fermer... les amours
1844 : Eugène Labiche situe un acte de comédie-vaudeville à Châtellerault : Deux papas très bien ou la grammaire de Chicard. 1852 : Hyppolite Taine est nommé professeur à Poitiers : il dressera de cette cité, dans ses Carnets posthumes, un portrait en noir et blanc redoutable. 1856 : naissance à Marennes d’un poète-relieur fort estimable, Henry Mériot (mort en 1938), qui animera à Rochefort la revue littéraire La Feuille rose, et correspondra beaucoup avec ses contemporains des lettres parisiennes. 1861 : Eugène Pelletan (18131884), qui fut député et ministre, déjà auteur d’un intéressant Jarousseau, pasteur du désert (1852, à Saint-Georges de Didonne), publie Naissance d’une ville (il s’agit de Royan). Cette année-là, l’historien Jules Michelet (1798-1859) publie La Mer, écho d’un séjour à Saint-Georges-deDidonne en 1859. 1862 : Dominique, d’Eugène Fromentin (La Rochelle, 18201876), paraît dans la Revue des Deux Mondes. Le voyageur d’Une année dans le Sahel (1858) restera l’auteur d’une vie dans le marais, et d’un grand roman d’amour définitif. 1863 : Andersen, l’auteur des Contes, traverse notre région s’en venant de Bordeaux, et s’arrête à Poitiers les 15-17 janvier. 1864 : naissance à Ruelle-surTouvre (Angoulême) d’André Chevrillon, dont l’œuvre orientaliste marquera la Belle Epoque. 1877 : Henry James fait étape en Poitou (voir son Voyage en France). 1879 : un roman anonyme paraît : Aziyadé. Avec cette apparence de «turquerie» commence la carrière littéraire de Pierre Loti. 1888 : Victor Billaud, poète et animateur à Royan de La Gazette des Bains, initie Emile Zola à la photographie. Des photographies attestent d’excursions communes du côté d’Arvert, où l’on voit aussi François Coppée, André Lemoyne, etc.
Marc Deneyer
PIERRE LOTI A LA ROCHE-COURBON
Première fois, dans l’herbe
L’Aunis-Saintonge fut pour Pierre Loti une école d’exotisme, mais aussi de sensualité. Il a conté, dans Prime jeunesse (1919), ce que fut sa première expérience amoureuse, près de Saint-Porchaire où sa sœur habitait, dans les bois du château de la Roche-Courbon (alors en ruines, mais qu’il contribuera à sauver en 1910), aux abords du lieu mystérieux dit «Bouil bleu». Loti alors n’avait pas seize ans. «J’étais venu m’installer là, dans la nuite verte, parce que je savais qu’elle y cueillait d’habitude ses joncs ; pour me donner contenance, j’avais apporté mes crayons et mon bloc de dessin, et, rien qu’en l’apercevant de loin arriver de son allure souple, par le sentier le long des rochers en muraille, j’avais pressenti la minute suprême qui finirait ma vie d’enfant. En effet, si ce n’était pas moi qu’elle voulait, pourquoi s’approchait-elle ainsi, cauteleusement, sans me quitter des yeux, mais avec les petits détours d’un chat qui craint d’effaroucher sa proie ?... Je commençais de trembler et de ne plus me sentir maître de moi-même ; quand enfin elle s’arrêta tout près, tout près en faisant mine de s’intéresser surtout à mon crayonnage, je m’enhardis jusqu’à prendre sa main, qu’elle laissait pendante, presque à toucher mon carton, – sa petite main moricaude, experte à commettre des vols dans les fermes aussi bien qu’à tresser des roseaux en paniers. Au lieu de se dérober, et toujours sans rien dire, elle m’attira imperceptiblement comme pour m’indiquer de me lever, – et je me levai, docile, la tête maintenant tout à fait perdue, pris du délicieux grand vertige que je connaissais pour la première fois ; debout maintenant devant elle, j’enlaçai sa taille de mes bras, tandis qu’elle passait les siens autour de mon cou. Elle gardait toujours son même sourire de consentement moitié moqueur et son même silence. Jamais encore je n’avais entendu le son de sa voix, quand ma bouche s’appuya éperdument sur la sienne, ce qui fit passer dans tout mon corps comme le tremblement d’une grande fièvre ; je crois que nous chancelions tous les deux, l’un cherchant à entraîner l’autre sans trop savoir où, mais l’un et l’autre souhaitant, avec une muette complicité, de trouver quelque recoin plus inviolable encore, dans ce ravin dont l’enchevêtrement ombreux était pourtant déjà une suffisante cachette. Le grand secret de la vie et de l’amour me fut donc appris là, devant une de ces entrées de grotte qui ressemblent à des portiques de temple cyclopéen ; c’était parmi des scolopendres et des fougères délicates ; pour tapisser la terre sur laquelle nous étions étendus, il y avait des mousses de variétés rares et comme choisies ; des branchettes de phyllirea formaient des rideaux à notre couche, et audessus de nos têtes, les fines libellules impondérables, assemblées sans frayeur, jetaient parmi les feuilles leurs étincellements de pierreries...»
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L’Actualité Poitou-Charentes – N° 45
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