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Culture

Rubrique Culture – Articles/brèves :

Christian Mousset, Les 10 ans d’Indigo. Par Jean-Luc Terradillos, photo : Claude Pauquet ;

« Belles et rebelles », biographie que consacre Alain Quella-Villéger à la famille Chasteau-Tinayre. Par Denis Montebello ;

Jean-Marie Pelt, éloge de la synthèse. Entretien avec Jean-Marie Pelt, professeur de biologie végétale et de pharmacologie à l’Université de Metz et président de l’Institut européen de l’écologie. Par Anh-Gaëlle Truong.

Hommage à Lenny March ; Catherine Thernaux ; Denis Montebello ; François Dilasser à Saintes ; Didier Quella-Guyot ; Illustration : dessin de Mazan.

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    culture résistance qui font entendre la diversité des sons sur notre planète. Or il se trouve que ces îlots sont souvent francophones. De ce point de vue, Indigo est un exemple de l’exception culturelle française. S a n s la maison de la culture d’Amiens, donc sans argent public, ce label n’aurait jamais pu
    Christian Mousset Les 10 ans d’Indigo
    F
    MÉLANGE DE CHOSES DIVERSES La prononciation du mot castillan “olla”, signifiant marmite et par extension bouillonnement, suffirait peutêtre à inspirer Catherine Ternaux, éditrice au Centre national de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême et auteur d’un recueil de nouvelles ou historiettes précisément intitulé Olla podrida (pot-pourri), mélange de choses diverses. Il faut en effet pour bien articuler cette olla ibérique, écraser sa langue contre le palais afin d’éviter un trop banal olia ou oya. Donc, si Catherine Ternaux s’attardait sur cette amusante gymnastique intérieure, elle en ferait à coup sûr une délicieuse histoire. A croire ou à ne pas croire. Car son ouvrage joue et se joue, tout au long des pages, de notre naïveté enfantine. De notre émerveillement aussi, lorsqu’une pensée à l’être aimé se dévoile subtile, légère et grave. Ce pot-pourri de textes, longs et moins longs, nouvelles ou observations poétiques, s’intéresse au rituel festif des lézards, au cheminement bouleversant d’une larme bleue ou aux langages-signes particuliers. Goulûment englouties, les rêveries de Catherine Ternaux mènent encore à Tante Suzanne, veille dame à jamais privée de ses traits d’enfance. «Quand basculerai-je à mon tour ? s’interroge la narratrice. M’en apercevrai-je seulement ? En attendant, je fermais les yeux et, me concentrant très fort, je me persuadais que je pouvais m’envoler.» A. D. Editions L’escampette, 123 p.
    a i r e du festival Musiques Métisses le centre d’un réseau pour faire circuler dans le monde les musiciens découverts à Angoulême et diffuser leur musique. Via le disque, notamment. Dans le dessein de Christian Mousset, directeur-fondateur du festival, une rencontre fut détermiante en 1991, celle de Michel Orier, alors directeur de la maison de la culture d’Amiens, qui lui proposa de créer la collection Indigo au sein de son label de jazz, Label bleu. Dix ans après, Indigo a produit une soixantaine de disques, diffusés sur tous les continents par Harmonia Mundi, avec des artistes d’Afrique du Sud et de l’Ouest, de l’océan Indien, de la Caraïbe et même de Mongolie. Et de beaux succès comme ceux de la chanteuse malienne Rokia Traoré (60 000 CD vendus) ou du Réunionnais Granmoun Lélé qui a enregistré son premier disque à l’âge de 70 ans. Christian Mousset pressent un succès similaire pour les derniers de la collection, deux artistes du Mali (programmés à Angoulême cette année) : le joueur de kora Ballaké Sissoko et le guitariste Djelimady Tounkara. «Je m’intéresse aux musiques urbaines ancrées dans la tradition et aux musiciens créateurs, affirme Christian Mousset. Malgré la mondialisation, il existe des îlots de
    exister. Nous réalisons maintenant un chiffre d’affaires de 11 MF et l’argent gagné est réinvesti dans la production. » En outre, la dimension artisanale du label permet de nouer des relations très étroites avec les artistes – chose devenue impossible dans les majors –, des relations de confiance qui les incitent à donner le meilleur. Jean-Luc Terradillos
    Le 26e festival Musiques Métisses se déroule à Angoulême du 31 mai au 4 juin, avec une trentaine de groupes au programme.
    FRANÇOIS DILASSER À SAINTES L’Abbaye aux Dames de Saintes présente l’œuvre de François Dilasser jusqu’au 30 juin et édite un livre, Métamorphoses, avec des dessins de l’artiste et un texte de Paul-Louis Rossi.
    Trois ou quatre
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    enis Montebello est un auteur difficile, nous confie-t-on parfois. Il est vrai que les sujets de ses romans ou récits manifestent quelque âpreté. Comme le dernier en date, Trois ou quatre (chez Fayard), où l’on suit les soliloques d’un homme atteint par la maladie d’Alzeimer qui note tout dans son journal pour faire travailler sa mémoire. Certes, il est des sujets plus folichons… Ce serait oublier la langue dans laquelle Denis Montebello cerne son objet, en extirpe du sens peu commun, le fait virevolter, le nimbe de lumière ou le fiche en
    terre. C’est cette langue qui nous fait lire ses livres d’une traite. Mais peut-être faut-il avoir intégré quelques lignes de force qui sous-tendent tous ses textes. Nos lecteurs, qui «dévorent» sa chronique sur les saveurs, savent que Denis Montebello aime «jouer avec les mots. Les démonter. Voir ce qu’ils ont dans le ventre». Et qu’il s’intéresse à toute forme d’archéologie, étymologique, littéraire, gallo-romaine, psychanalytique. C’est pourquoi ses fictions, si délirantes soient-elles, sont pétries d’une profonde humanité, à construire. J.-L. T.
    ARCHITECTURE DU XXe SIÈCLE Découvrir la région PoitouCharentes au travers de son patrimoine construit au du XXe siècle, c’est ce que propose l’exposition présentée à Poitiers, à la maison des architectes, jusqu’au 15 juin 2001. Elle est réalisée par Gilles Ragot, auteur du livre Architectures du XXe siècle en Poitou-Charentes, publié par Patrimoines & médias.
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 52
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    Claude Pauquet
    culture sous le signe de la littérature (fautil appeler littérature ce qui transforme la vie en destin ?), chez le libraire et éditeur Arthème Fayard. «L’histoire des familles Chasteau et Tinayre converge pour la première fois, en 1882, symboliquement dans une librairie, par la grâce d e deux femmes volontaires : Louise et Victoire…» (p. 92). On apprendra plus loin que Victoire Tinayre «écrivait des romans que Louise Michel signait» (p. 106). Que Louise Chasteau «aurait pu devenir la romancière d’Oléron, écrivant sur place plusieurs œuvres, et prenant l’île pour cadre de La Ravageuse» (p. 167). Que Marcelle Tinayre, sa fille, produira aussi un r o m a n oléronnais, L’Oiseau d’orage (1901). C’est elle, bien sûr, la figure centrale de ce livre. C’est elle qui s’imposa comme romancière, féministe et cofondatrice du prix Femina. C’est elle qui plagie par anticipation, sinon l’œuvre, du moins la carrière de nos deux romancières, Régine Deforges et Madeleine Chapsal, qui ont elles aussi quelque chose à voir avec le p r i x Femina et les éditions Fayard… Denis Montebello Ed. Aubéron, 488 p., 175 F.
    Belles et rebelles
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    i l’histoire ressemble à la fiction, ce n’est qu’après coup, quand on cherche dans l’accumulation de péripéties, dans la succession des miracles, la logique – ou, à défaut, la chronologie – d’une histoire. Autrement dit un sens. La rationalisation a posteriori, comme dit la psychanalyse, c’est le défaut – la qualité – du romancier. Et de l’historien. Quand il veut comprendre le passé, le saisir, et qu’il ne voit pas l’image qui perce sous ses mots. Cette image, c’est l’image du passé. L’image que s’en fait l’historien, que s’en fait l’époque. Une image construite, anachronique, comme toute image et comme l’histoire elle-même. L’auteur de vie travaille de cette façon – Venance Fortunat, par exemple, quand il écrit la Vie de sainte Radegonde – : il agence, il monte les événements de telle sorte qu’ils apparaissent comme orientés, écrits. Il transforme une vie en destin. Il montre Radegonde marchant vers la sainteté, par degrés, topos après topos.
    Tous les récits de vie fonctionnent ainsi. L’autobiographie ne fait pas exception, qui organise les événements autour d’un moment, le plus souvent une conversion, avec un avant – qui l’annoncerait, la préparerait – et un après –qui en découlerait –. Dans tous les cas, la frontière entre l’histoire et la fiction, entre le roman et le récit, est abolie. C’est ce que l’on constate à la lecture de Belles et rebelles, la biographie ou plutôt le roman vrai que consacre à la famille ChasteauTinayre, ancrée en Charente, l’historien Alain Quella-Villéger. On y d é c o u v r e des femmes luttant, s’émancipant, chacune à sa manière. Faisant la révolution, voyageant, comme Victoire Tinayre, l’amie de Louise Michel, que l’on suit dans son exil hongrois, dans son combat féministe et socialiste. Louise Chasteau choisit une autre voie, elle devient une remarquable enseignante. Des vies se croisent, se rencontrent. La rencontre a lieu
    HOMMAGE À LENNY MARCH «Vivre et laisser vivre» : telle était la définition de la philosophie Rastafari aux yeux de Lenny March. «Blacka» Lenny est décédé le vendredi 23 mars dernier. Installé à Poitiers depuis 1994, Lenny a été à l’origine (avec Drop Crystal Sound System, voir L’Actualité n°49, p.19) et à l’avant-garde des sounds systems dans la région. D’origine jamaïcaine, Lenny March s’est investi dans une multitude de projets artistiques à Poitiers : festivals reggae, carnaval, ateliers de percussions, premières parties de groupes reggae prestigieux (Culture, Yellowman, Misty in Roots, Johnny Clark…), création de Cd Dub, enregistrements avec des enfants… Pour reprendre une formule Rasta : «Lenny continues to live through I and I.» Boris Lutanie
    Printemps Chapiteau Dom Juan et Le Roi-Cerf
    U
    n nouveau «Printemps Chapiteau» du Centre dramatique Poitou-Charentes (L’Actualité n° 50) commence cette saison à Lavausseau le 6 mai. Le succès, l’an passé, de cette aventure théâtrale en milieu rural a suscité l’intérêt de nombreuses communes, de sorte que cette tournée s’étendra sur deux mois dans six communes, puis au festival de Saint-Jean-d’Angély et à Blaye jusqu’au 2 septembre. Deux créations sont jouées sous le chapiteau : Le Roi-Cerf de Carlo Gozzi mis en scène par Olivier Maurin et Dom Juan de Molière par Claire Lasne, codirectrice du Centre dramatique régional. Le projet de monter Dom Juan remonte à une dizaine d’années avec,
    dans le rôle titre, le comédien Richard Sammut dont on a pu apprécier le talent dans les précédentes créations. «Dom Juan, souligne Claire Lasne, c’est l’histoire d’un homme aux prises avec l’amour des autres et qui passe son temps à réclamer d’être seul. On ne lui accorde jamais cette minute-là et il en crève. Ce qu’il cherche, c’est d’affronter son destin, seul, “quoique accompagné de Sganarelle”. Poursuivi par le désir des autres, il ne cesse de fuir et d’être rattrapé. Le chapiteau sert magnifiquement Dom Juan. Rond comme la terre qui tourne autour de lui. C’est simultanément un voyage intérieur et un voyage physique. Il cherche à toucher la limite de sa propre vie et se brûle. Et, à la fin, il brûle.» J.-L. T.
    A Lavausseau (6-12 mai), Azay-le-Brûlé (13-19 mai), Châtellerault (27 mai-2 juin), L’Isle-Jourdain (3-9 juin), Greyzac (10-16 juin), Taugon (24 juin-1er juillet), Saint-Jean-d’Angély (22 juillet4 août), Blaye (26 août-2 septembre), et en novembre à Poitiers. Tél. 05 49 41 43 90
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    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 52
    Jean-Marie Pelt Eloge de la synthèse
    P
    rofesseur de biologie végétale et de pharmacologie à l’Université de Metz et président de l’Institut européen d’écologie, Jean-Marie Pelt était invité à Poitiers par l’Espace Mendès France le 29 mars. Il a donné une conférence sur le thème de son dernier livre La Terre en héritage, publié chez Fayard, et nous a accordé un entretien. L’Actualité. – Comment définissez-vous la nature ? Jean-Marie Pelt . – Je définis la nature comme tout ce qui n’est pas l’œuvre de l’homme. La nature comprend ainsi tout le cosmos connu et inconnu et, de fait, tout ce
    qui vit et croît sur notre planète. Ce qui inclut l’homme et toute la vie dès lors qu’elle n’est pas bricolée par l’homme. A mon sens, le concept qui s’y oppose est la technologie, c’est-à-dire tout ce qui est l’œuvre de l’homme, aussi bien sur le vivant, comme la biotechnologie, que sur la matière inanimée. J’ajouterai que l’homme a largement modifié ce modeste morceau de nature qu’est la planète Terre et qu’il y a maintenant une nature humanisée qui recouvre très largement l’essentiel du monde vivant sur la planète dans la mesure où les espaces que l’homme n’a pas touchés sont minoritaires. Les champs cultivés ou les rivières entretenues
    sont le résultat d’une coopération entre l’homme et la nature qui doit se faire selon les critères fondamentaux de l’écologie : l’homme ne doit pas se comporter comme un agresseur ou un exploiteur, à peine comme un exploitant et plutôt comme un jardinier. Ne pas prendre les précautions que l’écologie nous enseigne, c’est faire un mauvais usage de la nature. Ainsi la nature peut sembler se retourner contre nous sous la forme de dérèglements du climat ou d’inondations, etc. Sommes-nous en train de vivre une phase de modification majeure du climat ? Il y a vingt ans, quelques pionniers ont dit qu’il y avait un effet de serre, ce que personne n’a cru. Aujourd’hui, les climatologues y croient tous sauf quelques-uns. L’effet de serre est-il l’explication du réchauffement que l’on constate ? Je me garderai bien d’affirmer qu’un seul facteur est déterminant, ce qui est très rare en écolo-
    gie. Au contraire, je pense que de nombreux facteurs peuvent expliquer le réchauffement de la planète. J’en distingue deux catégories : ce qui n’est pas de l’ordre de l’action humaine comme les modifications des sources énergétiques du soleil, et ce qui est d’origine humaine. Dans cette seconde catégorie, j’inclus plusieurs hypothèses : l’effet de serre, mais aussi l’envoi d’innombrables objets dans l’espace – le commun des mortels dit que cela «détraque le temps», il y a peut être une part de vérité dans cela bien que la science le nie en bloc –, ainsi que l’augmentation formidable de la charge d’ondes électromagnétiques dans l’atmosphère (autre sujet non traité par la pensée unique). Quel rôle pour la culture scientifique ? La science est universelle et la plupart des scientifiques ne le sont pas. En effet, je sépare les scientifiques en deux catégories : les pointus et les synthétiques. Les pointus connaissent parfaitement leur sujet d’étude mais n’ont pas plus de culture que la moyenne des gens. Les synthétiques sont de rares individus qui ont touché à plusieurs disciplines. Tant qu’on n’aura pas réussi à mettre en symbiose ces deux formes d’esprit, qui correspondent à des dispositions particulières du cerveau, la science ne sera pas universelle. En 1968, pluridisciplinarité et transdisciplinarité devaient devenir les sésames pour obtenir des crédits de recherche mais cela ne s’est jamais produit, les carrières de la science sont toujours entièrement gérées par des spécialistes pointus qui excluent les synthétiques. Les quelques malheureux qui ont essayé, et dont je suis, eurent les pires ennuis et je plains de tout mon cœur ceux qui essaient encore. Pourtant la science n’avance que par des intuitions qui ne sont pas forcément posées au milieu des autoroutes de la recherche. Nous avons besoin de marginaux de la science. Darwin en était un. Pasteur aussi. Ce sont souvent ceux-là les grands découvreurs. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de pointus, il faut trouver un équilibre entre les deux. Recueilli par A.-G. Truong
    POITOU-CHARENTES DANS LA BANDE DESSINÉE Lecteur impénitent de bandes dessinées, Didier Quella-Guyot a repéré des dizaines de planches qui ont pour cadre la région Poitou-Charentes. Cela donne une exposition de 42 panneaux présentée en mai et juin au CRDP de Poitiers et appelée à circuler dans les établissements scolaires. Cette exposition révèle le pouvoir d’attraction de la région, grâce à son histoire, à ses paysages, à ses villes, à ses figures. De grands auteurs en apportent la démonstration, parmi lesquels Moebius, Manara, Juillard, Caza, Bourgeon, Mézières et même Hergé. Ci-dessus, une vue d’Angoulême par Mazan, dans Ville basse (éd. Delcourt).
    L’Actualité Poitou-Charentes – N° 52
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