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Le duché d’Aquitaine à l’origine de la région Poitou-Charentes ?
La région Poitou-Charentes est une c r é a t i o n moderne. Pendant toute la p r e m i è r e partie du Moyen Age, c e pays, souvent convoité pour ses richesses naturelles et écartelé entre d e s logiques politiques qui lui sont é t r a n g è r e s , se rattache à un espace a q u i t a i n fortement marqué par l a romanité et qui accueille, progressivement, les nouveautés médiévales, se forgeant une identité
Cette épitaphe sur ardoise, produite dans un atelier angevin, marquait à Saint-Hilaire-leGrand la sépulture d’Adda, comtesse de Poitiers, épouse de Rannou Ier et mère de Rannou II. Musée Sainte-Croix de Poitiers
m o u v a n t e au gré des siècles
Par Cécile Treffort Cécile
u IVe siècle, la culture aquitaine s’épanouit et le christianisme, implanté depuis peu dans la région, se diffuse lentement au détriment de croyances héritées du paganisme romain. La situation politique est modifiée par l’installation officielle des Wisigoths en 418. En échange de leur aide militaire, ils reçoivent des Romains des terres entre Narbonne et Bordeaux et une capitale, Toulouse. Etendant leur domination de la Loire à l’Espagne et de la Provence à la Gascogne, ils gagnent leur indépendance de fait. Leurs rois légifèrent ; l’ancienne administration, laissée en place, est étroitement contrôlée par leurs représentants ; une double hiérarchie ecclésiastique, catholique et arienne, s’établit. L’implantation wisigothique restant numériquement faible, Alaric II multiplie les efforts pour rallier à sa cause les élites de l’Aquitaine romaine et unifier son royaume sur le plan politique, religieux et social. Mais au nord apparaît alors une grave menace, celle des Francs, désireux d’ajouter à leurs précédentes conquêtes les pays au sud de la Loire, dont les richesses naturelles attisent les convoitises.
A
CLOVIS ET L’AQUITAINE : L’ENTRÉE DANS LE MONDE FRANC
En 507, près de Poitiers, Clovis impose la bataille à Alaric ; ce dernier tué, les Wisigoths se replient vers l’Espagne. Plusieurs mois sont nécessaires pour pacifier l’Aquitaine et l’ambition unificatrice de Clovis se heurte aux règles successorales du temps : lorsqu’il meurt en 511, ses quatre fils se partagent les cités d’Aquitaine, gardant pour capitales de leurs royaumes
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respectifs Orléans, Paris, Reims et Soissons, toutes situées au nord de la Loire. Si une paix relative se maintient tout au long du VIe siècle, la situation politique reste complexe et subit bientôt les conséquences d’une guerre fratricide qui bat son plein dans le monde mérovingien jusqu’au milieu du VIIe siècle. Malgré ces aléas politiques, la christianisation, d’abord superficielle, s’approfondit de manière continue. La topographie urbaine se structure autour de nouveaux pôles religieux, groupes épiscopaux ou basiliques suburbaines, tandis qu’à la campagne se développent sanctuaires ruraux et monastères, grâce à un soutien épiscopal toujours renouvelé. L’encadrement religieux se double d’un réel souci politique et stratégique alors que se réveillent, en cette fin de VIIe siècle, des tendances indépendantistes.
LOUP ET EUDE, PRINCES D’AQUITAINE : LA TENTATION DE L’INDÉPENDANCE
C’est alors qu’apparaissent sur la scène régionale les Vascons qui, installés de part et d’autre des Pyrénées, représentent une menace continuelle sur les terres avoisinantes. Le sort de l’Aquitaine s’infléchit devant la
nécessité d’organiser une défense efficace. Investi de cette charge, le prince Loup profite de la crise d’autorité qui frappe le monde mérovingien pour reconstituer à son profit, à partir du Toulousain, une vaste principauté d’Aquitaine allant du sud de la Vienne à la Garonne. Son successeur Eude, faisant entrer Saintes, Limoges, Poitiers et Bourges, puis Clermont et Le Puy sous son autorité, tente de la transformer en véritable royaume ; il se heurte cependant à l’ambition de Charles Martel, ancêtre des Carolingiens et alors maire du palais. La confrontation tourne, dans un premier temps, à l’avantage d’Eude, mais l’équilibre, précaire, est rompu lorsque les musulmans d’Espagne intensifient leurs raids de pillage. En 732, incapable de contrer seul la menace, Eude appelle à l’aide Charles Martel qui arrête les guerriers d’Abd-al-Rahman et en profite pour établir son autorité sur l’Aquitaine ; en 735, la mort d’Eude entérine cet état de fait. La situation est toutefois loin d’être contrôlée par les Carolingiens. La longue guerre qui oppose Pépin le Bref aux descendants d’Eude, avec son cortège de violences et de pillages, laissera le pays exsangue et meurtri.
Situé sur un ancien passage à gué, au cœur d’un cimetière d’origine mérovingienne, le site de Saint-Pierreles-Eglises (à Chauvigny, Vienne) est célèbre pour l’abside préromane de son église et pour ses fresques anciennes.
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territoire
SOISSONS
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De la province romaine au duché d’Aquitaine
I
PARIS
I
REIMS
ORLÉANS
I
BOURGES
I
BOURGES
I
POITIERS
I
POITIERS
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I I
I I
BORDEAUX
LE PUY
BORDEAUX
LE PUY
TOULOUSE
I I
TOULOUSE
I
NARBONNE
LA PROVINCE ROMAINE D’AQUITAINE AU IVe SIÈCLE
L’AQUITAINE WISIGOTHIQUE À LA FIN DU Ve SIÈCLE
LE ROYAUME CAROLINGIEN D’AQUITAINE DANS LA TOURMENTE
Plaque-boucle et contre-plaque de ceinturon datant du
VIIe
siècle. Cet objet
en bronze a été découvert en 1994 dans une sépulture masculine, à Chadenac, nécropole mérovingienne de Charente-Maritime.
A son avènement, Charlemagne, conscient de la situation délicate qui règne en Aquitaine, lui porte une attention toute particulière. En 781, il crée un royaume pour son fils Louis, alors âgé de trois ans, et y installe ses fidèles comme comtes, abbés ou simples vassaux. L’Aquitaine est réorganisée d’un point de vue administratif, militaire et religieux. Une vie culturelle et littéraire se développe autour de Louis le Pieux et de son palais de Chasseneuil, où Claude de Turin écrit un commentaire de la Bible. Lorsque Louis devient empereur en 814, il confie à son fils Pépin le royaume d’Aquitaine qui ne tarde pas à souffrir des troubles affectant la dynastie carolingienne. Après 830, l’insurrection des trois premiers fils de Louis le Pieux contre leur père perturbe en effet gravement la vie de la région. L’attitude ambiguë de Pépin entraîne la nomination d’un autre roi d’Aquitaine, Charles (futur le Chauve), né du remariage de Louis le Pieux avec Judith. A la mort de Pépin Ier en 838, son fils Pépin II refuse de reconnaître Charles comme roi légitime et prend les armes pour
conquérir un royaume d’Aquitaine qu’il estime sien. L’effervescence grandit dans la région et Louis le Pieux décide d’intervenir directement ; il destitue les chefs de la sédition et place ses propres fidèles aux postes clés de la région. Les troubles qui persistent jusqu’en 864 sont amplifiés par les ravages des Normands dans une région rendue vulnérable par l’étendue de ses côtes et la longueur de ses fleuves, en particulier la Charente, axe majeur de pénétration. Les luttes politiques entre factions rivales et les menaces extérieures favorisent l’affaiblissement de l’autorité centrale et, à terme, l’émergence de pouvoirs locaux, illustrée par l’ascension progressive des comtes de Poitiers.
LES COMTES DE POITIERS ET LA CONSTITUTION DU DUCHÉ D’AQUITAINE
On assiste alors à la mise en place d’une véritable principauté territoriale dont les détenteurs descendent directement de Rannou Ier, petit-fils de Louis le Pieux et comte de Poitiers au milieu du IXe siècle. A sa mort en 866, l’empereur maintient son fils, Rannou II, à la tête du Poitou. Cette nomination précède de peu la disparition du royaume carolingien d’Aquitaine puis celle du dernier empereur carolingien Charles le Gros (en 888). La famille la plus puissante en Aquitaine est alors celle des comtes d’Auvergne dont le chef, Guillaume le Pieux, est considéré comme le premier duc d’Aquitaine de l’Histoire. A la mort de Rannou II, il recueille son fils Eble et récupère pour lui, à la force des armes, la charge de comte de Poitiers. Selon Adémar de Chabannes, chroniqueur du XIe siècle, c’est à Eble qu’aurait échu la charge de duc
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BOURGES
I
UE P E I
BOURGES POITIERS
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POITIERS
I
I
SAINTES
I I
I
LIMOGES
I I I
LIMOGES
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BORDEAUX
LE PUY
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LE PUY
BORDEAUX
LE PUY
TOULOUSE
I
UL U E
I
TOULOUSE
I
LA PRINCIPAUTÉ D’AQUITAINE AU DÉBUT DU VIIIe SIÈCLE
LE ROYAUME CAROLINGIEN D’AQUITAINE AU MILIEU DU IXe SIÈCLE
LE DUCHÉ D’AQUITAINE EN L’AN MILLE
d’Aquitaine après la mort de Guillaume le Pieux et de ses deux fils, sans descendance masculine. Cependant, le titre de dux Aquitanorum n’apparaît dans la titulature officielle des comtes de Poitiers qu’à partir du Xe siècle, sous Guillaume Fier-à-Bras, dont les descendants cumuleront les deux charges jusqu’à la mort de Guillaume X le Toulousain en 1137. Ils adoptent le nom de Guillaume pour les aînés de chaque génération et se transmettent héréditairement leur charge.
L’ÉCLAT DE L’AQUITAINE DE L’AN MIL SOUS GUILLAUME LE GRAND
mence à défricher des forêts et à créer de nouveaux villages tandis que les hauteurs se hérissent de châteaux. Cependant, le climat de violence qui accompagne ces transformations inquiète clercs et laïcs : des assemblées sont réunies pour décréter la Paix de Dieu (comme à Charroux en 989), les pèlerinages se multiplient en guise de pénitence. La poussée démographique et les modifications politiques engendrent une nouvelle société, celle des seigneurs, grands ou petits, dont l’autorité et l’ambition ne cessent de croître.
LES DUCS D’AQUITAINE ET LE TEMPS DES SEIGNEURS
A la mort d’Eble dit Manzer, son fils Guillaume III Tête d’Etoupe (935-963) puis son petit-fils Guillaume IV Fier-à-Bras (963-995) lui succèdent. A la génération suivante, Guillaume V le Grand (995-1030), se comportant en véritable souverain et faisant de Poitiers sa capitale, donne au duché d’Aquitaine un éclat sans précédent. Descendant des Carolingiens, il en adopte la politique religieuse et favorise la culture, notamment en confiant l’école de Saint-Hilaire-le-Grand à un élève de Fulbert de Chartres, Hildegaire. Son ambition de faire de son duché une nation indépendante est renforcée par une politique internationale remarquée en son temps et par une habile stratégie matrimoniale. Veuf à deux reprises, il épouse successivement Aumode, veuve du comte de Périgord, Brisque, sœur du comte de Gascogne et, enfin, Agnès, fille du duc de Bourgogne. Sous son gouvernement, la région connaît un véritable rayonnement culturel et religieux. Le paysage rural se transforme progressivement : on com-
Dès l’an mille, le pouvoir du duc d’Aquitaine se heurte à celui de ces seigneurs, en particulier le comte d’Anjou, pourtant son vassal. Les quatre fils de Guillaume V le Grand (Guillaume VI le Gros, Eude, Guillaume VII Aigret et Guy Geoffroy Guillaume) se succèdent à la tête du duché d’Aquitaine jusqu’à la fin du XIe siècle, mais ils doivent constamment lutter contre les grands laïcs ou ecclésiastiques qui, usurpant un pouvoir et des biens d’origine publique, se constituent de véritables seigneuries comme à Thouars, Châtellerault, Parthenay, Lusignan ou encore à Charroux pour les nouveaux comtes de la Marche. Tirant leur autorité du pouvoir de ban, leur force armée de la féodalité et leur richesse des possessions foncières, ces seigneurs entretiennent des chevaliers et construisent des châteaux qui cristallisent la vie urbaine et attirent hommes et activités. Le monde rural connaît un essor sans précédent : la conquête de terres par le défrichement des forêts ou l’ass L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 61 s
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sèchement des zones marécageuses se double de la fondation de villages. L’Eglise, enrichie par les donations pieuses et par la mise en valeur de terres nouvellement conquises, se lance, avec l’aide des grands laïcs, dans de grandes entreprises de construction : l’art roman fleurit dans la région. L’ardeur architecturale trouve son pendant dans le domaine littéraire avec la production d’une poésie profane en langue vernaculaire, en particulier sous Guillaume IX le Troubadour (10861126). La société aristocratique du temps se complaît dans la vie courtoise. La richesse est objet de jouis-
Cécile Treffort est maître de conférences en histoire médiévale à l’Université de Poitiers, responsable de l’équipe d’épigraphie du CESCM. Elle a publié un livre, L’Eglise carolingienne et la Mort. Christianisme, rites funéraires et pratiques commémoratives (Presses universitaires de Lyon, 1996). Elle dirige un programme collectif de recherche sur les conditions d’implantation monastique en pays charentais.
sance et ouvre la porte à la beauté ; elle remplit aussi une fonction sociale par le prestige qu’elle manifeste et procure. Dans cette perspective, les XIe et XIIe siècles apparaissent comme un temps d’essor et d’ouverture dans tous les domaines, offrant à la femme une place nouvelle, non plus seulement dans le cadre de complexes arrangements matrimoniaux mais également au cœur de l’amour courtois et de toutes les valeurs qui s’y rattachent. Aliénor d’Aquitaine qui, à la mort de son père Guillaume X le Toulousain (1126-1137), se retrouve seule héritière du duché d’Aquitaine, en sera la parfaite incarnation. Son divorce d’avec Louis VII le Jeune, roi de France, et son remariage avec Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, fait entrer l’Aquitaine dans une nouvelle ère. s
POUR EN SAVOIR PLUS
L’Aquitaine des Wisigoths aux Arabes, 418-781 : naissance d’une région, de Michel Rouche, 1979. L’Aquitaine carolingienne (778-987), de Léon Auzias, 1937. «Le comte de Poitiers, duc d’Aquitaine, et l’Eglise aux alentours de l’an mil», de Cécile Treffort in Cahiers de civilisation médiévale, t. 43, n° 4, 2000. Histoire des comtes de Poitou, 778-1204, d’Alfred Richard, 1903 ; résumé dans Les Comtes de Poitou, ducs d’Aquitaine, de Marcel Dillange, Geste éditions, 1995.
Sébastien Laval
LES COMTES DE POITIERS, DUCS D’AQUITAINE ET LES DYNASTIES RÉGNANT EN FRANCE (VIIIe-XIIIe SIÈCLE)
I CHARLES MARTEL
I RERTES CATES I CMTES AERE
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