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Autre chant : Chanter la chair

Dans le numéro 49 - Juillet 2000

Dossier Autre Chant – Article :

Chanter la chair. Pour en imaginer sonorités, rythmes et envols, petit florilège des créations musicales du Moyen Age et de la Renaissance inspirées par les transports de la chair.

Par Cécile Poursac, peintures de Monique Tello pour L’Actualité.

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    e la lyrique des troubadours, on retient surtout la Coquin par exemple : Fleur de quinze ans, si Dieu vous suave fin’amor, l’amour raffiné et aristocratique, que l’on et gard / J’ay en amour trouvé cinq points exprès / Premièredira plus tard courtois. Il s’agit d’une poésie du désir ment il y a le regard / Puis le devis et les baiser après / et non du plaisir, éloignée de la sexualité, et d’un diL’atouchement suit le baiser de près / Et tous ceux qui la tendent au dernier point / Qui est je ne le diray point / Mais vertissement de cour, d’un jeu codé socialement et poétiques’il vous plait en ma chambre vous rendre : / Je me mettray ment. Mais comme l’explique Pierre Bec, philologue, médiévolontiers en pourpoint / Voire tout nud pour vous le faire viste et poète, dans Burlesque et obscénité chez les troubaapprendre. Ou satirique : Il estoit une religieuse / De l’ordre dours (Stock, 1984), le contre-texte, truculent et subversif de l’Ave Maria / Qui d’un Pater estoit tant amoureuse / Que parfois jusqu’à l’obscénité, a longtemps été occulté. Guillaume de Poitiers, le premier son gent cors avec le sien lya / L’abtroubadour connu, était friand de besse vint demander qu’il y a / Lors vanteries burlesques et gaillardes : respondirent l’un et l’autre / Le PaJ’ai en effet pour nom «maître inter et l’Ave Maria / Son enfilés en faillible» ; et jamais mon amie ne une Patenostre.» m’aura possédé une nuit qu’elle ne Henri Purcell ne composa pas seume veuille le lendemain ; je suis – l e m e n t ouvrages dramatiques, et je m’en vante – si instruit en ce chants sacrés et suites pour clavemétier que je puis en gagner mon cin, mais aussi nombre de chansons pain sur tous les marchés. légères : Ung gay bergier prioit une Pourtant, vous ne m’entendrez pas b e rg i e re / En luy faisant du jeu me vanter à un point tel que je ne d’aymer requeste / «Allez, dit-elle, reconnaisse d’avoir été l’autre jour et vous tirez arriere / Voster parler repoussé. Je jouais à ce jeu grosme semble peu honeste» / Et luy dessier qui me fut d’abord très favorasus la bergiere fretille / «Hau Hau ble, jusqu’à ce que le jeu fût engagé. tout beau, dit-il, la belle fille / LaisQuand j’y pris garde, ce fut peine s e z courir la bague a mon perdue : la chance avait tourné. courtault» / «Vous n’estes pas, ditElle me dit alors en guise de reproelle, assez habille / Et n’avez pas la ches : «Seigneur, vos dés sont trop lance qu’il y fault». légers, je vous invite à redoubler !» De même Clément Jannequin, maîJe fis alors : «Me donnerait-on tre de la chanson polyphonique : Montpellier que je ne lâcherais pas U n jour Robin vint Margot la partie !» Je levai alors un peu e m p o i n g n e r / En luy monstrant son tablier [/table de jeu] de mes l’oustil de son ouvraige / Et sans deux bras. parler la voulut besoingner / Mais Et lorsque j’eus levé son tablier, je Margot dit «vous me feriez oultraige poussai les dés : deux d’entre eux / Il est bien trop gros et long a étaient carrés et loyaux, mais le troil’avantaige» / «Bien, dist Robin, sième était plombé. t o u t en vostre fendasse / Je n’y Pour en imaginer sonorités, rythmes Et je les fis cogner bien fort contre mectray» ; adoncques il embrasse / et envols, petit florilège des créations la table de jeu, et le coup fut joué ! Et seullement la moitié y transmusicales du Moyen Age Au Moyen Age aussi, la cantate porte / «Ha, dist Margot, en faisant Carmina burana célèbre de façon la grimace / Boutez y tout, aussy et de la Renaissance inspirées par i m a g é e les renouveaux du prinbien suys je morte». les transports de la chair temps, avec Tempus est iocundum : L’inspiration vient parfois de l’obEn hiver patience / au printemps lijet même du désir, le corps. Comme Par Cécile Poursac cence / Oh ! Oh ! Je fleuris tout ence morceau de roi, blason écrit par Peintures Monique Tello tier ! Clément Marot – poète du XVIe siè(Refrain : D’un amour virginal je cle, plein d’élégance dans ses épîbrûle tout entier / De mon nouvel amour je périrais !) tres et élégies – et mis en musique par Clément Jannequin, Du Viens, ma mignonne, te réjouir ! / Viens, viens ma belle ! Je beau tétin : Tétin refaict plus blanc qu’ung œuf / Tétin de meurs ! Oh ! Oh ! Je fleuris tout entier ! satin blanc tout neuf / Tétin qui faict honte à la rose / Tétin A l’image de toute société qui produit sa contre-culture, les plus beau que nulle chose / Tétin dur, non pas tétin, voire / compositeurs, en plus de leurs œuvres «sérieuses», commetMais petite boule d’ivoire / Au meillieu duquel est assise / tent bien évidemment des créations plus ou moins licencieuUne fraise ou une cerise [...] Tétin qui faict venir à maintz / ses. Ung grand désir dedens les mains / De te taster, de te tenir / e Au XVI siècle, Roland de Lassus, maître de chapelle du duc Mais il s’en fault bien contenir / D’en approcher, bon gré ma vie / Car il en viendroit aultre envye. s de Bavière, compose nombre de motets ou de madrigaux.
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    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 49
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