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L’héritage des vélins du roi

Femmes de sciences – Article :

L’héritage des vélins du roi. Dans le sillage des peintres botanistes de XVIIe siècle, Marie-Pierre Le Sellin peint des plantes thérapeutiques pour le muséum national d’histoire naturelle.

Par Alexandre Bruand, photo : Marc Deneyer. Page de gauche : esquisse du petit houx pour le muséum.

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    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 58 s
    f e m m e s de science
    XVII Dans le sillage des peintres botanistes du X V I Ie siècle, Dans
    Marie-Pierre Le Sellin peint des plantes thérapeutiques pour le muséum national d’histoire naturelle Par Alexandre Bruand Photo Marc Deneyer
    L’héritage des vélins du roi « eut-être est-ce que je me suis trompé d’époque», note MariePierre Le Sellin. Dans son atelier de Matha, en Charente-Maritime, elle épouse les gestes qui furent ceux des peintres botanistes d’autrefois, Nicolas Robert ou Pierre-Joseph Redouté. La jeune femme observe la fleur de cédrat qui s’épanouit dans la lumière du matin. Elle sait que lors de la prochaine séance, la plante aura changé, aura gagné ou perdu des pétales. La seule solution sera alors d’aller chercher sur l’arbuste une nouvelle pousse, ou de faire appel à la mémoire. Les fleurs sont des modèles indisciplinées. L’œil et
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    POUR EN SAVOIR PLUS Page de gauche : esquisse du petit houx pour le muséum.
    Les peintres de fleurs, les vélins du muséum, par Alain Raynal-Roques et Jean-Claude Jolinon, Muséum d’histoire naturelle/ Bibliothèque de l’image, 1998 Pierre-Joseph Redouté, le prince des fleurs, par Claudia Salvi, La renaissance du livre / Collection références, 1999
    le pinceau se doivent d’être précis, aimants et rigoureux. Règles : «Respecter le rythme de la plante, travailler vite lorsqu’il faut saisir la fleur, s’attarder un peu sur le fruit, ne pas négliger le feuillage.» Soit une centaine d’heures de travail pour les croquis préparatoires et autant pour la planche définitive. A mi-course, elle envoie ses ébauches au directeur du laboratoire de phanérogamie du muséum. «Il me donne un avis scientifique et corrige. Mais le plus agréable, c’est lorsqu’il commence par une appréciation esthétique, un “qu’est-ce que c’est beau” qui précède les observations botaniques.» Si l’artiste s’est trompée d’époque, elle est par contre arrivée au bon moment dans les petits papiers de l’institut Klorane, mécène du muséum, qui décide en 1995 de donner un prolongement à la collection des «vélins du roi» commencée en 1630. Jeune graphiste, elle désire alors «éteindre l’ordinateur et se remettre à peindre». «J’avais dessiné mes premières planches botaniques pour la collection de vélins de la mairie de Paris, deux ans plus tôt, explique-t-elle. J’y ai réalisé des études de roses sous la direction de maîtres de dessin qui m’ont transmis leur technique. Puis faute de financements, le projet s’est arrêté. Peu de temps après, Klorane relançait la série du muséum consacrée aux plantes à vertu thérapeutique et faisait appel à mon savoir-faire.» Fille de l’esprit des Lumières, la collection des 6 000 vélins du muséum regroupe des planches consacrées aux animaux et aux plantes. Elle a été conçue comme un «inventaire de la Création» : «Toutes les études sont réalisées à l’échelle 1. Elles doivent être un témoignage le plus exact possible. Si une espèce devait disparaître,
    il resterait les herbiers, et mes dessins.» La disposition de la planche, codifiée, est toujours la même. Au centre, sur un fond blanc, la plante, dans sa belle simplicité, que ce soit une branche de fragon, ce «petit houx» des bois charentais, ou une fleur de bleuet épanouie. Le dessin peut s’enrichir d’études plus précises, décrivant des étapes du développement de la fleur ou du fruit. La planche est toujours entourée d’un liseré d’or, caractéristique du muséum. Le travail de l’aquarelle sur vélin, cette matière si fine – il s’agit d’une peau de veau mort-né –, appelle aussi un cérémonial inédit : «C’est un support très fragile, sur lequel il n’est pas question d’utiliser la gomme ou d’avoir la main qui hésite. Je travaille comme un chirurgien, en entourant la parcelle dessinée de tissus, pour ne pas poser la main sur la planche. Mais le résultat est d’un rendu et d’une brillance incomparables.» Achevé, le vélin botanique rejoint la collection conservée dans les sous-sols de la bibliothèque du muséum, à l’abri des regards et de la lumière, à température constante. Il n’en ressortira qu’à d’exceptionnelles occasions, ne se dévoilant plus au monde que grâce aux reproductions des livres. Marie-Pierre Le Sellin en est, elle, à sa septième étude. La confiance s’est instaurée, au rythme des coups de fil passés aux scientifiques pour un renseignement sur la croissance d’un fruit ou des visites rendues à l’institution : «Quand j’entre dans le bureau de la directrice – celui de Buffon –, j’ai l’impression que mon travail appartient à l’Histoire.» Elle s’est prise d’une passion pour la botanique. «Lorsque j’ai commencé, je n’y connaissais absolument rien, je voulais juste dessiner.» Aujourd’hui, dans les aquarelles personnelles qu’elle expose dans son atelier, Chemin des Traînes-Bots à Matha, les fleurs ont aussi pris une grande place, même si elles y sont davantage en liberté, s’exposent sur des fonds colorés, s’émancipent des exigences scientifiques. Dans les parterres qui entourent son atelier, des iris s’épanouissent par dizaines.
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