fermer... comme un poulet / Je ne me laisserai mourir de la pépie / ruit de l’amour d’un dieu, Dionysos, pour une déesse, Quand en devrais avoir la face cramoisie / Et le nez violet.» Euterpe, Musicœnologie sera fille du vin et de la muLes compositeurs plus connus ne sont pas en reste. Purcell sique. Venez célébrer ces épousailles, délectez vos par exemple : «Malgré notre crainte, compagnons / Le vin et papilles gustatives et auditives», invitait, il y a quella bonne chère / Empliront nos cœurs de joie / Consacrons ques années, le musicien Manolo Gonzalez, lors d’ateliers où notre vie au vin / Puisque tous, nous devons retourner en se savouraient en harmonie vins et chants. L’évidence de terre.» Plus tard, des airs et ballets d’opéra ou d’opéra-comil’union de la musique et du vin, ces deux flatteurs des sens – que seront composés à la gloire du vin, tels Alceste de Glück mais aussi vecteurs religieux, moraux ou sociaux – s’est imou Falstaff de Verdi. Charles Baudelaire, dans Du Vin et du posée depuis toujours. Haschich, rappelle qu’Hoffmann recommandait le champaEn Egypte, où l’on cultive la vigne dès 2 500 ans avant J.-C., gne pour composer un opéra-comique et précise : «La musijoueurs de harpe, de flûte double ou de cithare accompagnent que religieuse demande du vin du Rhin ou du jurançon. Comme les banquets des princes et les cérémonies. «On associe surau fond des idées profondes, il y a là une amertume enivrante ; tout musique et vin, rappelle Manolo Gonzalez, avec les rites mais la musique héroïque ne peut se passer de vin de Bourgopaïens du dieu du vin, Dionyos ou Bacchus, souvent reprégne. Il a la fougue sérieuse et l’entraînement du patriotisme.» senté parmi les satyres et les ménades, danseuses sacrées Huysmans imagine un orgue à bouche pour composer selon jouant de l’aulos (flûte double).» Les Dithyrambes mêlent l’humeur d’étonnants breuvages, tout comme Boris Vian et chants, danses et défilés. Les fêtes sauvages de l’Antiquité, son pianocktail, où chaque note commande à un ingrédient. bacchanales et orgies, sont réprimées à partir du IIe siècle. Au XVIe siècle, les tavernes « Pa r a l l è l e m e n t , explique d e v i e n n e n t cabarets et, Manolo Gonzalez, musique comme le vin y est fortement et vin sont unis à l’Eglise detaxé, le peuple va boire et puis que le vin est lié à la chanter en dehors des villes, d e s t i n é e du christianisme. dans les guinguettes. Entre S e l o n l’évangile de saint 1 8 1 5 et 1848, dans les Jean, aux noces de Cana, les «goguettes», sociétés chanintendants sont dans le plus tantes ouvrières, la contestagrand désarroi, les convives tion sociale et politique alvont être furieux parce qu’il terne avec la chanson à boire. n’y a plus de vin. Et Jésus acParodique, la Marseillaise du complit son premier miracle : b u v e u r, publiée en 1792, il transforme l’eau en vin. Par Cécile Poursac Dessin Mose reste nationaliste : «A table, Puis, au cours de la Cène, le citoyens / Videz tous les flaChrist s’adresse aux Apôcons / Buvez, buvez, qu’un vin bien pur, abreuve vos poutres : “Buvez ce vin, car ceci est mon sang.” Le vin devient mons / Décoiffons chacun sept bouteilles, et ne laissons rien matière de la consécration et accède ainsi au rang divin.» sur les plats.» Les événements sociaux et politiques qui seL’un des premiers chants grégoriens, vers l’an mille, reprend couent parfois les vignobles font naître des chants révolutionle psaume 103 : «Du fruit de tes œuvres, Seigneur, tu rassanaires : la Marseillaise des vignerons (Languedoc, 1907), l’Insies la terre, tu produis le pain de la terre et le vin qui réjouit ternationale des vignerons de l’Aube (Champagne, 1911) ou le cœur de l’homme.» Mais l’Eglise punit sévèrement les surla Marseillaise des bouilleurs de cru (Jura, 1905) : «Allons ! vivances bachiques durant le Moyen Age. Enfants de la chaudière / Le jour de cuire est arrivé / Contre Le chanteur Juan Ponce compose le motet Ave color vini clari, e nous, d’une loi meurtrière / Le décret sanglant est levé / Entenapologie du vin, à la cour de Ferdinand d’Espagne, au XV dez-vous de la Régie / Mugir les féroces gab’lous ? / Ils viensiècle : «O l’heureuse bouche que tu baignes / O les bienheunent comme des filous / Etrangler nos vins et nos eaux-de-vie.» reuses lèvres ! / C’est pourquoi, vin, nous te louons en cœur / Le vin tient une grande place dans la vie des poilus de la Nous les buveurs, nous exultons / Nous ne pouvons être déçus Première Guerre mondiale. «Salut, pinard de l’intendance / / Dans les siècles éternels, Amen». A la cour de Bourgogne, Qu’a goût de trop peu ou goût de rien [...] Salut pinard, pur sur décret de Philippe le Bon, les chapelles animent les entrejus des treilles / Dont un permissionnaire parfois / Nous rapmets, divertissements tenant de la pantomime, de la danse et porte une ou deux bouteilles / C’est tout le pays qui vit en de la musique, pour amuser les convives entre les plats. toi / Dès qu’on a bu les premières gouttes / Chacun retrouve Le peuple aussi boit du vin. Les fêtes vigneronnes résonnent en soi son patelin», chante Max Leclerc. de chansons, comme ce branle bourguignon : «Je suis vigneLa dégustation a aussi emprunté au vocabulaire musical : le ron / Elle est vigneronne / Quand l’raisin est bon / La venvin a une «attaque», un «accompagnement», un «final». Tout dange est bonne [...] Tout ras du bondon / J’emplirons la comme on entonne un chant, mais aussi un vin (mettre dans tonne.» Les chansons à boire naissent quant à elles chez les un tonneau ou ingurgiter). «Chantons, buvons, un motet encitadins. Les célèbres Vaux de Vire du poète normand Olivier tonnons : où est mon entonnoir ?», s’amuse Rabelais. Sans Basselin, composés vers 1450, rassemblent soixante chansons oublier ce vers célèbre de Baudelaire, dans les Fleurs du Mal : bachiques, dont cet extrait : «Ayant le dos au feu et le ventre à «Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles.» s table / Etant parmi les pots plein de vin délectable / Ainsi «
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Mariage des sens
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L’Actualité Poitou-Charentes – N° 49
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