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archéolog ie
Des pirogues
au fond de la Charente
Belle moisson pour les archéologues en 2001, comme en témoigne Jean-François Baratin, conservateur régional
Par Anh-Gaëlle Truong
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Ci-dessus : Détail de la pirogue de Dompierre-surCharente étudiée par Eric Rieth. Ci-contre : Vase de la civilisation campaniforme découvert à La Folie (ph. Laure Salanova).
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epuis 1996, le volume des activités archéologiques générées par l’utilisation c o n t e m p o r a i n e des sols en PoitouCharentes, que nous qualifions d’archéologie préventive, a été multiplié par quatre. En effet, depuis cette date, une organisation plus rationnelle a permis d’augmenter l’ efficacité de nos services. De fait, nous nous plaçons maintenant dans le groupe des directions régionales dont les pratiques patrimoniales sont les plus efficaces et les plus constantes», souligne Jean-François Baratin, conservateur régional de l’archéologie. Par opposition aux fouilles programmées uniquement motivées par des objectifs de recherche scientifique, l’archéologie préventive représente 80% des interventions sur le terrain. Ainsi les travaux d’aménagement du territoire conduits en Poitou-Charentes ont livré beaucoup de nouvelles données archéologiques. A Oiron, les travaux de réaménagement de la cour du château ont révélé les fondations d’une partie de la forteresse médiévale. Cette mise au jour fournit de précieuses informations, notamment des dates précises, sur l’évolution du château, du Moyen Age à la Renaissance. Dans la Vienne, le chantier de construction de la station d’épuration de la Folie près de Poitiers, a livré un habitat moustérien particulièrement bien con-
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servé. «Aucun des éléments du site n’avait été déplacé depuis son recouvrement, ce qui est particulièrement intéressant car cela nous donne une vision quasi ethnographique de ces habitats», précise Jean-François Baratin. En outre, le chantier a révélé une sépulture campaniforme relativement rare et bien conservée. En Charente, la construction de la déviation de la Nationale 10 à Roullet-Saint-Estèphe a dévoilé deux ensembles distincts : un habitat médiéval entouré de structures artisanales dont la fonction n’est pas encore déterminée ainsi qu’une nécropole protohistorique à enclos circulaire.
UN HABITAT MÉROVINGIEN EN BOIS PRÈS DE SAINTES
En Charente-Maritime, lors de l’aménagement de la ZAC de Saint-Georges-des-Côteaux à Saintes, la découverte d’un ensemble d’habitations sur une étendue de 25 hectares permet d’observer le passage d’une villa gallo-romaine à un groupe de fermes et d’installations agricoles d’époque mérovingienne et carolingienne. «Pour la première fois en Poitou-Charentes, nous pouvons étudier un habitat mérovingien en bois», note le conservateur. Régulièrement prospecté depuis plusieurs décennies, le cours de la Charente a livré cette année une quinzaine d’épaves. En 2000, un plongeur amateur localisa plusieurs épaves de pirogues monoxyles (creusée dans un seul tronc) à Dompierre-sur-Charente, entre Saintes et Cognac. En juin 2001, une opération de sauvetage de quinze jours, est alors menée par Eric Rieth, chercheur au CNRS et spé-
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cialiste des bateaux. Pressés par le temps et par la déc o u ve r t e de nouvelles pirogues, les membres de l’équipe devront se restreindre à l’étude d’une seule de ces pirogues. L’objectif n’est pas de la sortir de l’eau mais de recueillir le plus d’informations possibles. En effet, «la sortir exige de la traiter, ce qui coûterait au minimum 500 000 F pour une embarcation de cette taille», souligne Eric Rieth. Reposant à 5 mètres de fond, l’embarcation mesure 9 mètres de long. Après quadrillage, la pirogue a été entièrement décapée pour permettre tous les relevés, prendre des photos et la filmer sous tous les angles. Attendant les résultats des analyses dendrochronologiques et au carbone 14, Eric Rieth ne se risque pas à dater la pirogue. Tout au plus avance-t-il qu’«elle remonte à une période comprise entre l’époque romaine et le Moyen Age». Une fois les relevés effectués, la pirogue a été recouverte, in situ, d’environ une tonne et demie de sacs de sable. Des prospections alentour ont par ailleurs permis de localiser six autres pirogues ainsi que des pieux qui pourraient être des restes d’embarcadères. A une vingtaine de kilomètres en aval, à Taillebourg, dix pirogues monoxyles atteignant jusqu’à 10 m de long ont également été découvertes ; elles étaient accompagnées de pieux. «Dans ces sites qu’aucune source écrite ne mentionnait, seule l’archéologie peut enrichir autant l’histoire régionale», ajoute Eric Rieth. Une demande de fouille programmée a été formulée pour approfondir les recherches sur quatre semaines l’année prochaine. Les interventions programmées ont également fourni des résultats prometteurs pour les années à venir. Les fouilles menées sur le site gallo-romain de Barzan ont localisé le système d’alimentation en eau des thermes. C’est un puits de très grande taille, 15 m˝, estimé pour l’instant à plus de 15 m de profondeur. «Suite à cette découverte, les fouilles des thermes devraient être prolongées d’une ou deux années», indique Jean-François Baratin. Par ailleurs, la fouille du sanctuaire gaulois se poursuit : «Ce bâtiment nous fait faire un grand bond en avant. On suppose en effet qu’il faisait encore partie du paysage quand le premier temple gallo-romain a été édifié.» Et, à la suite de prospections dans la Garonne, une quinzaine de pirogues ont été localisées.
UNE TANIÈRE DE HYÈNES À LUSSAC-LES-CHÂTEAUX
soient fournis sur cette culture.» Ce sera également le cas à Lussac où une tanière de hyènes donne des indices sur le mode d’acquisition de la viande par les hommes préhistoriques. En effet, au vu des résultats des fouilles, il semble que l’homme volait des charognes aux hyènes, «ce qui bouscule l’image de chasseur que nous avons de l’homme préhistorique». Dans les Deux-Sèvres, une septième opération sur le tumulus de Prissé-la-Charrière, démonté pierre à pierre, a permis d’atteindre une chambre funéraire qui est, a priori, intacte.
UN PROJET DE PARC ARCHÉOLOGIQUE À CHASSENON
A Rivières, en Charente, la première occurrence de la région d’un rempart gaulois à âme calcinée mérite d’être retenue. «Cette technique consiste à placer du bois et de la pierraille calcaire à l’intérieur de deux murets. Les Gaulois faisaient brûler le tout pour transformer le calcaire en chaux. Le résultat est solide comme du béton.» Dans les années à venir, deux sites bénéficieront d’une attention toute particulière. En effet, les fouilles de Barzan pourraient recevoir une aide de l’Etat dans le cadre de l’aménagement de l’estuaire de la Gironde examiné par la Commission interministérielle d’amén a g e m e n t et de développement du territoire. A Chassenon, la création d’un parc archéologique se précise. L’objectif est, dans un espace défini, de fouiller, protéger et mettre en valeur «un peu comme à Bougon». Le service régional d’archéologie devra alors se mobiliser pour faire un état des lieux pour asseoir une politique archéologique cohérente. s
ART PRÉHISTORIQUE EN POITOU-CHARENTES
Nulle part ailleurs que dans la grotte de la Marche, à Lussac-lesChâteaux, les Magdaléniens n’ont représenté l’humain avec un tel réalisme. Dans l’abri du Roc-auxSorciers, à Angles-sur-l’Anglin, bisons, chevaux, bouquetins et félins sculptés dans la roche constituent une fresque d’une ampleur et d’une qualité artistique sans équivalent. Moins connu, le réseau de Font-Serein, à Lussacles-Châteaux, a livré en 1999 l’unique grotte peinte de la région. Pourtant, parce que rarement accessibles au grand public, les gisements d’art paléolithique de Poitou-Charentes ne bénéficient pas de la même renommée que ceux du Périgord, du Quercy, des Pyrénées ou de l’Ardèche. L’art préhistorique de Poitou-Charentes, l’ouvrage que vient de signer Jean Airvaux, leur rend justice. Servis par une remarquable iconographie
Eric Rieth vient de publier, avec Catherine CarrierreDesbois et Virginie Serna, L’épave du Port Berteau II, aux éditions de la Maison des sciences de l’homme à Paris. ll s’agit d’un caboteur du début du VIIe siècle découvert en 1973 dans la Charente, en aval de Saintes. Le site a été fouillé de 1992 à 1997.
Dans la Vienne, le site d’Antigny fera l’objet de recherches pendant plusieurs années. En avant de la grotte se succèdent une quinzaine de niveaux d’habitat de culture paléolithique sur trois mètres d’épaisseur. «Comme nous disposons de peu de données sur cette période, le Conseil national de la recherche archéologique a souhaité que des efforts particuliers
et des textes clairs, la quinzaine de sites présentés se succèdent par ordre chronologique de – 35 000 ans à – 10 000 ans, offrant un panorama complet de la création artistique en Poitou-Charentes au Paléolithique. Ouvrage préfacé par Jean Clotte. Ed. La maison des roches, 2001.
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