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Guillaume Bruère – Isabelle Autissier

Dans le numéro 53 - Juillet 2001

Charcot, gentleman des pôles. Par Isabelle Autissier, navigatrice. Photo : Marc Deneyer ;

Page de gauche : Sculpture de Guillaume Bruère. Commentaire par Dominique Truco.

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    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 53 s
    Charcot, gentleman des pôles Par Isabelle Autissier Photo Marc Deneyer des Féroé et de l’Islande. Le maître mot de Charcot sera toujours «faire œuvre utile», aussi, déjà, il ne conçoit pas de s’adonner à la plaisance sans également observer, cartographier et rendre des comptes scientifiques de ses voyages. De moins en moins médecin, de plus en plus marin, il lui faudra quand même une énergie peu commune pour décider de monter, quasiment à ses frais, une expédition polaire, à une époque où c’est le cadet des soucis de la France de relancer l’intérêt pour des régions inconnues et inhospitalières. Son premier hivernage, en péninsule Antarctique, avec le Français, sera déjà un chef-d’œuvre, non seulement par la qualité des observations scientifiques, mais, peut être plus encore, par la camaraderie chaleureuse qu’il saura y installer. A l’heure où toutes les grandes nations polaires ne cherchent qu’à planter le drapeau, revendiquer des territoires, faire œuvre de héros, même au prix de sacrifices de vies, Charcot aura une démarche presque inverse. Humaniste fervent, plus soucieux de ce qu’il ramène à la communauté scientifique qu’à sa gloire personnelle, il délaissera la course au pôle qui pourtant bat son plein, pour cartographier les terres nouvelles au sud ouest de la péninsule et multiplier les mesures et observations scientifiques, alors même que son bateau se débat d’avaries en avaries. Le Charcot de cet époque est une sorte de concentré de ce que sera toute sa vie. On y trouve l’illumination de la beauté polaire, parfois proche du mysticisme ; l’immense respect de cette nature que beaucoup d’autre ne cherchent qu’à conquérir et qu’il ne songe qu’à admirer ; la tendresse qu’il porte à chacun dans son équipage avec le souci de mettre en avant la fraternité ; son sens de l’honneur et du travail bien fait ; son goût à former et encourager les jeunes talents ; l’humour hérité des ambiances familiales. Charcot, malgré un patriotisme aujourd’hui un peu passé de mode, se pose ainsi en dernier héritier des voyages de Lumières, en «honnête homme», comme son siècle de guerres mondiales n’en produira plus guère. Jusqu’à sa mort, aussi romantique qu’emblématique, lorsque le dernier voyage du Pourquoi pas ? finira en naufrage dans la nuit d’une tempête islandaise et que le commandant, dernier à la passerelle, libérera sa mouette apprivoisée Rita, pour qu’elle échappe à la mort. Du seul survivant de ce naufrage, le matelot Gonidec, nous vient cette dernière réplique, d’un Charcot atterré, contemplant son équipage : «Ah ! mes pauvres enfants !» Jean Baptiste Charcot, qui eut pourtant des funérailles quasi nationales, est aujourd’hui un peu dans l’oubli. Estce parce qu’il n’a pas , lui- même, eu le souci de sa gloire ? Cela ne l’en rendrait que plus sympathique et justifierait plus encore le surnom que lui donnèrent affectueusement les Anglais de «Gentleman de pôles». C’est ainsi que j’aime voir Charcot briller dans mon esprit, comme le modèle de quelqu’un qui allia passion et raison et toujours à l’écoute du monde. s s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 53 s 97
    Ilulissat, Groenland, 1994.
    Page de gauche : sculpture de Guillaume Bruère. C’est peut-être un conte défait que Guillaume Bruère commence à écrire avec ses premières recherches artistiques. Petit Poucet et Petit Prince se retrouvent sur la planète, complètement paumés. Ce monde désorienté transparaît dans ses recompositions géopolitiques (collages de cartes routières), dans son «drapeau du monde» (réalisé avec le soutien de l’Ecole régionale des projets) qui enchaîne et fond les drapeaux de tous pays. Dans quelles directions avancer ? Les livres peut-être. D. T.
    hacun, sans doute, a sa madeleine de Proust, mais plus encore, chacun de nous a ses héros, ou, pour être moins emphatique, ses rencontres secrètes, avec des personnages qui deviendront des phares intimes, distillant la lumière de leur modèle quand tout semble confus autour de nous. Ils sont le fruit d’une lecture de hasard, d’un voyage, d’un soir de discussion enfumé et, tout à coup, un être prend forme, qui nous parle à travers le temps, avec ses hauts faits, ses doutes ou ses héroïsmes. De ce quinquet qui s’allume on fait un feu de joie, alimenté d’autres lectures et de recherches. J’ai récemment, ainsi, fait de Jean Baptiste Charcot un personnage familier. Non pas le grand Charcot, défricheur de la psychiatrie, mais son fils, l’explorateur polaire. Qu’y a t-il de remarquable chez ce Charcot là ? Qu’est ce qui donne furieusement envie de l’avoir pour grand père ? Voilà un jeune homme de bonne famille, jet-set un peu bohème et infiniment cultivée de cette fin XIXe, voué à la médecine par tradition familiale, qui saura remettre en cause ce douillet cocon, pour partir, avec une touchante obstination, à la recherche de son destin de marin. Cette patiente fidélité à un rêve d’adolescent, Charcot va la construire pas à pas, avec une immense conviction, mais aussi, ce qui est plus rare, avec un respect constant des gens et des lieux qui construiront son aventure. Médecin par fidélité aux souhaits de son père, il investit vite tous ses moyens dans des voiliers de plaisance, première marche vers son éden. Peu doué, pour la régate, il découvre la grande croisière et surtout l’éblouissement des glaces, des mers froides austères et grandioses, du coté
    C


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