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Louis Perceau, explorateur et fournisseur de l’Enfer
lors qu’il travaille avec son ami Fernand Fleuret à une bibliographie de l’Enfer de la Bibliothèque Nationale, c’est-à-dire de tous les livres érotiques qui y sont rassemblés dans une réserve particulière, Guillaume Apollinaire fait connaissance avec un jeune poitevin du nom de Louis Perceau. Ouvrier tailleur de Coulon devenu journaliste à Paris, celui-ci vient s’abreuver en curiosités de tous ordres dans ces lieux austères mais richissimes. Après un parcours des plus étonnants. Socialiste révolutionnaire en Deux-Sèvres puis dans la capitale, fidèle de l’antimilitariste Gustave Hervé, il a passé six mois à la Santé pour avoir cosigné un brûlot plus violent que les précédents. Il y a trouvé paradoxalement le chemin du bonheur quotidien. Partageant sa cellule avec un royaliste amateur de vieux livres et de langues mortes, il en est ressorti bon latiniste et bibliophile! Les jeunes gens sympathisent rapidement dans un commune passion pour les marges littéraires. Puis Apollinaire et Fleuret associent vite Perceau, précis et méticuleux, à leurs travaux et c’est en définitive sous leur triple signature que paraît en1913, au Mercure de France, leur Enfer de la Bibliothèque Nationale , qui connait un succès inattendu.
A
Si la guerre – et le décès d’Apollinaire à la victoire – réduisent le trio aux seuls Fleuret et Perceau, cette collaboration littéraire se maintient et s’avère féconde. Sous leurs noms, o u sous les pseudonymes de R a d e v i l l e et Deschamps, de Lodovico Hernandez, du Chevalier de Percefleur, ils alimentent en éditions de luxe ou à tirage limité bien des éditeurs spécialisés. Parallèlement, l’un et l’autre continuent ou entreprennent une œuvre personnelle, qui n’est pas coupée pour Perceau de ses origines poitevines. Comme Fombeure le fera plus tard pour les environs de J a r d r e s et Bonneuil-Matours, Perceau dresse en histoires et historiettes les portraits assez rabelaisiens de ceux du marais. Ce seront les futurs Contes de la Pigouille, publiés pour l’heure dans le très socialiste Travail des Deux-Sèvres. HELPEY, BIBLIOGRAPHE POITEVIN Puis les deux compères se séparent. Perceau occupe dès lors en maître absolu, sous son nom ou celui de Helpey, bibliographe poitevin, l’Enfer du livre, soit en explorateur (outre de multiples notices pour des érotiques imprimés sous le manteau, il publie en 1930 une Bibliographie du roman érotique au XIXe siècle)
soit en fournisseur. Un fournisseur très particulier du reste. Son domaine créatif est en effet celui de la poésie érotique ou légère. La liberté de l’inspiration s’y allie avec de grandes exigences... métriques. Socialiste en politique, Perceau se déclare sans honte ultra-conservateur en littérature. Proclamant qu’«en cela comme en toute chose, il nous faut nous borner à l’imitation», il n’admet en effet pour ses œuvres p o é t i q u e s signées Perceau ou Alexandre de Vérineau, que les rythmes et les règles strictes du temps de Louis XIII. Ses productions n’ont cependant rien d’un pastiche et son Libertin vieilli notamment, a bien de l’allure. Ultra-conservateur en littérature, Perceau se révèle également très impérialiste. Ainsi, avec sa Redoute des contrepèteries, il annexe à son domaine d’élection celui du contrepet. L’histoire, l’art délicat du contrepet y sont méticuleusement et doctement évoqués, avec une abondante anthologie. Il est vrai
que la contrepèterie est généralement érotique ou obscène et que Perceau est un maître tolérant. En bonne place, y figure en effet cette belle devise d’intellectuel : «Cogiter sans haine.» Cogiter sans haine! Il n’y a malheureusement guère que Perceau et quelques autres pour le croire, alors que les idéologues et leurs peuples se préparent à en découdre, en cette fin d’entre-deux-guerres. Quand le vacarme et la mêlée cessent, quelques connaisseurs enregistrent la disparition discrète, en 1942, de Louis Perceau. Essentiellement libertine et savante, son œuvre est, à l’exception des Contes de la pigouille récemment réédités (Geste éditions, également éditeur d’Auteurs en DeuxSèvres, où figure, au tome 2, une étude de Maurice Moinard sur Perceau), limitée aux happy few chers à Stendhal. Ceux-ci enregistreront avec dévotion, la distribution, que l’on espère prometteuse, par le Paréiasaure Théromorphe (111, Grand Rue, à Poitiers), sous un emballage des plus discrets et des plus sûrs, d’une édition romaine de l’année de son Etude sur le mot Godemiché.
Jean-Paul Bouchon
s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 53 s
19
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