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Le banquet de la Sainte-Cécile
I
Alain Rezzoug
Hélène Coulon chante l’amour
Le regard est clair, le verbe rapide et les mots inspirés : bonne nouvelle au pays de la chanson, Hélène Coulon travaille à un nouveau spectacle. Après les superbes Chansons d’amour excessives, elle s’attaque de nouveau au thème de l’amour, mais sous forme de duo. Titre provisoire : Nous Deux. Avec Fabrice Barré – entité numéro 2 – au chant et à la clarinette, Philippe Parant à la guitare et un contrebassiste. Des Palétuviers de Pauline Carton à la chanson Veinte anos, sortie tout droit du film Buena Vistas Social Club, de Nino Ferrer à Offenbach, il s’agit d’arranger et de détourner les chansons, de trouver des textes «partout-partout, dans les livres, les recueils de poèmes», et surtout d’en commander «pour faire deux tiers de créations». Dans ce savant mélange, ajouter une bonne dose d’humour, un soupçon de délicieuse désillusion, une mesure de suavité, et la recette de l’amour selon Hélène Coulon est prête. Larmes, joies, petits bonheurs et grands malheurs, passion, trahison, partage… le spectacle sera «théâtral». Mais il faut patienter jusqu’à la fin de l’année pour apprécier Nous Deux et le festival Voix de fait, à Poitiers. D’ici là, on peut toujours se repasser le disque des Chansons d’amour excessives.
l s’appelle Bodin. C’était vendredi soir à Nancy, les gens sont venus pour la présentation de saison du théâtre, le spectacle est gratuit et il est question de l’harmonie municipale de Chauvigny, à l’autre bout du pays. Il vient s’asseoir, et restera assis face à la salle comble pendant une heure vingt. Moi non plus je ne connaissais pas Bodin. Pourtant il parle de Chauvigny, code postal 86300, avant Civray, 86400, et Montmorillon, 86500, et Civray c’est ma ville. Assis à une table surélevée face au premier rang, Bodin raconte la route (nationale 151 depuis Poitiers, vers Limoges) pour arriver à Chauvigny, puis la disposition des quartiers hauts et bas, la longueur du pont et le nom des églises. Il y a aussi le nombre des habitants (4 600 à Chauvigny, Civray c’était seulement 3 200), et le nom des commerçants, du boucher, de l’opticien, et à quel numéro de la rue principale se trouve l’agence du Crédit Agricole. Cinq cents personnes donc, écoutant quelqu’un d’assis qui dit comment l’harmonie municipale, en répétition ou faisant au 11 novembre le tour en car des monuments aux morts des communes environnantes (Bodin quitte alors seulement le strict univers de la parole, mime les instruments, et le coup de grosse caisse jamais au bon endroit pendant la Marseillaise), l’harmonie avec le boucher et son fils, son chef à gros ventre et petites chaussures et les trois saxophones pas bien rythmés ensemble, sont le miroir non pas de Chauvigny, code postal 86300, mais de toute une histoire plus vaste : ce mouvement ayant aspiré littéralement, comme sucé avec une paille, les petites villes vers leur préfecture, et maintenant ces chefs-lieux de département eux-mêmes aspirés dans les métropoles de région. Bodin pendant une heure et vingt minutes ne se lève jamais de sa chaise, ni ne déborde du strict L’ŒIL DE LA VOISINE
Depuis deux ans, les cinq membres du groupe deux-sévrien L’Œil de la Voisine font de la «chanson française acoustique». Ils ont effectué une soixantaine de concerts, dans la région et ailleurs. Après leur premier opus éponyme, ils ont sorti, en mai dernier, La java des mortels, treize titres où il est question d’amour (plutôt malheureux), de femmes (peu aimantes), chantés et joués avec justesse et bonne humeur, et où les influences de groupes comme les Têtes Raides ou La Tordue sont perceptibles sans être envahissantes. Avec leurs instruments «vrais» (piano, guitare, accordéon, saxophone…), leurs musiques composées à cinq et leurs textes écrits à un (Olivier Aucher, très prolifique), ces musiciens ont conquis un public. Qui peut les retrouver en juillet pendant leur tournée dans les Deux-Sèvres. B. K.
cadre de cet inventaire que recoupe l’harmonie municipale de Chauvigny, 86300, si on décrit son banquet annuel, disposition de la salle comprise. Evidemment on rit, et beaucoup. Et quand on vient dire à Bodin encore maquillé, à la fin de son spectacle, qu’on est soi-même de Civray et qu’on a tout reconnu, vingt autres personnes veulent le lui dire aussi, parce qu’ils se souviennent de leur propre code postal du temps de l’école primaire. D’ailleurs, sur la fin du spectacle, c’est une vraie harmonie municipale qui rentre par le fond de la salle derrière son chef et voilà qu’on les reconnaît tous : c’est la réalité qui rentre de plain-pied dans l’histoire racontée (et non pas le contraire), parce que c’est la fanfare de la ville où on est. A quoi on se laisse prendre, c’est à la force d’une histoire quand elle trans-forme en inconnu le monde au plus près de soi, le pose tel quel comme étonnement. Ce que s’assigne comme tâche la littérature aurait donc encore valeur collective ? Parce que ce n’était pas vraiment du théâtre, mais juste un homme assis qui parle, on croit un instant au miracle : dans un livre aussi faire défiler une vraie fanfare, et cinq cents personnes vous suivraient.
François Bon
Nordine Chakri
Ce texte de François Bon a été publié par Le Temps, à Genève. Jean-Pierre Bodin part en tournée en Poitou-Charentes à partir du 15 septembre 2000, avec le soutien de la Région, pour une quinzaine de représentations dans des villages ou petites villes jusqu’au 9 décembre.
Béatrice Knoepfler
Le duo, tableau attribué à Theodor Rombouts (Anvers, 1597-1637), anciennement attribué à Gerrit Honthorst, musée de Poitiers, photo Christian Vignaud.
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L’Actualité Poitou-Charentes – N° 49
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