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Les Francofolies

Dans le numéro 49 - Juillet 2000

Les creuset des Francopholies. La francophonie se chante dans toutes les langues du monde au Francofolies. Un festival qui fait des petits à l’étranger et qui renforce son ancrage en Poitou-Charentes.

Entretien avec Jean-Louis Foulquier par Jean Roquecave ; photos : Majid Bouzzit (Foulquier et Mano Negra).

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    chanson La francophonie se chante dans toutes les langues du monde au Francofolies. Un festival qui fait des petits à l’étranger et qui renforce
    Le creuset des Francofolies
    son ancrage en Poitou-Charentes
    Entretien Jean Roquecave Photos Majid Bouzzit
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    u 10 au 15 juillet, les Francofolies doivent une fois encore enflammer La Rochelle. Sur la grande scène de l’esplanade Saint-Jean-d’Acre, mais aussi à la Coursive, à l’Arsenal, dans les bars et sur les quais, la chanson française, plus ou moins mâtinée de rock, de reggae, de hip-hop et de rythmes latinos, est au rendez-vous pour la seizième édition du festival créé par Jean-Louis Foulquier. Rencontre avec l’enfant de La Rochelle. L’ A c t u a l i t é . - En 1985, au lancement des Francofolies, la chanson française était-elle sinistrée ? Jean-Louis Foulquier. - Sinistrée, non. La sinistrose était plutôt dans les têtes que dans les talents. L e s radios mett a i e n t les AngloSaxons nettement e n avant et, souvent, sur les scèn e s , la chanson française faisait la première partie des g r o s s e s vedettes anglo-saxonnes. Parler de francophonie, c’était ringard. C’est pour ça qu’on a appelé le festival Francofolies, pour y mettre l’idée de fête. L’accordéon, il y a quelques années encore, c’était l’instrument de papa, le balloche, et maintenant tous les groupes à la mode ont un accordéon. Les grands classiques étaient encore là. Puis, dans les années 70 avec Higelin ou Lavilliers, la fameuse «nouvelle chanson française» est arrivée. Au départ, c’était un gag. A l’époque on parlait de la «nouvelle cuisine», des «nouveaux philosophes», tout était nouveau, et un jour j’ai démarré mon émission sur Inter en disant : «A partir d’aujourd’hui il y a la nouvelle chanson française, c’est dans cette émission, et c’est nous.»
    Et quinze ans après, comment va-t-elle ? Je la trouve plutôt vivace. Aujourd’hui, on englobe dans «chanson» toutes sortes de choses, tous styles confondus, et c’est un peu «ghettoisé». Il y a quinze ans, je pouvais faire des mélanges insensés sur l’Esplanade, et les gens venaient de confiance. Maintenant il faut cibler les soirées, proposer davantage des thèmes. Il n’y a plus un public mais des publics. Le grand public curieux de tout, c’est fini ? Il existe toujours, mais on le retrouve dans les petites salles. Ce sont vraiment les amateurs de musiques. On peut comparer ce public à celui qui fréquente le Festival du film de La Rochelle organisé par Jean-Loup Passek. Ces vrais amateurs viennent pour faire des découvertes. Les Francos ont quand même joué un rôle dans la constitution du paysage actuel de la chanson. C’est évident, avec des artistes comme Louise Attaque, Thomas Fersen ou Patricia Kaas, mais ce n’est pas à moi de le dire. Les Francos ont accompagné des artistes. Maurane, par exemple, est venue je ne sais pas combien de fois, en partant de la petite salle pour arriver sur la grande scène. Paul Personne, également, jusqu’à ce que ça éclate pour lui. Pour le hip-hop, on a été franchement les premiers, ce qui, d’ailleurs, a fait couler beaucoup d’encre. Maintenant ces mecs sont parmi ceux qui vendent le plus, qui bourrent le Zénith. Je pourrais aussi parler des Têtes Raides et, du côté reggae/ragga, de Pierpoljack ou Tryo. Depuis quelques années, les Francofolies ne se limitent plus à la chanson française. C’était un souhait de Michel Crépeau. Nous en avions discuté avec lui. Il voulait élargir la palette du festival vers l’Amérique du Sud, les musiques latinos et, si possible, l’Europe. C’est venu
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    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 49
    Un concert de La Mano Negra aux Francofolies de La Rochelle.
    comme ça. On a commencé petit à petit en faisant venir Carlinhos Brown, des Argentins, mais p a s de grosses locomotives américaines qui auraient pu noyer le festival. A partir du quinzième anniversaire, le moment était venu d’élargir réellement. L’an prochain, ce sera peut-être un clin d’œil à l’Espagne, à l’Andalousie, et l’occasion d’imaginer des jumelages entre les Celtes, la musique andalouse et celle du Maghreb. D’ailleurs la musique du Maghreb a toujours été présente dans mes émissions et aux Francos. On l’a beaucoup accompagnée et aidé à la faire connaître. A côté du festival, il y a une volonté d’enracinement des Francofolies dans la région. Il y avait d’abord cette idée de venir s’installer ici et de faire de La Rochelle un lieu où les chanteurs pourraient venir faire des stages, mais pas seulement une fois par an. L’idée d’une espèce de Centre de la chanson fait son chemin, tout doucement. La Région nous a suivis. On va s’installer une dizaine de fois pendant deux semaines au Carré Amelot. Ce sera ouvert, évidemment. Il y aura des gens de Toulon ou de Paris sur ces chantiers, et, sur les douze à quinze artistes de chaque session, la moitié d’artistes de la région. Il faut que les gens du coin arrivent à émerger et à jouer ailleurs. Il est même question d’une émission régulière sur les chantiers avec France 3 Aquitaine et Poitou-Charentes. Dix-neuf groupes ou chanteurs issus du chantier sont programmés cette année aux Francos. Avec six chantiers et une centaine d’artistes par an, on crée notre propre creuset.
    En Poitou-Charentes, nous sommes partenaires du G 19, avec des salles comme la Maline sur l’île de Ré, Thouars, Rouillac, Cognac. On y fait mes émissions, on a monté une coproduction qui tourne dans ces salles et qui va se retrouver aux Francofolies. C’est un ancrage régional avec les pros de la région. E t les développements des Francofolies à l’étranger ? Cela va plutôt bien. Le Québec va entrer dans sa douzième année, la Belgique en est à la sixième, la Suisse, à la deuxième. Berlin pendant quatre ans, interrompu un an. Aujourd’hui, nous discutons avec de nouveaux partenaires. Avec la Bulgarie, on a dû arrêter au bout de deux ans pour des raisons essentiellement financières. Il fut question du Maroc, avec Marrakech, mais le projet n’a pas abouti alors qu’il était bien avancé. J’ai pris contact avec Essaouira qui est maintenant jumelée avec La Rochelle. Je connais bien cette ville qui a des points communs avec La Rochelle. J’aimerais bien qu’on puisse aller en Afrique Noire, au Sénégal. J’en ai parlé avec Youssou N’Dour qui a pas mal d’influence là-bas. Il y a trois mille groupes de hip-hop et de rap rien qu’à Dakar, et de belles choses. Mais il faut des volontés politiques. Là-bas, on ne peut pas faire payer les tickets à 10 F. Tout doit être quasiment financé avant. Je connais bien Christian Mousset, qui fait venir les musiciens africains pour les Musiques métisses à Angoulême. Dans l’autre sens, c’est beaucoup plus compliqué. S’il avait pu le faire, il l’aurait fait. s L’Actualité Poitou-Charentes – N° 49
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