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Malawi
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riedemann Schrenk, chercheur de l’Institut Senckenberg à Francfort, co-dirige avec Timothy Bromage le projet de rec h e r c h e sur le «corridor des hominidés» (HCRP : Hominid Corridor Research Project) au Malawi. Leur objectif : déterminer l’origine et la dispersion de la faune entre l’Afrique du Sud et l’Afrique de l’Est. L’Actualité. – Qu’avez vous trouvé au Malawi ? Friedemann Schrenk. – Le lac Malawi est placé entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Sud, au sud de la vallée du Rift. Nous avons mené des fouilles dans une bande sédimentaire de 80 km de long et 10 km de large datée de 5 à 2 Ma. L’équipe y a mis au jour deux espèces d’hominidés dans des niveaux contemporains estimés à environ 2,5 Ma. Le premier est une large mâchoire découverte dans le site d’Uraha appartenant à un des tout pre-
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Que signifie cet assemblage ? C’est le signe d’une migration. Le contexte climatique de la période a été très bien expliqué par Elizabeth Vrba. Le refroidissement de la planète s’accompagne d’alternance de périodes chaudes et froides, les ères glaciaires et interglaciaires. En Afrique, cela se traduit par des périodes sèches et des périodes plus humides. Quand le climat devient plus sec, les biomes [ou grands ensembles écologiques] se contractent et se rétrécissent autour de l’équateur. Inversement, quand le climat est favorable, ils s’étendent de chaque côté de l’équateur. Et les animaux suivent ce mouvement. En période sèche, les animaux se concentrent autour de l’équateur et en période plus chaude, ils se dispersent au nord et au sud. Grâce aux gisements du Malawi, nous avons pu constater comment se déroulaient les migrations. Il y a 3 millions d’années, les antilopes et les autres animaux se dispersaient à partir de l’équateur. Et 500 000 ans plus tard, nous observons une migration dans l’autre sens de la faune sud-africaine remontant vers l’équateur, ce qui explique cette cohabitation de populations bien distinctes. Les hominidés sont-ils concernés par ces flux de migration ? Nous pensons que ce schéma peut s’appliquer aux hominidés. Les australopithèques se développèrent vers 4 ou 5 Ma, les plus anciens fossiles sont au Kenya. Plus tard, il y a 3 ou 3,5 Ma, le climat était très chaud, un contexte favorable à une première dispersion où les australopithèques atteignirent le Tchad, l’Afrique du Sud et l’Ethiopie. Puis, il y a 2,5 Ma, le climat devient sec et provoque cette concentration à l’équateur. D’après ce scénario, c’est à ce moment que les australopithèques d’Afrique du Sud migrèrent vers l’équateur et se développèrent en Homo habilis. C’est l’essentiel du message que je voudrais transmettre à mes collègues sud-africains. Contrairement aux régions tropicales, l’Afrique du Sud ne fut jamais l’endroit où se développèrent de nouvelles espèces d’hominidés. Et l’Afrique du Sud ne fut peuplée que grâce à la migration. Si Homo habilis est lié à l’Australopithecus africanus de l’Afrique du Sud, ils ont du mal à comprendre pourquoi il est beaucoup plus jeune en Afrique du Sud qu’en Afrique de l’Est. C’est très simple quand on l’explique en termes de migrations. En 2 Ma, le climat devint plus favorable à l’expansion, Homo habilis et l’australopithèque robuste re-
Le corridor des migrations
Comment expliquer la présence des australopithèques au Tchad, en Afrique du Sud ou en Ethiopie
Entretien Anh-Gaëlle Truong Photo Claude Pauquet
m i e r s spécimens du genre Homo, Homo rudolfensis. A 40 kilomètres au nord, sur le site de Malema, une mâchoire supérieure avec deux grosses dents a été attribuée à Paranthropus boisei. Ces spécimens sont les occurrences les plus méridionales de ces deux espèces. En outre, c’est la preuve d’une coexistence très précoce d’un australopithèque avec le genre Homo. Mais leur importance tient surtout à la spécificité de la faune qui les entourait. Nous avons retrouvé beaucoup de fossiles d’antilopes, d’éléphants, de cochons, de girafes, etc. L’ensemble révèle un environnement écologique dominant caractéristique de l’Afrique de l’Est, mais présente aussi des incursions minoritaires de faunes caractéristiques, endémiques, d’Afrique du Sud.
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pithèque puisqu’il n’est que le développement d’Australopithecus africanus. Pour moi cela ne fait pas non plus de différence si on qualifie Homo rudolfensis d’australopithèque. On peut aussi dire que Australopithecus garhi est du genre Homo. Peu importe, cela n’affecte pas ces phases d’expansion de la biogéographie. Je pense qu’il est très délicat de parler en termes de genres ou d’espèces, et je préfère parler d’entités, de groupes et de populations, ce qui permet d’y voir plus clair. Quels sont les liens avec Michel Brunet ? Nous avons fait nos découvertes respectives au Malawi et au Tchad, en même temps. Il n’y a pas de lien direct entre nos découvertes, si ce n’est ce schéma de migrations que nous avons confirmé au Malawi, et qui s’ajuste parfaitement à l’australopithèque daté de 3,5 Ma que Michel a mis au jour au Tchad. Comme je le disais, cette époque correspond à une phase d’expansion, et Abel prouverait que ces migrations ont bien eu lieu. En outre, trois ou quatre ans auparavant, une conférence s’est tenue à Johannesburg, nous y étions tous deux, ainsi que nombre de nos collègues du Kenya, d’Ethiopie, d’Afrique du Sud, de Tanzanie, etc. Nous avons alors décidé que la paléoanthropologie devait changer. Il y a dix, vingt ans, ce n’était qu’un champ de bataille, à présent nous voulons coopérer et partager l’information. Le colloque de Poitiers, organisé par Michel Brunet, illustre cette volonté. s
joignent alors l’Afrique du Sud, mais seulement après s’être développés dans les régions tropicales. Homo rudolfensis, lui, n’a jamais migré, il resta dans la région tropicale. A mon avis, la racine d’Homo habilis est Australopithecus africanus d’Afrique du S u d et la racine d’Homo rudolfensis est Australopithecus afarensis. Et ils n’ont rien à voir les uns avec les autres, c’est une partie du problème. A quels problèmes faites-vous allusion ? Il y a de grandes discussions entre les paléontologues sur l’attribution de tel nom d’espèce ou de genre à tel ou tel spécimen. On pourrait tout aussi bien dire qu’Homo habilis est un australo-
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