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L’énigme mégalithique

Archéologie – Article :

L’énigme mégalithique. Les dolmens et le tumulus, nombreux en Poitou-Charentes, ont jusqu’à 7000 ans : les plus anciens vestiges de l’activité humaine. Entretien avec Jean-François Baratin, conservateur régional de l’archéologie.

Réalisé par Boris Lutanie, photo : Marc Deneyer.

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    Les dolmens et tumulus, nombreux en Poitou-Charentes, ont jusqu’à 7 000 ans : les plus anciens
    L’énigme mégalithique Entretien Boris Lutanie Photo Marc Deneyer
    vestiges de l’activité humaine
    Q Dolmen de la Pierre levée, à La Vallée, sur la D 128, en Charente-Maritime.
    uelque 5 000 ans avant notre ère, les hommes du Néolithique commencent à se sédentariser. Il semble que cette sédentarisation progressive soit à l’origine de l’édification de curieux monuments funéraires. Sépultures collectives, ces architectures mégalithiques demeurent des lieux énigmatiques. Les archéologues s’interrogent encore sur la dimension cultuelle et (ou) culturelle des mégalithes, comme nous le confie Jean-François Baratin, conservateur régional de l’archéologie.
    L’Actualité. – Est-on aujourd’hui en mesure de dater précisément les mégalithes ?
    Un programme de datation au carbone 14 est actuellement en cours, il dev ra i t s’achever bientôt. Ce programme concerne t o u t e s les fouilles anciennes de mégalithes, les fouilles récentes et les sites importants ayant d’ores et déjà été datés. On sait par exemple que les plus anciens des six tumulus de la nécropole de Bougon, dans les Deux-Sèvres, remontent à 4 700 ans J e a n - F ra n ç o i s Baratin. –
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    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 57 s
    a rc h é o l o g i e avant J.-C. Ces nouveaux résultats devraient nous fournir plus d’éléments comparatifs. Des problèmes chronologiques persistent néanmoins. Les objets mis au jour dans les mégalithes offrent des indices complémentaires mais ils ne sont pas nécessairement déterminants de l’époque de leur construction. Certes, ils témoignent d’une des occupations, mais il peut s’agir là d’indicateurs de la dernière d’entre elles et non de la période de construction initiale, étant donné que ces lieux ont servi de sépulture durant plusieurs siècles. Il est parfois possible de dater avec précision la période de construction. C’est le cas notamment du tumulus de Prissé-la-Charrière, dans les Deux-Sèvres, érigé avec des matériaux extraits d’une carrière qui le ceinture : des pics en bois de cerfs, cassés et abandonnés sur place, ont été retrouvés par les archéologues. Ainsi, la méthode du carbone 14 a pu être appliquée sur ces outils ayant servi à l’extraction des pierres. Quelles sont les formes architecturales de ces ensembles mégalithiques ?
    ORIGINE DU MÉGALITHISME D u 26 au 30 octobre 2002, un colloque international s e tiendra au musée des tumulus de Bougon, dans l e s Deux-Sèvres, sur le thème «Origine et d é v e l o p p e me n t du mégalithisme néolithique à l ’ O u e s t de l’Europe». C e sera, pour une trentaine de chercheurs e u ro p é e n s , l’occasion de confronter des écrits t h é o ri q u e s et des approches différentes au moment o ù les avancées récentes de nos connaissances sur l e mégalithisme atlantique nécessitent un bilan s c i e n t i f i q u e . Des travaux récents seront aussi p ré s e n t é s . Tél. 05 49 05 12 13
    Un inventaire précis des mégalithes en PoitouCharentes a-t-il été effectué?
    Les longs tumulus de Bougon, composés d’une ou d e u x chambres, présentent une architecture de couvrement, avec une voûte à encorbellement. Ils comptent parmi les formes les plus anciennes. Cependant, à Valdivienne, dans la Vienne, la présence possible de cistes (forme de coffres d’un mètre carré) pourrait suggérer une plus grande ancienneté. D’autres formes relèvent plus de notre représentation traditionnelle des mégalithes, les dolmens, avec non plus une voûte à encorbellement mais une table ou une dalle formant une couverture. La présence de ces dolmens est plus visible dans le nord de la région. Précisons qu’ils sont, en quelque sorte, «déshabillés» puisque le tumulus en pierre et en terre qui les recouvrait n’existe plus. Ces mégalithes, qui appartiennent pour la plupart aux types «angevin» et «breton», sont a priori plus récents. S’agit-il de constructions sommaires ou complexes ?
    Ce travail d’inventaire, à caractère scientifique, a été édité par la Société préhistorique française. Quelques données chiffrées : 143 tumulus néolithiques ont été recensés en Poitou-Charentes ainsi que 273 dolmens répartis, de façon à peu près égale, dans les quatre départements. Le Poitou-Charentes est une grande région mégalithique. De fait, si la Bretagne reste célèbre pour ses dolmens et ses menhirs, certaines hypothèses récentes suggèrent que le mégalithisme trouverait son origine non en Bretagne mais entre Loire et Gironde. Ce sera d’ailleurs un des thèmes du colloque international cet automne au musée des tumulus de Bougon. Bénéficient-ils tous d’une mise en valeur et d’une protection?
    Certains sites, comme de celui Prissé-la-Charrière, sont dotés de structures architecturées et évolutives. On discerne ainsi un tumulus primaire, c’est-à-dire un tertre constitué de pierres mais non pas ramassées dans les champs. Des carrières ont été creusées et le creusement lui-même s’apparente à un premier étage. S u r cet étage originel, le tumulus a ensuite été «monumentalisé» par la juxtaposition d’une série de degrés successifs sur 4 m de haut à partir du sol mais 5 m à partir du fond de la carrière, 100 m de long et 14 m de large. Un cas particulier mérite par ailleurs d’être mentionné. Un long tumulus, situé à SainteLeurine en Charente-Maritime, est composé de mottes de gazon et non de murets en pierres sèches.
    Sur la totalité de ces mégalithes recensés, très peu ont fait l’objet de recherches poussées, et encore moins de mise en valeur. En effet, il est rare qu’une collectivité intéressée par la valorisation de ce patrimoine soit prête à financer les recherches. En effet, une phase de recherche archéologique s’avère indispensable avant la mise en valeur, et cette nécessité n’est pas toujours bien comprise. Citons l’opération exemplaire menée par le Sivom du Thouarsais. Depuis une vingtaine d’années, certains sites mégalithiques ont bénéficié de la protection au titre des monuments historiques. Puis des initiatives locales, venant des collectivités ou de diverses associations, ont permis le fléchage des sites. Mais cette signalétique n’a rien de systématique. Certains dolmens se trouvent sur des propriétés publiques mais la plupart d’entre eux restent enclavés dans des propriétés privées et, de ce fait, demeurent inaccessibles au public. s
    Marc Deneyer expose ses photographies du Japon à la Maison de la culture du Japon à Paris, jusqu’au 31 juillet puis du 3 au 14 septembre. 21
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