houmeau... L’habitant de l’Houmeau ressemblait assez à un paria.» «Son père, sa mère, ses deux frères, ses deux sœurs, et une tante dont la fortune consistait en pensions vivaient sur la petite terre de Rastignac. Ce domaine d’un revenu d’environ trois mille francs était soumis à l’incertitude qui régit le produit tout industriel de la vigne, et néanmoins il fallait en extraire chaque année douze cents francs pour lui. L’aspect de cette constante détresse... enfin une foule de circonstances inutiles à consigner ici décuplèrent son désir de parvenir et lui donnèrent soif des distinctions.» Si on a le temps on pourra rechercher, affectivement, ou livre en main, deux autres sites romanesquement essentiels. Pour Lucien cet endroit, une centaine de pas après Mansle, où il se glisse discrètement dans la voiture de Madame de Bargeton en route vers Paris, où «Là, cher est la vie de gens supérieurs», et où il se retrouve, en sens inverse, dix-huit mois plus tard, pauvre, seul, en dérive, clandestin, à l’arrière d’une calèche qui s’avère être celle de Madame de Bargeton revenant à Angoulême avec son nouveau mari... Pour Eugène cet embranchement sur la route d’Angoulême à Poitiers, près de Ruffec, confronte le domaine de la famille de Rastignac.
    Alfred de Vigny au Maine-Giraud Entre-temps, on aura naturellement fait un détour vers Blanzac et le Maine-Giraud du cher Alfred de Vigny. Au-delà des souvenirs scolaires, la lecture attentive de son Journal d’un poète permettra de constater que ce domaine a été vécu par lui comme un excellent souvenir de jeunesse, une charge onéreuse pour ce qu’il en faisait, mais aussi le point de départ d’une éventuelle carrière politique : «Les rentes féodales et les prises seigneuriales lui donnaient beaucoup de valeur et épargnaient presque toute la culture. On se promenait à l’ombre des bois, et au bord des eaux ; le revenu arrivait tout seul. La Révolution vient et fait la soustraction de tout revenu...
    110
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
    via poitou-charentes Si tout cela, du reste, ne rapporte rien, il y a un dédommagement : c’est que les impositions en sont énormes et me donnent le droit d’être député... Cette terre est une sorte de cheval que je nourris chèrement et que je monte une fois en sept ans.» Il y a loin de Vigny, idéaliste crispé et déçu, à Rastignac, politicien aux idées larges (épouser, à défaut de sa maîtresse, la fille de celle-ci, tout en conservant la maîtresse, bien entendu...). Ce pourquoi Vigny ne fut pas député et que Rastignac devint président du Conseil. Relire en repartant quelques vers de la Maison du berger, ancêtre du camping-car, et d’autant plus dans la note de cette journée errante qu’un de ses décors correspond précisément au Maine-Giraud. Pourquoi pas ceux-ci : «Il est sur ma montagne une épaisse bruyère Où les pas du chasseur ont peine à se plonger... ...Viens-y cacher l’amour et ta divine faute ; Si l’herbe est agitée ou n’est pas assez haute, J’y roulerai pour toi la Maison du berger» le personnage principal ressemble comme un frère niortais à Balzac. Si vous êtes bibliophile, vous avez vraisemblablement dans le coffre Vie et malheurs de Horace de Saint-Aubin. Vous pouvez également – année de la Parité – évoquer le souvenir de la poètesse Elise Moreau, auteur en 1837 des Rêves d’une jeune fille (elle avait 24 ans alors) qui enchanta les salons niortais, en particulier celui de la préfecture, et pour cause puisqu’elle y déclarait entre autres vouloir «...cueillir des fleurs sur la colline Et puis, à l’heure où le soleil décline Les offrir au Roi des Français» avant de faire le bonheur de quelques – trop rares – salons parisiens, et d’y épouser Paulin Gagne, auteur de la Méthode de Langue Universelle appelée le Gagne Monopanglotte, formée de la réunion de toutes les langues mortes et vivantes, avant de devenir, le siège de 70 et la famine venus, l’ardent propagateur de la Théophilantropophagie (Comment survivre ? En mangeant les plus de soixante ans, improductifs par nature), et courageusement de se porter volontaire pour les avoir dépassés ! Mais ceci est une autre histoire que le trajet entre Niort et La Rochelle ne suffirait pas à conter, d’autant qu’elle serait à vrai dire hors sujet. RENÉ CAILLIÉ Mauzé-sur-le-Mignon (DeuxSèvres) célèbre l’enfant du pays, l’explorateur René Caillié (17991838), premier Européen revenu vivant de Tombouctou, à l’issue d’un périple qui le mena de Kakondy (Guinée) à Tanger (Maroc) via le Sahara, en 18271828. A l’occasion du bicentenaire de sa naissance, un éclat tout particulier accompagne cette fidélité à la mémoire. Le 26 juin, on fêta le premier jour d’un timbre postal à 4,90 F, dernier timbre commémoratif libellé exclusivement en francs. Et le 27, Mauzé reçut la visite de Mme Aminata Traoré, ministre de la Culture et du Tourisme malienne. Elle salua en Caillié l’homme de la rencontre avec l’Autre, «sur le chemin de la connaissance et de la reconnaissance mutuelle». D’autres manifestations auront lieu à l’automne, à Mauzé ainsi qu’à Paris. Un essai biographique paraîtra alors, aux éditions Atlantique, dû à Alain QuellaVilléger.
    Le Poitiers de Jules Sandeau Deux romantiques avec un curieux point commun sont liés à Poitiers. Rouvrez donc votre coffre, et dénichezy Mademoiselle de la Seiglière de Jules Sandeau, et Notes d’un voyage dans l’Ouest de la France, de Mérimée. L’un et l’autre ont partagé le lit de George Sand et décrit Poitiers. Romanesquement pour Sandeau, architecturalement pour Mérimée. Si vous avez de la chance, il pleuvra et ventera dans Poitiers désert, et vous aurez la satisfaction de pouvoir dire à voix haute les premiers mots – définitifs – de Mademoiselle de la Seiglière. «S’il arrive jamais qu’en traversant Poitiers, un des mille petits accidents dont se compose la vie humaine, vous oblige à séjourner tout un jour en cette ville, où je suppose que vous n’avez ni parent, ni ami, ni intérêts qui vous appellent, vous serez pris infailliblement au bout d’une heure ou deux de ce morne et profond ennui qui enveloppe la province comme une atmosphère et qu’on respire particulièrement dans la capitale du Poitou.» La cerise sur le gâteau – mais rien n’est moins sûr – s e r a i t , pour retrouver également l’ambiance mériméenne, de rencontrer quelques imbéciles ennemis de l’art sur le parvis de Notre-Dame-la-Grande, marmottant en patois des oraisons à la régularité théologique douteuse. A défaut, on se plongera dans sa volumineuse correspondance où il ne dissimule rien de ses impressions sur Poitiers, son conseil municipal, ses curés. Le résultat est à peu près équivalent. Vous croyiez avoir dit un adieu définitif à Sandeau et à Balzac. Erreur ! De manière inattendue, vous les retrouvez dans le Marais poitevin. Sandeau, qui a vécu sa jeunesse à Niort, et fut, à ses débuts, une des victimes financières de Balzac, y a situé un curieux roman dont
    Gustave Drouineau, l’oublié La Rochelle. C’est le moment de donner à ce circuit initiatique le plus des voyagistes. Avec décision, vous repoussez au fond de la voiture cet excellent roman historique de Mérimée intitulé la Chronique de Charles IX, et dont les derniers chapitres ont pour cadre le siège de La Rochelle. Faites-en autant, et injustement, avec les œuvres complètes de Fromentin en délaissant la recherche in situ de la maison de SaintMaurice, décrite en sa réalité modeste dans Une année dans le Sahel, et qui, dilatée, embellie, devint les Trembles de Dominique. Avec une certaine joie hystérique, et dans un grand coup de frein, vous vous immobilisez devant l’hôpital psychiatrique de Lafond, point d’orgue de cette journée. C’est ici en effet que séjourna pendant quarante années un romantique aujourd’hui oublié mais qui eut son heure de gloire, à rivaliser avec Victor Hugo : Gustave Drouineau (1800-1878), auteur notamment d’un Don Juan d’Autriche, drame reçu par acclamations par le comité de lecture du Théâtre-Français, et qui provoqua sa descente aux enfers de la folie. Le même Théâtre-Français, après un tel coup de chapeau, eut en effet la malencontreuse idée de ne pas la jouer et de retenir en revanche le Don Juan rival de Delavigne ! Et c’est là qu’il reçut la visite d’un de ses camarades de La Rochelle et des lettres, le boulevardier Aurélien Scholl, à qui il confia qu’il était enchanté de ne pouvoir y écrire, non pas parce qu’il se trouvait ainsi sur la voie de la guérison, mais «parce qu’il n’y a pas assez de mots... plutôt que de parler ne vaudrait-il pas mieux rugir comme le lion ou braire comme l’âne ?». Jean-Paul Bouchon
    PIERRE MOINOT Pierre Moinot, élu en 1982 à l’Académie française est né en 1920 à Fressinnes, dans le pays mellois. Il a bâti, discrètement, une œuvre littéraire de premier plan tout en menant une brillante carrière publique, qu’il a commencée au cabinet d’André Malraux et terminée comme procureur général près la Cour des comptes. La Chasse royale et Le Guetteur d'ombres (Prix Femina 1979) sont ses romans les plus connus. Pour le dernier, Le Matin vient et aussi la nuit (Gallimard, 1999), qui a pour cadre la campagne poitevine de son enfance, Bernard Pivot dit qu’il y a découvert les plus belles pages qu’il ait jamais lues et Angelo Rinaldi, pourtant peu complaisant, fait l’éloge de ce «merveilleux portrait des gens de la campagne [...]. Il n’y a pas de gens simples ; il n’y a que des gens que l’on ne sait pas regarder. Moinot sait depuis toujours et ne s’en vante pas.»
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
    111


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (100 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this doc on Scribd: Via Poitou-Charentes : Histoires d'eau

Discussion

Aucun commentaire pour “Via Poitou-Charentes : Histoires d’eau”

Poster un commentaire