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Un cargo pour l’Antarctique

Dossier Aventure polaire – Article :

Un cargo pour l’Antarctique. Isabelle Autissier et « Pourquoi par l’Antarctique » célèbrent le centenaire du premier hivernage du Charcot en Antarctique. Présentation d’un grand projet.

Par Jean Roquecave. Petite biographie de Charcot, photo d’Isabelle Autissier par Jacques Vapillon.

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    expédition
    Isabelle Autissier et «Pourquoi pas l’Antarctique» célèbrent le centenaire du premier hivernage de Charcot en Antarctique. Présentation d’un grand projet Par Jean Roquecave
    Un cargo pour l’Antarctique ques de son époque, un personnage prémonitoire par rapport à ses contemporains. Le souci premier des explorateurs d’alors, c’était d’aller planter le drapeau. Charcot fut un des premiers à avoir une mentalité différente et aussi à être respectueux de la nature et de l’environnement. Marquer son territoire ne l’intéressait pas plus que rechercher les baleines, et il refusait de tuer les manchots ou les phoques inutilement.» UNE ÉQUIPE PLURIDISCIPLINAIRE
    D Le Français dans la banquise, 25 février 1904 (coll. particulière), in La Conquête des pôles,
    150 ans de photographie en Arctique et en Antarctique, Editions du patrimoine, 1997.
    e u x Rochelais, la navigatrice Isabelle Autissier et André «Yul» Bronner, qui est à l’origine de la reconstruction du Phare du Bout du Monde, se sont associés pour célébrer à leur manière le centenaire du premier hivernage de Charcot sur le continent antarctique. «Chacun de son côté, on a réfléchi à quelque chose d’intelligent à faire dans le grand Sud, affirme Isabelle Autissier. C’est un territoire à peu près inviolé, le seul endroit de la planète où ne flotte aucun drapeau. Et Charcot est quelqu’un qui tranche avec les scientifi-
    La démarche adoptée est inédite. Il s’agit d’affréter un navire, d’y embarquer une équipe pluridisciplinaire et de l’amener en terre de Graham, sur les lieux mêmes de la péninsule antarctique où Charcot et sa goélette, le Français, ont hiverné en 1904. Le projet, au fil des réflexions, s’est peu à peu affiné. Le navire sera un cargo. «Le cargo s’est imposé de lui-même, souligne Isabelle. A partir du moment où on veut emmener du monde, et surtout leur fournir la possibilité de travailler, il faut un espace suffisamment grand, et un peu de confort et de sécurité dans ces régions difficiles. Nous allons acheter un cargo d’une soixantaine de mètres renforcé pour la navigation dans les mers polaires, ce qui peut se trouver sur le marché de l’occasion.» L’expédition comprendra une quarantaine de personnes, un équipage de dix hommes de la marine marchande, sept à huit spécialistes pour la logistique de l’expédition, un médecin urgentiste, un spécialiste des transmissions et de l’informatique, un montagnard, ceci afin de permettre aux «invités», qui seront seize ou dix-huit, de travailler correctement et de découvrir la région dans de bonnes conditions. Deux voiliers polaires permettront d’atteindre les zones inaccessibles au cargo. Il est aussi prévu d’aller autant que possible sur le continent. «Nous irons aussi ren-
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    dre visite aux bases polaires, dans la mesure évidemment où nous ne serons pas importuns en regard du travail scientifique qui y est mené.» BINÔMES DE SCIENTIFIQUES, ARTISTES...
    Les «invités» iront par paires, «des binômes», note Isabelle. «Dans chaque discipline, nous emmènerons une personnalité reconnue et un jeune de 18 à 25 ans, qui sera porteur d’un projet en relation avec l’Antarctique.» La palette des disciplines envisagées est très vaste. Ecrivains, historiens, photographes, peintres ou musiciens, et bien sûr scientifiques, qui auront une large place. «Ce sont eux qui sont là-bas au quotidien, et c’est aussi à eux qu’on doit ce qu’est l’Antarctique aujourd’hui. Nous sommes persuadés que l’Antarctique est un endroit épatant, qui aide à réfléchir différemment. Et en croisant les compétences, il devrait se passer des choses.» Les «invités» seront probablement en majorité français, mais l’expédition devrait être multinationale, avec des participants chiliens, argentins, italiens, écossais. «Rien n’est exclu, ce sera décidé au coup par coup, en fonction de la personnalité des candidats et de leurs projets.» Le projet a reçu un bon accueil de la part des scientifiques : «Nous sommes allés voir les scientifiques des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises) qui administrent les stations françaises, et ceux de l’IFTP (Institut français pour les technologies polaires), des spécialistes de la logistique scientifique. Nous voulions savoir si nous n’étions pas complètement cinglés, et ils nous ont donné leur accord. Notre expédition permettra d’ailleurs aussi de mettre en lumière à destination d’un public très large ce que font les scientifiques français en Antarctique.» La péninsule antarctique est accessible par la mer pendant quatre mois, de décembre à mars, ce qui permet d’envisager deux rotations à partir de l’Amérique du Sud pendant les deux étés australs fin 2003-début 2004 et deux autres fin 2004-début 2005. Le cargo reviendra en Europe en 2005 et devrait alors effectuer une tournée dans les ports français et européens, ce qui pourrait contribuer à financer en partie l’opération. Car le budget envisagé de «Pourquoi pas l’Antarctique», sans être pharaonique, est cependant important. «Si nous devions tout financer, le budget de l’ensemble de l’opération, jusqu’à la fin 2005, serait de l’ordre de 12 millions d’euros, environ 80 MF. C’est un budget équivalent à l’engagement d’un voilier dans la Volvo Race, la course autour du monde par étape en équipage. Ce n’est pas irréalisable, d’autant qu’on peut au moins trouver la moitié de partenariats en nature sur les transmissions, les équipements ou même le navire.» Pour financer le projet, André Bronner et Isabelle Autissier ont commencé par créer une association, sur
    Jean-Baptiste Charcot est né le 15 juillet 1867 à Neuilly-sur-Seine. Passionné de navigation dès son plus jeune âge, il devient néanmoins médecin pour plaire à son père, Jean-Martin Charcot, le fondateur universellement connu de la neurologie moderne, qui fut le maître de Freud à la Salpêtrière. Dès 1902 il se rend au-delà du cercle polaire arctique. En août 1903, il lance une expédition en direction des régions antarctiques à bord du Français, un trois-mâts de 32 m qu’il vient de se faire construire. L’expédition, qui sera marquée par un hivernage sur l’île Wandel, durera vingt-deux mois et se traduira par un travail scientifique considérable : océanographie, géographie, physique du globe,
    observations astronomiques et topographiques, zoologiques et géologiques. En 1908-1910, Charcot mène à bien une seconde expédition antarctique et un deuxième hivernage à bord de son nouveau navire, le célèbre Pourquoi-Pas ? L’expédition atteint 70° de latitude sud et rapporte là encore une moisson scientifique abondante. Charcot est désormais célèbre. Après la guerre de 14-18, il reprend ses expéditions polaires à bord du Pourquoi-Pas ?, mais cette fois dans l’océan Arctique. JeanBaptiste Charcot disparaît en mer le 16 septembre 1936, quand son navire se brise dans la tempête au large de l’Islande. Charcot a laissé plusieurs récits de ses explorations antarctiques, dont Le Français au pôle Sud (Ed. de l’Aube, 1998), et Le Pourquoi-Pas ? dans l’Antarctique, 1908-1910 (Arthaud, 1996). J. R.
    Jacques Vapillon
    l e modèle de l’association du Phare du Bout du Monde, qui comptait plus d’un millier d’adhérents. «C’est une démarche collective, il est plus facile d’aller voir un mécène ou un financeur quand on est soutenu par plusieurs milliers d’adhérents.» L’association «Pourquoi pas l’Antarctique» est présidée par Georges de Caunes, Rochelais et passionné d’aventures polaires, et bénéficie du soutien de la famille Charcot et du Yacht Club de France, dont Jean-Baptiste Charcot fut longtemps le président. Des contacts sont pris avec les ministères concernés, Culture, Recherche, Education nationale, Jeunesse et Sports, ainsi qu’avec l’Unesco, tout comme avec des entreprises, l’appui de la région Poitou-Charentes étant d’ores et déjà acquis. Pour élargir l’audience du projet, un site Internet est en cours d’élaboration et devrait être opérationnel début mai 2002. s s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 56 s 41


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