fermer... à venir
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suppose un travail de fond et à long terme avec des sociologues et des travailleurs sociaux. Si l’on rase un immeuble pour en reconstruire un nouveau sans rien changer dans la vie des individus, le problème reste entier.» Et de regretter que ce débat demeure confidentiel, limité à la presse professionnelle. Cette expérience conduit Dominique Deshoulières à «relativiser la notion d’œuvre» et à préférer «la modestie du geste architectural». «Le jeu des concours d’architecture, désormais anonymes, incite à produire des images choc pour séduire immédiatement. Mais l’exception peut se trouver ailleurs, dans la qualité même du bâtiment et non dans l’apparence. D’autant qu’il y a peu de programmes d’exception, avec un jury qui sait voir. Malgré tout, on ne peut se permettre de réinventer l’architecture quand on nous octroie un budget insuffisant, voire qu’on nous demande de construire au rabais, au risque d’aller vers un gros ratage. Dans ce cas, autant faire simple.» Attentif au contexte urbain, Dominique Deshoulières déplore le silence du ministère de l’Equipement en ce domaine. Il critique vertement la politique de labels strictement techniques de la Direction centrale du logement, qui ajoute toujours davantage de complexité. Son importance tient au fait qu’elle distribue des crédits d’Etat aux offices d’HLM. Voilà un service qui pourrait être décentralisé. «Il existe suffisamment de normes nationales, souligne l’architecte, pour réaliser des logements corrects partout en France.»
Jean-Luc Terradillos
Dominique Deshoulières Vers la modestie du geste
A L’ITALIENNE ET À CHÂTELLERAULT
Construit entre 1842 et 1844 sur les plans de Louis Renaudet, architecte des bâtiments du Roi, le théâtre municipal de Châtellerault est un spectacle à lui seul. Fermé depuis 1974 pour des questions de sécurité, il fut inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques deux années plus tard. L’originalité et l’histoire de ce théâtre – qui devrait être bientôt restauré – sont retracées dans le mémoire de maîtrise (Université de Poitiers, 1985) de René-Charles Guilbaud qui, en faisant parler l’architecture et le décor, redécouvre des strates enfouies de la vie châtelleraudaise.
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ssociés depuis la fin de leurs études d’architecture, Dominique Deshoulières et Hubert Jeanneau ont beaucoup construit à Poitiers et en Poitou-Charentes. Ils adorent les grands programmes complexes : équipements collectifs type théâtre – d’ailleurs le premier est président de la Scène nationale de Poitiers –, immeubles de logements, de bureaux, etc., et dès Banlieue 89, ils ont participé aux opérations de «développement social des quartiers», notamment aux Trois Cités à Poitiers. Depuis quelques années, Dominique Deshoulières travaille aussi dans la banlieue parisienne et sa vision diffère du discours dominant. «Quand on entend parler des banlieues ou des quartiers – sousentendu difficiles – c’est caricatural. C’est un mythe véhiculé en région et dans le centre de Paris, par méconnaissance. Dans la banlieue parisienne, il y a des élus locaux comme ailleurs, des entreprises comme ailleurs – et plus de main-d’œuvre étrangère –, des pet i t s bistrots comme ailleurs… N’oublions pas que dix millions de personnes vivent en banlieue, plutôt bien pour la plupart.» Evidemment, il y a de la réparation et du «tricotage» à faire dans les quartiers mais la solution ne passe pas par le bulldozer, car le problème est très complexe. Donc pas de solution uniforme. «Chaque quartier est différent, dit-il, ce qui
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Sébastien Laval
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Hervé Tartatin
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Hervé Beaudouin devant son premier prototype de mur en pierre et béton de site (son atelier à Niort) et deux réalisations en pays Mellois : la salle des fêtes de GournayLoizé (en haut) et la maison des associations de SaintRomans-lès-Melle.
Hervé Beaudouin Une rusticité moderne
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es architectes ont oublié que la pierre pouvait avoir plusieurs vies. Les archéologues le savent bien. Ils découvrent souvent des débris de colonnes gallo-romaines réemployés. Les maçons le savent aussi, comme Manuel Paeva qui a vu sa maison niortaise frappée d’alignement. Avec les pierres de la démolition, il a construit sa nouvelle maison, à Saint-Rémy, sur l e s plans d’Hervé Beaudouin. C’était en 1985. Ils continuent à travailler ensemble et chacun apprend toujours de l’autre. Par exemple, ils ont testé ensemble des bétons de site, c’est-à-dire du ciment blanc mélangé à des agrégats de calcaire pris dans les environs. Cela donne une belle texture et une couleur qui semble «naturelle» dans le paysage. Ce béton peut être coulé dans un coffrage à planchettes et laissé brut ou bien être employé pour monter un mur de pierre banché (avec deux planches et deux serre-joints). Hervé Beaudouin emprunte aussi aux techniques d’autoconstruction des agriculteurs, par exemple les bardages en lattes de châtaignier, voire le goudronnage des lattes comme sur les cahutes du Marais Poitevin qui résistent à tout sans entretien. La maison des associations de Saint-Romans-les-Melle résulte de ces expérimentations. On y retrouve les matériaux et les couleurs de l’architecture vernaculaire dans une forme renouvelée. En outre, les moellons ont été obtenus grâce au troc de la commune avec un paysan qui démolissait sa grange. «Je cherche toujours à raccorder l’architecture à l’histoire du lieu», dit-il. Autre exemple : près de Thouars, à Sainte-Radegonde-des-Pommiers,
une carrière exploite la diorite ocre, granulat imperméable utilisé notamment pour les routes. Avec les déchets de cette carrière, l’architecte niortais a construit le superbe centre de loisirs de la commune. «Le produit rustique n’intéresse personne parce qu’il est plus facile de travailler avec les produits standard vendus par les industriels, affirme Hervé Beaudouin. Si j’aime l’artisanat pur, c’est pour parvenir à un résultat plus fin, plus beau et plus durable. Peu d’architectes mènent ce type de recherche en France. Allez trouver la patine sur un mur en parpaings ! Il faut repeindre tous les cinq ans, alors que la pierre vieillit si bien. Si l’on m’objecte que ces matériaux, pierre et ciment blanc, sont onéreux, je prouve par les procédés de mise en œuvre que le bâtiment ne coûtera pas plus cher. La gesticulation architecturale, qui plaît beaucoup en ce moment, est souvent coûteuse. Moi, je privilégie la simplicité du geste architectural.» Ou comment produire une architecture à contre-courant, qui dénote une intelligence du lieu et qui s’inscrit dans la modernité. J.-L. T. LA BAUGE DE TERRA VILLA
Rares sont les architectes qui utilisent la maçonnerie de terre malgré les qualités de cet habitat dont Ouzilly-Vignolles, dans la Vienne, est un exemple historique et unique en Poitou-Charentes. Cette commune aux nombreuses maisons de terre, mises en œuvre selon la technique de la «bauge» probablement depuis le XIIe siècle, travaille à la valorisation de son patrimoine recensé par les services de la Direction régionale des affaires culturelles en 1992. C’est dans un ancien corps de ferme daté du XVIIe siècle, inscrit il y a huit ans à l’Inventaire, qu’a été créé le logis Terra Villa. Cet espace dévolu à la construction en terre crue témoigne des différentes techniques – la bauge, le pisé, le torchis et l’adobe – et de leurs qualités : résistance à l’érosion, isolation thermique et physique, faible coût de réalisation. Tél. 05 49 22 61 61 http:/perso.wanadoo.fr/logisterravilla
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J.-L. T.
Marie-Ange Guilleminot
Oursin
Ci-dessus : dans un jardin à Tokyo et sur une terrasse à New York, différentes transformations de l’Oursin (œuvre de 400 cm de diamètre en polyéthylène non tissé) réalisées par Marie-Ange Guilleminot.
Oursin, de Marie-Ange Guilleminot, a été conçu pour réaliser une cape inspirée par la feuille du Ginkgo biloba, arbre aux fruits blancs, sacré en Orient et considéré par Darwin comme un fossile vivant. Replié sur lui-même, Oursin varie dans ses diamètres. Il tient entre deux mains ou peut atteindre la
taille d’un coussin. Par dépliage progressif, il déploie de multiples formes appelant une diversité de vies, comme chef, jupe, voile, toit, parachute… Cet atome de sensibilité atteint une brûlante amplitude quand on découvre que, formellement, il contient la mémoire du champignon atomique qui détruisit
Hiroshima et Nagasaki. Depuis sa création en 1998 à Philadelphie, au Fabric Workshop and Museum, plier ou déplier ce fragile objet blanc relève toujours pour l’artiste d’un engagement – qui fut salué par Théodore Monod –, d’une action activant un message de paix. Dominique Truco
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Patrick Vettier La maison laboratoire
Poitiers, Patrick Vettier est devenu en quelques années un spécialiste de la maison individuelle. D’ailleurs, il est arrivé que des collègues architectes, habitués à traiter de gros chantiers, orientent leurs clients chez lui. C’est ainsi qu’il a été repéré par Renov, réseau national d’architectes, qui
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A Béruges, près de Poitiers, Patrick Vettier (à gauche) et Didier Gauduchon dans sa maison de
2 170 m (700 e le m2)
construite en bois.
organise les journées de la maison contemporaine, avec le soutien de la revue Architectures à vivre, du ministère de la Culture et bien d’autres partenaires. Lors de ces journées, en juin 2002, quatre maisons construites par Patrick Vettier à Poitiers et alentour, et une dans l’île de Ré, étaient ouvertes au public. A l’évidence, les propriétaires sont heureux de faire visiter leur maison et de raconter leur aventure avec cet architecte. Pourquoi ont-ils fait appel à un architecte ? Essentiellement pour trois raisons, parfois cumulées : un désir d’architecture pour soi, un budget a priori insuffisant pour concrétiser ce désir, une parcelle de terrain complexe qui exclut de faire une maison standard. Précisons qu’en France la maison d’architecte représente à peine 5% du marché de la maison individuelle
et qu’en deça de 170 m2 rien n’oblige à consulter un architecte. «Faire une maison individuelle, c’est culturellement très enrichissant, affirme Patrick Vettier, et financièrement pas intéressant pour l’agence. En effet, nous sommes en étroite relation avec celui qui va habiter, ce qui n’est pas le cas dans les grands projets d’équipements ou d’habitats collectifs. Le commanditaire doit donc être pleinement satisfait. Il faut traduire ses désirs, le surprendre aussi. Il y a là un moyen d’expression irremplaçable. La maison individuelle nous permet d’expérimenter des concepts. C’est un laboratoire de recherche qui, du fait des contextes toujours différents d’un projet à l’autre – tant le site que les contraintes budgétaires –, nous permet aussi de développer une écriture architecturale.» J.-L. T.
J.-L. T.
Eric Cordier La mémoire des lieux
«
près 25 ans d’exercice, c’est un des plus beaux métiers du monde !» Jeune architecte, Eric Cordier est arrivé en CharenteMaritime suite à un concours, en 1978, pour rénover le lotissement de l’Avant-Garde à Rochefort. Jusqu’en 1994, il a beaucoup travaillé à la rénovation de logements sociaux, comme les grands ensembles de Mireuil à La Rochelle, mais aussi dans toute la région, à Poitiers, Niort ou Châtellerault. «J’ai participé à 25 opérations, pour la rénovation d’un total de 3 500 lo-
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gements, dit-il, et je n’ai fait que très peu de projets individuels, deux ou trois maisons pour des amis, sans plus.» Depuis 1994, Eric Cordier, en association avec JeanPierre Lahon, a imprimé sa marque à La Rochelle. Un ensemble de logements étudiants aux Minimes et surtout l’opération de restructuration du quartier de la Ville en Bois et du bassin des chalutiers. Les deux architectes ont travaillé sur le plan de masse du quartier, réalisé la médiathèque et les immeubles qui longent les quais, ainsi
que la transformation de l’encan – l’ancienne halle à marée – en centre des congrès. La passerelle qui franchit le bassin et la nouvelle capitainerie qui vient d’être achevée, c’est eux aussi. «C’est une chance exceptionnelle d’avoir pu travailler sur un support comme le bassin des chalutiers, dit l’architecte. A l’intérieur de l’encan, nous avons découvert des espaces d’une qualité extraordinaire. Et nous avons travaillé avec la volonté de garder la mémoire des lieux.» Si tout cet ensemble ressort de commandes publiques obtenues après concours, le nouvel aquarium, en revanche, est une commande privée. «C’était un challenge, se souvient Eric Cordier, il fallait intégrer la structure, sur cet emplacement exceptionnel, en respectant des contraintes de hauteur qui nous ont conduit à faire un bâtiment à demi enterré. Et en adoptant une
architecture de bois, de verre et de métal, nous avons voulu faire oublier le côté technique d’un aquarium, pour laisser place au rêve, et rappeler la vocation première du lieu. Le bois, et des clins d’œil architecturaux, coursives, hublots ou sabords se retrouvent aussi sur les immeubles de l’autre côté du bassin et à la médiathèque.»
Jean Roquecave
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