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L’histoire au secours de la mémoire

Dossier Mémoires de la Nouvelle-France – Article :

L’histoire au secours de la mémoire. Si l’histoire construit une version du passé, la mémoire offre une vision, avec ses charges affectives et symboliques. Avec Henri Rethoré, coprésident de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs.

Par Boris Lutanie, portrait photo : Sébastien Laval.

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    Si l’histoire construit une version du passé, la mémoire offre une vision, avec ses charges affectives et symboliques
    L’histoire au secours de la mémoire
    U
    n certain flou notionnel plane sur l’expression «lieux de mémoire». Henri Rethoré, coprésident de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, s’en explique : «Nous avons ensemble, Français et Québécois, tout un passé et des lieux communs de mémoire mais il faut bien distinguer mémoire et histoire.» Une distinction heuristique pour Henri Rethoré qui se réclame ici de l’historien Pierre Nora, fondateur du concept de lieux de mémoire. Ces derniers se caractérisent avant tout par leurs «charges affective et symbolique». Le distinguo entre mémoire et histoire prend tout son sens à la lumière de cette dimension émotionnelle. Pour Pierre Nora, le lieu de mémoire «éveille en chacun d’entre nous un reste d’identification vécue à ces symboles à demi effacés». Ainsi, H e n r i Rethoré se remémore : «Mon émotion est grande sur les plages de Dieppe, non loin desquelles je me trouvais en 1942, ou devant le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, ou au couvent des Ursulines de Québec. Elle est moins affirmée, je le reconnais, dans ce petit village de l’Aube, Lagesse, où grâce à notre ami Jacques Cousin on saura mieux maintenant que naquit Claude de Ramezay, futur gouverneur de Montréal, ainsi sont les choses…» Trois points suspensifs pour un temps suspendu. Culte nostalgique et passéiste, souvenirs, palimpsestes ? Rien de tel aux yeux d’Henri Rethoré. La quête d’un passé commun ne saurait être sacrifice du présent, au contraire : «Il n’y a pas d’avenir sans mémoire.» La mémoire, dit-on, est capricieuse, voire infidèle. L’histoire, quant à elle, du haut de son piédestal épistémologique, semble présenter de bien plus sérieuses garanties. Si les lieux de mémoire «sont d’abord des restes» selon la définition de Pierre Nora, que peuvent offrir les vagues souvenirs, ces traces résiduelles infimes et ténues, gravés dans une temporalité géopoétique face au souci de distanciation scientifique et de véracité factuelle dont procède toute démarche historique ? Une authenticité
    échappant aux critères de vérification ? Pour Henri Rethoré ces questions restent rhétoriques et hors propos. L’histoire offre une version du passé, la mémoire, une vision. Si la distinction entre histoire et
    Sébastien Laval
    mémoire se révèle prégnante, opposer la mémoire à l’histoire est un non-sens tant ces deux notions demeurent étroitement complémentaires : «Il faut donc, pour que naisse et se nourrisse l’émotion, lorsqu’elle n’est pas spontanée, que les archives, les inventaires du patrimoine, les musées, la généalogie, la toponymie, la cartographie, les moyens modernes de l’information et de la communication viennent à notre aide.» Aussi, pour préserver ces lieux de mémoire communs de l’obsolescence et de l’effacement mémoriel, «il faut que l’histoire vienne au secours de la mémoire». B. L. s
    Ci-dessus, Henri Rethoré.
    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 55 s
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