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En juin, Magelis inaugure à Angoulême la Maison des auteurs. Situé au cœur de la ville, l’espace accueillera, en résidence, des artistes porteurs d’un projet individuel ou collectif
Par Astrid Deroost Photos Claude Pauquet
Inventer une Maison des auteurs
t e l i e r d’artistes ou réplique de la Villa Médicis ? L’espace original qui s’ouvre en juin 2002 à Angoulême, dans une bâtisse de pierre, est le lieu de toutes les aspirations. Depuis septembre 1999, des rendez-vous réguliers ont rassemblé des artistes de bande dessinée installés en Charente et des représentants de Magelis autour d’un unique sujet : la Maison des auteurs. «Tout était à inventer, il n’existe pas de référence dans ce domaine», explique Sabine Brandès, chargée de mission pour Magelis au sein de l’agence économique du Département. Le projet, voulu par le Pôle image Angoulême, s’est structuré autour d’une idée-force : imaginer une structure ouverte à la création et aux artistes de bande dessinée. Juste reconnaissance... Ses représentants font la richesse culturelle du territoire et leurs talents graphiques sont à l’origine du projet Magelis. On estime à soixante le nombre d’artistes de bande dessinée qui travaillent et vivent sur le sol charentais, groupés pour certains en associations ou en collectifs (Coconino World, Atelier Sanzot, Ego Comme X, Le M u t a n t , Café Creed, La Maison qui pue, Lapis Lazuli...). Une trentaine d’auteurs ont accepté le rapprochement inhabituel entre neuvième art et institution afin de réfléchir au contenu et au contenant de la future demeure. «Nous avons écouté les auteurs exprimer leurs besoins. Nous avons appris à les connaître. Certains étaient soucieux du rayonnement national et international de la Maison. D’autres avaient des préoccupations plus quotidiennes. La Maison répondra a toutes les attentes», poursuit Sabine Brandès. Un espace de 1 055 m2, sur cinq niveaux, a donc été organisé pour satisfaire des besoins précis : postes de travail en ateliers individuels ou collectifs, lieu d’exposition, accueil, centre de documentation, café-salon, équipements mutualisés, point infos juridiques...
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Financée par Magelis et par l’Europe, la Maison des auteurs disposera d’un budget propre de fonctionnement constitué de subventions et de partenariats privés qui pourraient prendre la forme de bourses à la création.
« L e décor est sobre, précise Frédérique Dupuis, architecte chargée de la programmation des équipements Magelis, fait de matériaux bruts détournés de leur fonction originelle. Les ateliers sont neutres et pourront être personnalisés par chaque auteur, de façon éphémère.» La progression vers les étages mène au refuge, protégé, de la création. La philosophie du lieu, régi par un cadre associatif, est de favoriser l’éclosion des projets artistiques, individuels ou collectifs, notamment l’émergence des œuvres premières. Une trentaine de postes de travail permettent d’accueillir des auteurs en résidence pour une durée maximum de deux ans et contre une participation financière aux charges, volontairement minime. «Le principe de la gratuité doit permettre à tous les auteurs d’y avoir accès, précise Sabine Brandès. Cette période correspond à la phase de réflexion, d’expérimentation, de
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A Angoulême, la plupart des auteurs de BD sont issus de l’Ecole supérieure de l’image. Les ouvrages collectifs des groupes cités et certains de leurs auteurs sont présentés sur le site Coconino-world.com
conception, à ce tout qui précède l’aspect commercial d’un produit culturel.» Ces résidences, pouvant associer des auteurs venus de disciplines et de territoires géographiques différents, promettent aussi à la nouvelle structure une dimension internationale. Un comité d’agrément, animé d’une réflexion artistique, se prononcera sur la validité des projets présentés. Toutefois, outre les résidents, les simples adhérents auront accès à tous les équipements et surtout à l’esprit de la Maison. Une dimension faite d’échanges humains, artistiques, et qui reste à bâtir.
GÉNÉRATION COLLECTIFS
«Pour moi, jeune auteur indépendant, cette Maison tombe à point. Je suis sorti de l’école il y a deux ans et je ne pense pas qu’à Paris j’aurais eu cette opportunité...» Tristan Lagrange, membre de l’association Café
Creed, a élaboré le projet qui peut lui ouvrir les portes d’une résidence au sein de la Maison des auteurs. C’est, de toute évidence, le souhait qu’il nourrit avec d’autres compagnons d’art, issus comme lui de l’Ecole supérieure de l’image, à Angoulême. Unique établissement en France à dispenser une formation à la bande dessinée, l’école génère des groupes dynamiques de jeunes artistes. Au fil des promotions, les associations ou collectifs se multiplient, prolongent hors l’école les affinités humaines et graphiques. Les talents s’entrecroisent, se rassemblent aussi en certaines occasions. «Pour la deuxième année, une exposition nous a réunis lors du festival, c’est un moment privilégié qui nous permet de montrer nos travaux aux professionnels et au public. Chaque association a son monde de création propre, pratique l’autoédition avec une liberté totale», poursuit Tristan Lagrange. Ainsi, Café
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Pat Cab et Josépé face à face, et deux de leurs strips (Le Dirigeable) sur Coconino-world.com Page de droite : Julie M., qui participe à Café Creed.
lon Julie M. «La bande dessinée est le médium de l’imaginaire, de l’invention des mondes. L’Association a amorcé la tendance au récit autobiographique, et des auteurs comme Sfar, Blain, Trondheim font aussi des ouvrages non réalistes, grand public de qualité», remarque Tristan Lagrange. La jeunesse de la trentaine d’auteurs de Café Creed induit également une esthétique traversée par la multiplicité des images et par l’utilisation de l’outil informatique. Quant à la qualité des œuvres... L’ouvrage-expo Choco Creed sera présenté très prochainement au Centre national de la bande dessinée et de l’image. «Tout en étant le plus “pro” possible, notre volonté n’est pas d’être éditeur mais de promouvoir les travaux d’auteurs, précise le porte-parole de Café Creed, en participant à un tissu associatif légitime qui réunit des gens motivés. Il existe à Angoulême une bonne atmosphère de travail et la Maison donnera aux auteurs des différentes générations les moyens de se rencontrer et d’échanger.» Creed a osé, en solo et avec l’aide de partenaires locaux, le stade de l’exposition scénographiée, doublée d’une publication en couleur. L’ouvrage Choco Creed, aux lignes plutôt rondes, était destiné aux jeunes lecteurs. Onze auteurs, parmi lesquels Pat Cab, Julie M., Lucie Albon, Peggy Adam, Moniri & Radomski, ont imaginé des récits de science-fiction et des jeux sur le thème implicite : faites la bande dessinée que vous auriez aimé lire quand vous étiez petit. «Les récits – et styles – différents font la richesse de ce groupe, apprécie Julie M. L’ouvrage a eu un très bon impact sur le public et sur les professionnels qui ont contacté plusieurs d’entre nous.» Héritière des comix, des mangas et de l’école belge, l’association évoque volontiers Goldorak, Little Nemo, Astro boy, Spiderman, les Stroumpfs et l’expérience (science)-fictionnelle de Métal Hurlant. Ces références donnent à Café Creed une dimension fantaisiste et non réaliste mais non exclusive d’autres registres, seUN SITE RÉVÉLATEUR DE LA CRÉATION
Dans un local discret du centre d’Angoulême, une petite équipe d’auteurs met au jour et en ligne des images. Explore la possible alliance de la bande dessinée, du multimédia et du Net. «Ce n’est pas un s i t e qui pratique le fan clubing. C’est un site d’auteurs, gratuit, à vocation culturelle, fait par des auteurs», précise Josépé, ancien de l’Ecole supér i e u r e de l’image, cofondateur, avec Thierry S m o l d e r e n et Dominique Bertail, de Cononino World... Une plate-forme virtuelle qui vit au rythme hebdomadaire. Le projet Coconino est aussi né de la volonté de révéler la jeune création. Les frontières d u cercle s’agrandissent naturellement au fil du temps. «Les jeunes auteurs ont des travaux à montrer, des croquis, des recherches, des choses magnifiques qui ne trouvent pas leur place dans le monde de l’édition. Cela permettait de montrer facilement, en couleur, des œuvres que l’on ne voit d’ordinaire
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bande dessinée
jamais», explique l’un des fondateurs. Depuis 1999, le site a acquis une aisance cybernétique et la rigueur qui sied aux publications régulières. Chaque vendredi, le webdomadaire actualise son sommaire et renouvelle l’art du strip, l’à suivre presque oublié de la bande dessinée. La rédaction constitue parallèlement un fonds d’images qui atteint aujourd’hui les 10 000 documents, propose des publications inédites (Forest, Muñoz et Sampayo, Nine...) ou introuvables, des traductions d’auteurs étrangers. La découverte se fait au fil des rubriques et d’une mise en page créative et vivante : Coconino classics, expo universelle, éditos, reportages, récits courts et à suivre, avant-premières, fiches d’auteurs... Coconino-world. com est une association déjà reconnue et subventionnée pour sa mise en valeur du patrimoine artistique. Ce laboratoire, projet collectif, est appelé à trouver une place au sein de la Maison des auteurs. «On s’intègre logiquement dans ce genre de lieu dont le fonctionnement, qui est déjà le nôtre, est basé sur l’échange, la collaboration entre artistes. Si les auteurs s’en emparent vraiment, le lieu sera dynamique, permettra de nombreuses initiatives et la découverte de nouveaux auteurs, souligne Josépé en se félicitant de l’espace légitime désormais accordé à ses pairs. Il y aura toujours des auteurs... Mais le succès de Magelis repose sur la vraie création.» s
LA MAISON DES AUTEURS ET MDABD
MDABD (Maison des auteurs de bande dessinée), association de défense des droits des auteurs, créée il y a un peu plus d’un an à Angoulême, fera partie du conseil d’administration de la Maison (bâtiment-association) des auteurs. Présidée par l’auteur Claire Wendling, MDABD a participé à la conception de la Maison-bâtiment et sera associée à son fonctionnement, notamment pour ce qui concerne la composition du futur comité d’agrément chargé de se prononcer sur la validité des projets artistitiques. MDABD rassemble quelque 80 artistes.
p r o c h a i n festival de la bande d e s s i n é e . «Cette exposition rend à n o u v e a u visible une partie de la c o l l e c t i o n et permettra d’enrichir l a réflexion menée sur le futur m u s é e » , expliquent les r e s p o n s a b l e s du CNBDI. E n 2006, le public devrait d é c o u v r i r un musée agrandi et d o n t l’organisation s’appuierait s u r la nature même des œuvres p r é s e n t é e s . Des planches o r i g i n a l e s qui, par delà leurs q u a l i t é s graphiques, participent d ’ u n contexte narratif, s’inscrivent d a n s un récit. «Si la planche o r i g i n a l e est la genèse d’une œ u v r e , le livre (de bande d e s s i n é e ) constitue l’œuvre a c h e v é e » , explique l’étude du
Les musées imaginaires
U n e nouvelle exposition o c c u p e r a , dès juin, l’espace de l ’ a n c i e n Musée de la bande d e s s i n é e d’Angoulême, fermé d e p u i s novembre 1999 pour cause d e restructuration. Baptisée « M u s é e s imaginaires», cette e x p o s i t i o n de transition – c o m p o s é e de sept expositions t h é m a t i q u e s – est conçue comme l ’ i m m e n s e maquette d’un musée à v e n i r . La scénographie, h u m o r i s t i q u e et poétique, est l ’ œ u v r e de l’agence Lucie Lom. L e s trois premières expositions – m u s é e d’histoire (histoire de la b a n d e dessinée), musée des B e a u x - A r t s (grands maîtres et s t y l e s de la bande dessinée) et m u s é u m d’histoire naturelle ( b e s t i a i r e imaginaire de la bande d e s s i n é e ) – ouvrent cette saison. L e s suivantes accompagneront le
f u t u r musée, «la lecture reste le c o n t r e p o i n t incontournable, p é d a g o g i q u e et ludique de la contemplation». E n d’autres termes, l’exposition p e r m a n e n t e , organisée en p l u s i e u r s espaces-expositions t h é m a t i q u e s , serait disposée a u t o u r d’une salle de lecture. A i n s i l’aventure du visiteur irait de l a contemplation de la planche o r i g i n a l e , marque directe de l ’ a r t i s t e , à la compréhension du p r o c e s s u s de création (à travers l e s esquisses, les crayonnés, les r e t o u c h e s ou repentis) en passant p a r la découverte de l’ouvrage a b o u t i . A. D. «L e s musées imaginaires», à découvrir en juin au CNBDI, 121, route de Bordeaux, Angoulême.
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