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Antique transparence

Archéologie – Article :

Antique transparence. L’étude des verres antiques du musée Sainte-Croix de Poitiers révèle des particularismes locaux qui supposent l’existence d’ateliers dans la région. Avec Dominique Simon-Hiernard, archéologue et ingénieur d’études au musée Saintes-Croix.

Par Anh-Gaëlle Truong, photos : Sébastien Laval et Christian Vignaud – musées de Poitiers.

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    Antique transparence L’étude des verres antiques du musée Sainte-Croix de Poitiers révèle des particularismes locaux qui supposent l’existence d’ateliers dans la région Par Anh-Gaëlle Truong Photos Sébastien Laval et Christian Vignaud - musées de Poitiers
    L
    Ci-dessus, balsamaire, coupe et gobelet, trois pièces exceptionnelles d’origine italienne découvertes à Antran (Vienne). Ci-contre, amphorisque de très belle facture, sans doute importée. Nécropole des Dunes 34
    e verre n’a pas beaucoup suscité l’intérêt des archéologues des XIXe et XXe siècles. Fragile, souvent réduit à la forme de tessons, il était délaissé au profit de l’étude des céramiques ou des objets métalliques. Ce n’est que depuis quelques années que le verre est le sujet d’études et de publications, notamment sous l’impulsion de l’Association française pour l’archéologie du verre (Afav). Dominique Simon-Hiernard, ingénieur de recherche au musée Sainte-Croix de Poitiers et membre de l’Afav, ajoute sa pierre à l’édifice encore naissant de l’archéologie du verre avec la publication de Verres d’époque romaine, le catalogue de la collection des musées de Poitiers. «Peu de musées ont encore publié leurs collections de verres et, quand ils le font, leurs catalogues se limitent aux pièces les plus prestigieuses. Ici, en partant du principe qu’on peut faire “parler” le moindre tesson, je me suis attachée à tout décrire et tout publier.» L a plupart des pièces présentées proviennent de fouilles du XIXe siècle de sorte qu’il fallut mener une enquête de longue haleine pour retrouver les sites dont étaient issues ces pièces. Dominique Simon-Hiernard a pu s’appuyer sur les relevés et les croquis des archéologues de l’époque, notamment les minutieuses et rigoureuses aquarelles du commandant Rothmann sur la nécropole des Dunes et les dessins du père Camille de La Croix. Mais il restait de nombreux élé-
    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 54 s
    ple, certains objets en verre portent une estampille ou une signature attestées dans notre seule région, notamment sur des verres issus de la nécropole des Dun e s ou de Celle-l’Evescault. Dominique SimonHiernard a également repéré des anomalies sur une forme d’urnes à anses extrêmement répandue «comme si le verrier, à partir d’un modèle, avait cherché à le rendre plus “pratique”. Il a raccordé les anses au col pour les rendre plus solides ou fait un fond plus épais pour augmenter la stabilité du vase. Ces anomalies sont pour moi la signature d’un verrier ingénieux dont je ne retrouve la trace nulle part ailleurs.» Un atelier de verrier est beaucoup plus difficile à installer qu’un atelier de poterie et demande une qualification plus élevée. Il est improbable qu’il y en ait eu plus de deux
    Flacon en forme de grappe de raisin, très répandu en Rhénanie et Gaule intérieure. La panse a été soufflée dans un moule. Nécropole des Dunes.
    ments orphelins entreposés sur les étagères des réserves du musée sans qu’on sache d’où ils venaient. Le succès de la recherche doit autant à la ténacité de l’archéologue qu’aux bienfaits du hasard. «A titre d’exemple, c’est en consultant le fonds documentaire préhistorique que j’ai trouvé une photographie prise en 1914 d’objets en verre et céramique recueillis dans une nécropole lors des travaux d’établissement de la ligne de chemin de fer de Thouars à Châtellerault en 1885. J’y ai reconnu nombre d’objets de la collection du musée. Et, c’est en épluchant la presse locale que j’ai retrouvé le lieu exact de cette découverte.» Si le verre était beaucoup utilisé dans la vie quotidienne des Gallo-Romains, il a peu résisté au temps et surtout était l’objet d’un intense recyclage. Les pièces les mieux conservées proviennent donc de sépultures, mines étonnantes de renseignements. «Dans leur conception du monde, la vie et la mort s’inscrivent dans une continuité qui ne souffre aucune rupture», précise l’archéologue. De fait, dans leur dernière demeure, les hommes et les femmes s’entouraient d’objets familiers et du nécessaire pour «vivre». Vaisselle de table, amphores, filtres à vin, jetons de jeux, fioles de parfum et pièces de monnaie pour payer l’obole à Charon enrichissent ainsi les connaissances sur les rites funéraires de l’époque. «Alors que beaucoup de spécialistes affirmaient que ces objets étaient spécialement conçus pour la sépulture, je peux affirmer, à partir des données collectées, que si certains vases sont caractéristiques de l’usage funéraire, la plupart ne présentent aucune différence avec les objets de la vie quotidienne.» Ainsi, certains récipients recevant les cendres du défunt sont de simples bocaux de stockage utilisés couramment dans les cuisines gallo-romaines. L’intérêt majeur de cette collection réside dans sa provenance locale et présente des traits originaux supposant l’existence d’ateliers dans la région. Par exem-
    ou trois dans la région. Des ateliers présumés sont en cours de fouilles à Saintes tandis que des creusets ayant servi à fondre du verre ont été mis au jour à Sanxay. Verres d’époque romaine est une publication scientifique qui reste accessible au grand public par la qualité de l’iconographie et la clarté de la synthèse. On s’étonnera de ne pas trouver la description du vase de Saint-Savin mais les recherches menées par Dominique Simon-Hiernard prouvent que c’est un magnifique exemple de l’artisanat médiéval et non antique. Par ailleurs, on y apprend avec surprise que les verriers de la Gaule romaine ne savaient pas fabriquer leur matière première et qu’ils importaient des lingots de verre par bateaux entiers de Syrie et de Palestine. s
    Dominique Simon-Hiernard, archéologue et ingénieur d’études au musée SainteCroix, auteur de Verres d’époque romaine , somme de 424 pages éditée par les musées de Poitiers.
    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 54 s
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