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Création : Printemps Chapiteau

Rubrique Création – Article :

Printemps Chapiteau. A Latillé, Sainte-Néomaye et Taugon, le Centre dramatique Poitou-Charentes a planté son chapiteau pour jouer du vrai théâtre à la demande des habitants. Entretien avec Claire Lasne, codirectrice du Centre dramatique.

Propos recueillis par Jean-Luc Terradillos, photos par Claude Pauquet.

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    centre dramatique A Latillé, Sainte-Néomaye et Taugon, le Centre dramatique Poitou-Charentes a planté son chapiteau pour jouer du vrai théâtre à la demande des habitants
    Printemps Chapiteau D u 15 avril au 10 mai 2000, le Centre dramatique a emprunté les petites routes de Poitou-Charentes pour planter son chapiteau à Latillé (Vienne), Sainte-Néomaye (DeuxSèvres) et Taugon (Charente-Maritime). Dans chaque commune, les comédiens de Lhoré Dana, la compagnie invitée, et les techniciens ont vécu une semaine avec les habitants. L’aventure était si belle que Claire Lasne et Laurent Darcueil, codirecteurs du Centre dramatique, préparent le prochain «Printemps Chapiteau» de mai à juillet 2001, dans les mêmes communes et trois ou quatre de plus. Avec deux créations : Dom Juan de Molière, mis en scène par Claire Lasne, et Le Roi serf de Carlo Gozzi (plus ouvert aux enfants), mis en scène par Olivier Morin. L’Actualité. – Quel désir sous-tend le fait de partir pendant un mois avec un chapiteau dans de petites communes rurales ? Claire Lasne. – Si nous allons dans des communes où il n’y a pas toujours de salle des fêtes, c’est parce qu’il y a des gens qui y vivent et qui souhaitent notre venue. De là naît un désir de recentrer le travail théâtral, non pas sur les structures, sur l’argent ou sur les moyens des communes mais sur les gens. Nous avons d’abord formulé, grâce à la presse, la proposition de nous installer pendant une semaine pour présenter un spectacle pour enfants, une scène ouverte aux amateurs (confiée à Jean-Marie Sillard) et un spectacle tout public, plus une série de rencontres dans les écoles, ou chez les habitants avec de petites formes théâtrales. Le coût artistique était pris en charge par le Centre dramatique mais les communes devaient faire en sorte qu’il y ait suffisamment de personnes intéressées pour nous aider à monter le chapiteau, nous nourrir et nous loger. Cela part d’un échange. S’il n’y a pas assez de monde pour monter le chapiteau, on ne le monte pas ! Du coup, les rapports avec la population sont simples et formidables. Nous savons que nous n’avons pas été programmés dans tel village par
    Entretien Jean-Luc Terradillos Photos Claude Pauquet
    hasard et que les gens viendront aux spectacles. C’est un grand réconfort mental. En effet, cette question du public peut, à la longue, nous rendre fou. En s’éloignant de plus en plus du désir des autres, le travail théâtral s’appauvrit, devient très ingrat, vide. Bien sûr, il s’agit d’une recherche intime, d’un travail personnel qui procure une jouissance n’appartenant qu’à soi, mais c’est avant tout un travail d’échange, de rapport à une communauté, d’espoir dans la constitution d’une communauté. Sans cela, la relation est faussée. Autant faire de la peinture. Joue-t-on différemment sous un chapiteau ? Il y a 400 places dans notre chapiteau. Quand on entre sur le plateau, on a l’impression d’un feu immédiat. Le danger serait de ne pas parvenir à créer de la distance avec les spectateurs. Au théâtre, la proximité sans la distance ne présente pas d’intérêt. Sinon mieux vaut aller au café pour se raconter des histoires. Du fait de cette proximité instaurée par le chapiteau, le comédien doit faire preuve d’une plus grande rigueur artistique parce qu’il connaît ceux qui sont venus le voir, parce qu’il a «vécu» toute
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    la semaine avec eux. Rester dans une sorte de camaraderie avec le public confinerait à la démagogie. Il faut réussir à créer des liens très forts et tout oublier sur scène, au point que les gens ne vous reconnaissent plus. Est-ce la raison pour laquelle votre prochaine création – Dom Juan – aura lieu lors du prochain Printemps chapiteau ? La rigueur que cela exige m’intéresse. Comme un défi. J’ai beaucoup à apprendre. Avec Dom Juan, j’ai envie de me poser devant une langue difficile. Dans cette pièce, la langue est au centre. Elle ne supporte aucun bricolage d’émotion ou de jeu. Il faut rendre l’intégralité du texte, dans son extrême précision, en même temps que le jeu. C’est vrai pour tous les textes, mais encore plus pour une œuvre aussi proche du poème lyrique. Avec la scène ouverte, vous avez ouvert le chapiteau aux amateurs. Quelle différence faites-vous entre comédiens amateurs et professionnels ? Il y a une différence fondamentale entre les comédiens professionnels et les amateurs. Les uns prennent le risque de vouloir gagner leur vie avec le théâtre, les autres décident d’y consacrer tous leurs loisirs. Je ne vois pas une quelconque hiérarchie entre professionnels et amateurs, mais d’emblée leur rapport au théâtre est différent. Il n’y a pas plus d’individus passionnés, sincères, habités, attentifs au geste, d’un côté comme de l’autre. Chez les amateurs, certains posent leurs vacances au début de l’année pour pouvoir faire des stages avec le Centre dramatique… Jean-Marie Sillard, qui a une longue expérience du théâtre amateur, nous a beaucoup appris sur le sujet. Il aime le théâtre où qu’il soit, sous des formes diverses, et l’on ne perçoit chez lui aucune trace de ce qui peut pourrir les relations entre amateurs et professionnels.
    Qu’est-ce qui vous énerve dans le théâtre actuel ? Je demeure sceptique quand j’entends parler de l’intelligence au théâtre. Depuis quelques années, les jeunes metteurs en scène – leurs aînés aussi – doivent faire du théâtre intelligent, c’est-à-dire politique, ou encore rendre les gens citoyens. Je constate surtout un écart énorme entre le discours et la manière dont les choses sont faites. Si les gens continuent d’être traités comme des objets et les spectacles comme des marchandises, je ne vois pas de changement. Je ne me sens pas dépositaire d’un savoir que j ’ i r a i s dispenser je ne sais où. Par contre, j’éprouve un réel désir d’échange à partir d’une chose intime. Pour moi, il y a de l’intelligence quand se crée une relation vivante entre des personnes. C’est le caractère unique du théâtre. A partir de là, notre travail peut se développer sur des rapports d’égalité, mais pas sur des rapports de colons ou de missionnaires. s
    Le Centre dramatique Poitou-Charentes, dont l’équipe artistique est conduite par Claire Lasne, est associé cette saison à deux autres équipes de création, la Cie Carcara (Hélène Ninérola) et la Cie Ambre (Arlette Bonnard et Alain Enjary). Notons que tous les spectacles sont traduits en langue des signes. Tél. 05 49 41 43 90
    Claude Pauquet était invité à suivre le «Printemps Chapiteau». Ses photographies permettent d’imaginer cette belle aventure. De sorte que le Centre dramatique en a fait un superbe livre.
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