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Autre Chant : L’alcyon plaintif

Dans le numéro 49 - Juillet 2000

Dossier Autre Chant – L’alcyon plaintif, par Denis Montebello. Photo : Thierry Girard.

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    AUTRE CHANT
    L’alcyon plaintif Si l’alcyon fait son nid, c’est, selon la croyance antique, sur la mer, lorsque la mer est calme : sept jours avant le solstice d’hiver et sept jours après. Ces jours alcyoniens – les jours qui entourent le solstice d’hiver et pendant lesquels l’alcyon fait son nid et la mer se calme –, vous les diriez aujourd’hui simplement paisibles. C’est la paix répétée, continuée, des bouchots. Jusqu’à quand ? Jusqu’où ficherez-vous vos regards ? Vous ignorez sans doute que planter son camp signifie s’en aller. L’oiseau marin le sait, qui transporte son nid, qui transporte immobile son nid flottant. La femelle, quand elle est séparée du mâle, est triste, affligée, elle gémit continuellement. D’où l’épithète homérique. D’autres s’en vont sur la mer vineuse chez des hommes au parler étranger. L’alcyon plaintif, lui, demeure. Fluctivaga : «errant sur les flots». Il demeure, ou plutôt son chant. Son chant annonce la fin de la tourmente. Cet oiseau de la mythologie n’est pas si loin de vous qu’il en a l’air. Vous, vous êtes dans les terres, à l’abri du vent. Le dimanche vous marchez, vous longez le Mignon depuis l’écluse, dont la rumeur vous suit un temps et puis vous
    Par Denis Montebello Photo Thierry Girard
    lâche. Les peupliers défilent. Une vache vous regarde passer. Le corps que vous halez est léger, des iris jaunes folâtrent sur les berges. Plus loin c’est un héron, un héron qui boitille. Vous le suivez dans le pré, dans le silence. Un grand silence comme celui qui fige en miroir le marais, quand le marais est à blanc : inondé. Le silence est étale, il est aussi palpable. C’est ce que vous entendez dans l’expression le temps écoute. Le temps écoute, il se laisse approcher, comme un héron blessé, vous pouvez le toucher, le prendre dans vos bras. Le temps écoute, docile, celui qui l’observe, qui l’ausculte. Et vous qui l’auscultez, qui l’écoutez, vous n’avez pas besoin de la science de l’augure pour savoir que si la chasse se tait, dans ce pré cerné par les maïs, c’est pour mieux revenir. Que si le printemps triomphe, vous n’êtes pas à l’abri d’un retour de l’hiver. Quand le temps écoute, la tempête menace, elle est imminente. Ce silence de mauvais augure n’est pas si éloigné qu’il y paraît de l’alcyon, de cet oiseau d’heureux présage. Qui dit la fin de la tourmente, le bonheur arrivé. Et combien ce bonheur est fragile, qu’un coup de vent balaie.


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