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Peinture romane

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Peinture romane. Le décor de l’abbatiale de Saint-Savin est une peinture savante exécutée vers 1100 par des artistes d’exception. Yves-Jean Riou, conservateur général honoraire du patrimoine, nous explique les techniques de la peinture romane, ses programmes, ses influences et sa dimension esthétique.

Entretien par Jean-Luc Terradillos, photos : Marc Deneyer.

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    Peinture Le décor de l’abbatiale de Saint-Savin est une peinture Entretien Jean-Luc Terradillos
    romane savante exécutée vers 1100 par des artistes d’exception Photos Marc Deneyer
    f re s q u e (l’intonaco). Le peintre utilise des pigments détrempés dans de l’eau et doit travailler tant que l’enduit est encore humide. En séchant, la chaux fixe les pigments et l’enduit devient aussi dur que du marbre. Alors la peinture fait partie intégrante du mur, elle ne peut s’écailler, comme c’est le cas d’une peinture à l’huile. Ce qui explique la longue conservation des peintures romaines et romanes. La surface de l’enduit posé correspond à ce qui pouvait être peint en une journée (la giornate). Il est arrivé que les peintres, pris par le temps, donnent leurs derniers coups de pinceau sur un enduit déjà sec. Dans ce cas, la peinture ne tient pas aussi bien et finit par tomber. Il est frappant de constater que, souvent, les personnages n’ont plus d’yeux. C’est parce qu’on peignait d’abord les grands aplats, les vêtements, les carnations, puis les yeux en dernier. Une autre technique consiste à peindre sur un enduit sec (a secco) en mêlant les pigments à du liant, huile, œuf, colle, cire, etc. Elle se pratiquait peu à l’époque romane. Cependant les recherches effectuées à SaintSavin démontrent que les peintres pouvaient utiliser des techniques mixtes, notamment en mouillant à nouveau l’enduit qui avait trop vite séché (semi secco) ou en ayant recours à des liants. Les couleurs étaient-elles vives?
    C
    lassée parmi les chefs-d’œuvre du patrimoine mondial par l’Unesco, l’abbatiale de Saint-Savin conserve le plus vaste ensemble connu de peintures murales de l’époque romane (début du XIIe siècle). L’historien Henri Focillon l’avait qualifiée de «chapelle Sixtine du Moyen Age», jugement jamais démenti par la suite. Yves-Jean Riou, conservateur général honoraire du patrimoine, nous explique les techniques de la peinture romane, ses programmes, ses influences et sa dimension esthétique. L’Actualité. – Quelle place tenaient les décors peints dans les églises romanes Yves-Jean Riou. – ?
    De tout temps, les temples et les demeures ont été ornés de peintures. Le Moyen Age s’inscrit dans cette tradition, d’autant qu’il subsistait certainement alors des décors remontant à l’époque romaine qui ont pu parfois servir de «modèles». Des fouilles récentes dans des villas gallo-romaines de notre région attestent que tous les murs, ou presque, étaient peints. Le mur blanc est une invention du XXe siècle.
    Quelles techniques utilisaient les peintres romans?
    Les procédés picturaux ont perduré à travers les siècles. Ainsi, l’époque romane reprend les techniques romaines, en particulier la fresque. Cette technique empruntée à l’Italie consiste à recouvrir le mur d’un enduit épais (l’arricio) constitué de chaux grasse et de sable, puis d’un enduit plus mince et plus lisse
    Les peintres romans travaillaient avec des terres, d’où une gamme de couleurs assez restreinte : des noirs, des charbons, des ocres, des verts et, exceptionnellement, des bleus obtenus avec du lapis-lazuli, pigment très apprécié à l’époque, mais coûteux car importé de lointaines contrées. En revanche, les blancs devaient apporter beaucoup de vigueur aux scènes représentées grâce à un effet de contraste, faisant ainsi ressortir les gammes d’ocre jaune et d’ocre rouge. Existe-t-il une relation entre ces décors et les manuscrits enluminés du Moyen Age ?
    Double page précédente : Arche de Noé, dans la nef de l’abbatiale de Saint-Savin. Ci-contre : le supplice de la roue, dans la crypte.
    Oui. Certaines scènes de la crypte de Saint-Savin ont été rapprochées de la Vie de sainte Radegonde, manuscrit du XIe siècle conservé à la médiathèque François-Mitterrand de Poitiers. Le peintre de la crypte devait même être un peintre de manuscrit. Par exemple, on constate qu’il a placé les personnages dans un cadre architectural, comme le faisaient les peintres d’enluminures. Quant aux thèmes des décors peints dans les églises, ce sont les mêmes que ceux des manuscrits religieux. Rappelons néanmoins que notre connaiss a n c e demeure lacunaire. En effet, quelles que soient la quantité de manuscrits parvenus jusqu’à nous et l’importance des peintures murales dans notre région, il est évident que cela ne représente qu’une part infime de ce qui a dû exister.
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    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 57 s
    Peut-on parler d’art majeur ?
    APPRENDRE LA PEINTURE MURALE Le Centre international d’art mural de Saint-Savin organise toute l’année des stages d’initiation aux différentes techniques de peinture murale. Contact : nathalie.fayolle@artmural.org A voir cet été au Ciam : le chantier de restauration du Combat des rois et l’exposition «Repeindre n’est pas restaurer». Tél. 05 49 48 66 22
    A l’époque romane, comme aux autres époques, il y avait un art majeur, celui de l’élite, et un art du pauvre. Des décors ont été réalisés par des artistes intuitifs pour des commanditaires peu cultivés. Il existait aussi une peinture savante – c’est la particularité de Saint-Savin – commandée par des gens férus de théologie à de grands artistes. Cela a donné un programme iconographique très élaboré, exécuté par d’immenses talents. Certaines scènes sont de véritables chefsd’œuvre, comme la Descente de Croix située dans la tribune de l’abbatiale de Saint-Savin. Le baiser de la Vierge sur le bras du Christ est une idée de génie. Il existe d’autres cycles de peinture savante dans la région. A Poitiers, le décor de l’église Saint-Hilairele-Grand présente de grandes parentés avec celui de Saint-Savin. Il est probable que les deux œuvres ont
    BIBLIOGRAPHIE Les peintures murales de Poitou-Charentes, sous la direction scientifique de Bernard Brochard et YvesJean Riou, CIAM, 1993.
    Peintures murales du Poitou, par Yves-Jean Riou, «Itinéraires du patrimoine», CPPPC, 1993.
    Saint-Savin. L’abbaye et ses peintures murales, ouvrage collectif, CPPPC, 1999.
    été exécutées par le même artiste et qu’il a commencé par Saint-Hilaire. La voûte du chœur de Notre-Damela-Grande conserve un ensemble important, de même que le baptistère Saint-Jean (XIIe siècle). D ’ a u t re s sites méritent le voyage : la crypte de l’église Notre-Dame de Montmorillon, peinte plus tardivement (fin XIIe - début XIIIe siècle), mais touj o u r s empreinte d’un esprit roman ; l’église d’Argenton-Château, dans les Deux-Sèvres, avec son Christ en Majesté ; la commanderie de Cressac, en
    Charente, pour son iconographie laïque qui retrace des scènes de bataille (début du XIIIe siècle). Je citerai aussi Saint-Pierre-les-Eglises, petit édifice situé au bord de la Vienne, à deux pas de Chauvigny. Certains historiens y voient une peinture tardive, tandis que les spécialistes de l’épigraphie médiévale affirment que les inscriptions sont de haute époque, en particulier celles qui sont lisibles sur la magnifique Crucifixion. Avec eux, je crois qu’il s’agit d’un décor du début du Xe siècle, donc pré-roman. s
    Savin et Cyprien subissent le supplice des ongles de fer, dans la crypte.
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