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En Poitou-Charentes, le patrimoine roman, t r a v e r s é en de nombreux sites par la thématique du pèlerinage d e Compostelle, bénéficie d’approches dynamiques et diversifiées
Par Astrid Deroost
Les chemins vivants du patrimoine
Valoriser une matière première M
Saint Jacques réprésenté dans un livre d’heures du
XVe
siècle
conservé à la médiathèque de Poitiers (ms 1097).
arylise Ortiz, docteur en histoire de l’art médiéval et chargée de cours à Bordeaux III sur l’architecture gothique, dirige depuis onze ans le Pays d’art et d’histoire de l’Angoumois rebaptisé Via Patrimoine en 2002. Mettre en relation les partenaires et coordonner les projets destinés à valoriser le patrimoine sont les missions majeures de l’association.
L’Actualité. – Quelle est l’originalité de Via Patrimoine ? Marylise Ortiz. – Il existe, en France,
130 villes et pays d’art et histoire et ce réseau a fait, depuis vingt ans, de la valorisation du patrimoine une notion très intéressante. Auparavant on se préoccupait davantage de la protection, de la conservation et de la restauration des bâtiments. Notre originalité est d’avoir élargi le territoire d’Angoulême, ville d’art et d’histoire (qui conserve le label), au Pays puis à Via Patrimoine qui rassemble aujourd’hui 150 communes labellisés ou non. Notre démarche correspond bien à cette idée d’un territoire – urbain, périurbain ou rural – qui utilise la matière première patrimoine, transversale, comme un outil de développement économique, social, touristique... Nous créons du lien en proposant des animations très variées. L’une des premières, «le monument du mois», a été reprise ailleurs. Chaque commune s’empare de la valorisation de son monument et, pendant un mois, nous travaillons avec les habitants, les scolaires et les associations qui ont permis de sauvegarder des édifices.
Sollicitez-vous les milieux scientifiques ?
faisons appel à des architectes, des archéologues, des universitaires (Bordeaux, Poitiers). Le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale participe au montage des sessions universitaires et aux formations que nous organisons pour les guides-conférenciers, les offices de tourisme ou les chauffeurs de taxi.
Vous accompagnez la commune de Saint-Amant-de-Boixe dans la mise en place du Centre d’interprétation de l’architecture romane.
L’abbaye médiévale de Saint-Amant – la plus complète de Charente avec église, cloître, réfectoire et cellier – est en cours de restauration et le projet de Centre d’interprétation se construit en même temps. Il s’agit de faire venir, en pays ruffécois, avant tout un tourisme de proximité, régional et local. De donner aux gens des clés de compréhension de l’architecture romane et de les diriger vers différents sites. La commune porte un projet qui peut devenir le pôle commun à l’art roman, à Charente médiévale et aux chemins de Saint-Jacques.
La création des chemins, des haltes jacquaires illustre une partie de votre action.
Pour organiser les universités de printemps et d’été*, nous travaillons en partie avec le musée d’Angoulême et le service patrimoine du conseil général et nous
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L’année 1999 nous a permis de relancer le dossier des chemins de Saint-Jacques, itinéraire culturel européen. Nous avons constitué un groupe de travail avec les
Olivier Neuillé
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Charente le roman pour tous C
inq années d’existence, 70 sites animés dans le département de juin à septembre, 20 000 visiteurs l’an passé, soit une progression de 38 % en douze mois... L’opération Charente médiévale est née de la volonté de valoriser un patrimoine bâti d’une grande diversité. «On cherchait, avec le conseil général, un concept, complément original aux visites, qui permette une politique patrimoniale à l’échelon départemental», explique Marylise Ortiz, directrice de l’association Via Patrimoine, sise à Angoulême. Ainsi sont apparues les balades épicuriennes, les visites à la torche, les promenades à vélo, les randonnées-concerts... «On lie la sensibilisation au patrimoine roman à d’autres aspects, festifs, gastronomiques, sportifs, ludiques...» Cette année encore, les animations s’annoncent originales. A commencer par la
célébration de la Saint-Jacques organisée dans un département qui compte quatre haltes jacquaires à Nanteuil-en-Vallée, Tusson, Aubeterre et Marcillac-Lanville, reliée par l’initiative à Saint-Amant-deBoixe. Du 25 au 27 juillet, l’abbaye médiévale de Saint-Amant se fera lieu de découverte de savoir-faire (filigrane, pierre, papier...). Saint-Michel-d’Entraigues, dont on dit que l’étonnante église octogonale abritait les pèlerins, accueillera des visites épicuriennes. En l’église de Saint-Laurent-de-Belzagot, le chevet roman se révélera à la mystérieuse luminosité des torches et des bougies. Les visiteurs pourront aussi parcourir à bicyclette l’éperon d’Angoulême, se laisser compter des légendes, tailler la pierre à Tusson ou marcher au gré des paysages bâtis ou naturels.
Le programme de Charente médiévale est disponible auprès de Via Patrimoine (hôtel de ville d’Angoulême), du Comité départemental du tourisme et dans les offices de tourisme.
Charente médiévale
conseils régional et général, les élus locaux et les pays, les archives départementales et des associations comme Marpen de Tusson. La première opération fut de reconstituer un itinéraire logique, avec le concours de la Fédération charentaise de randonnée pédestre, en s’appuyant sur le patrimoine existant et les vocables. Ensuite, nous avons animé ces chemins en invitant les communes à participer. Quatre ont fondé des haltes jacquaires. Puis des liens se sont créés entre les communes pour l’entretien des chemins, l’organisation de randonnées-concerts, de résidences d’artistes... des animations qui valorisent un patrimoine – du XIe au XVe siècle – constitué de châteaux, d’églises et de bourgs. Pour 2004, nous projetons, avec le Comité départemental du tourisme, d’associer les restaurateurs, les pâtissiers-boulangers à l’élaboration de menus (et tarifs) pour les pèlerins.
* Université d’été du 26 au 31 août à Angoulême : «La Maison au Moyen Age», sous la direction scientifique de Pierre Garrigou-Grandchamp. Via Patrimoine : 05 45 38 70 79
Pons le renouveau de l’hôpital neuf F
ondé par Geoffroy III de Pons au XIIe siècle, remanié à la Renaissance, transformé au XIXe en pensionnat de jeunes filles puis en logements sociaux et en dépôt de matériel, l’hôpital neuf fait, depuis 1997, l’objet d’une complète réhabilitation. En juillet, la bâtisse, dont la voûte décorée enjambe la via Turonensis, réapparaît telle qu’elle fut au Moyen Age. Lorsque malades, vieillards, infirmes de région ou pèlerins en partance vers Compostelle y trouvaient soins et refuge. Doté à l’est d’une église dont seule la façade
Abdelkrim Kallouche
reste visible, l’édifice comprend à l’ouest une vaste salle d’accueil et un préau récemment redécouvert. Les ouvertures ont été restituées dans leur état originel ainsi que la charpente, dont des pièces dateraient du XIIIe siècle. Pour la première fois depuis des décennies, le public peut entrer, s’aventurer au pied de monumentales colonnes de pierre, parcourir une exposition avant de visiter un jardin médiéval fraîchement planté. «Cette restauration fait partie d’un programme de remise en valeur de l’important patrimoine médiéval pontois lancé après la réalisation, en 1996, d’un plan de référence», souligne Jean Laïtselart, adjoint à la culture. Outre l’hôpital neuf classé en 1998 au patrimoine mondial de l’Unesco, l’ancienne place forte compte en effet un donjon (XIIe) étonnamment conservé, des maisons à pignons, une porte Saint-Gilles (XIIe), une église Saint-Vivien de style roman saintongeais... Dans un proche avenir, et toujours en collaboration avec le Centre d’études et de recherches compostellanes, la ville de Pons entend travailler à l’animation du site : films et nouvelles technologies devraient proposer une évocation complète du pèlerinage. Une publication pourrait expliquer, de façon ludique, les vertus médicinales des plantes cultivées dans le jardin clos.
Office de tourisme, donjon de Pons : 05 46 96 13 31
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Compostelle
Aulnay, cœur de la pierre romane P
endant l’été, l’église d’Aulnay-deSaintonge, en Charente-Maritime, accueille des visites musicales : un quintet de l’Ensemble vocal de l’Abbaye aux Dames, le 15 juillet, et une exhortation à la veille avec le guitariste Nigel Coates, le 4 août. Différents concerts sont égale-
ment programmés dans ce site appelé à devenir le Centre d’interprétation des pierres romanes. «Dans notre esprit, ce concept englobe l’architecture, la sculpture – Aulnay est un joyau de la sculpture romane – ainsi que le paysage, les villages, le patrimoine rural. Non pas avec une
Portail sud de l’église d’Aulnay-deSaintonge.
vision passéiste mais parce que l’espace rural a une certaine cohérence et a des choses à dire aux urbains.» Rémy Prin, ancien responsable d’une entreprise multimédia, rompu à la médiation culturelle, est le chef du projet porté par le pays des Vals de Saintonge. Soit la mise en place, d’ici à 2006, d’un lieu permanent d’exposition composé de quatre sous-ensembles : découverte du site, ancien carrefour de voies romaines, dans sa dimension territoriale et historique ; voyage dans l’imaginaire de l’église d’Aulnay ; comprendre le sens des images romanes ; pierres romanes de village en village. Outre des expositions temporaires et une boutique, l’espace abritera un atelier de sculpture et taille de pierre, p o i n t de départ d’un parcours des Ymagiers. «En écho aux bâtisseurs romans, ce parcours permettra de montrer ce qui se fait en termes de restauration ou de création contemporaine en dirigeant les visiteurs vers les artisans d’art ou les compagnons de la région.»
Office de tourisme d’Aulnay : 05 45 33 14 44
Philippe Lemasson
Saint-Savin initiation à l’art mural L
’abbaye de Saint-Savin abrite en son église le plus vaste ensemble connu de peintures romanes, classé au patrimoine mondial par l’Unesco, et le Centre international d’art mural (CIAM). Le combat des rois (dont la restauration sera achevée en septembre), l’arche de Noé, la construction de la tour de Babel, le passage de la mer Rouge, la création des astres composent les principales scènes d’une surface peinte de quelque 460 m2. La découverte des peintures se fait lors de visites guidées ou à la lumière du parcours scénographique installé dans treize anciennes cellules de moines. Poitou ro-
man, symbolique, restauration des peintures, féodalité, livres saints... l’itinéraire thématique, qui utilise des supports visuels, sonores, tactiles, permet une approche de l’époque romane et restitue les peintures dans leur contexte historique, social et technique. Le CIAM, ouvert aux publics scientifique ou amateur, développe la connaissance de l’art mural (formation, recherche...), aborde toutes les techniques et toutes les périodes. Pendant le mois de juillet, des initiations tous publics, qui rassemblent 8 à 12 personnes, sont mises en place. Les apprentissages – pein-
Marc Deneyer - CIAM
ture à la cire, détrempes, fresques, techniques d’art mural – se déroulent «sur murs» au sein d’ateliers installés dans le logis abbatial. En septembre, le CIAM propose un module complet de formation aux techniques de fresques et une introduction à l’art pariétal préhistorique, animations également destinées à tous les publics.
Abbaye de Saint-Savin, visites, renseignements : 05 49 48 14 33. Centre international de l’art mural, stages tous publics : 05 49 48 66 22 et www.artmural.org
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La Saintonge au crépuscule
«
’église Saint-Eutrope dont la crypte abrite la châsse du saint, avec déambulatoire et chapelles rayonnantes, a vraiment été conçue pour gérer les flux et préserver la tranquillité des moines. Toutefois les pèlerins n’allaient pas tous à S a i n t - J a c q u e s » , explique Christian Gensbeitel, directeur de l’Atelier du patrimoine de Saintonge. «Dans cette région traversée par le grand chemin de Tours, il existe des traces réelles mais dispersées du pèlerinage vers Compostelle. Et il faut être prudent quant à ses conséquences sur l’architecture dont l’essor fut plus tardif.» Les animations organisées par l’Atelier du patrimoine permettent de relever quelquesunes de ces traces et de découvrir, dans la pénombre estivale, des architectures reli-
L
gieuses, civiles, ou des villages. Ces indices sont visibles lors des Visites du soir, fruit d’un partenariat avec le Pays de Saintonge romane*. Elles sont gratuites et se déroulent de juillet à septembre dans une dizaine de communes. Rituel apprécié : les candidats se retrouvent devant l’église entre 20h30 et 21h pour une instructive balade à la fraîche. Autre temps fort de l’été, les Noctambulations au cœur de la cité saintaise, organisées avec l’office de tourisme. Deux circuits, agrémentés d’interventions artistiques, sont proposés (sur réservation) à partir de 21h30. Le premier, intitulé «Des païens aux paroissiens», remonte aux temps antiques et rejoint le quartier des Jacobins, lieu du Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine. Le second et nouvel itinéraire, «Du quartier des tanneurs au quartier des Jacobins», démarre au pied de Saint-Europe et permet d’imaginer que les pèlerins, venus vénérer les reliques de l’évêque martyr ou en route vers la Galice, trouvaient là gîte et couverts.
Office de tourisme de Saintes : 05 46 74 23 82 et www.ot-saintes.fr Atelier du patrimoine de Saintonge : 05 46 92 06 27 *Le Pays de Saintonge romane organise également les Visites contées (05 46 97 22 96) par Kamel Guennoun.
Claude Pauquet
Parthenay : les chemins de l’information
u sol, des coquilles de bronze marquent un chemin latéral à la via Turonensis. Au mur, des écrans livrent des pas, des visages, des paysages et des bruissements de voyage. Les images, animées ou fixes, suggèrent une pénombre étudiée pour l’explorateur internaute. Des panneaux plus traditionnels parlent de pèlerinage et d’hospitalité. La salle du patrimoine de Parthenay, située près du quartier Saint-Jacques, présente l’exposition de l’été : «De l’accueil à faire aux pèlerins». Ouvert depuis 1999, l’espace est à la fois lieu de valorisation permanent du patrimoine local et Centre régional d’interprétation des chemins de Saint-Jacques. Sa particularité tient à sa composante «technologies de l’information et de la commu-
A
nication». «Les vidéos, permanentes et mobiles, proposent une immersion poétique à travers la vision et la réflexion des artistes de Temps réel qui ont fait à pied le chemin de Compostelle», explique MariePierre Parthenay, animatrice du patrimoine et directrice de l’association Atemporelle. L’événement temporaire de cet été bénéficie d’une présentation traditionnelle textes-images : mise en valeur de Parthenay et du Poitou-Charentes, carte des quatre grands chemins, extraits du Guide du pèlerin (XIIe siècle) par Aimery Picaud, rôle des ordres monastiques, dangers, franchissement des fleuves, etc. Ces clés de lecture précèdent la consultation du site Internet de l’exposition et des liens plus généraux préalablement sélectionnés. «Histoire, étapes régionales, patrimoine européen, architecture... On peut aussi accéder à la rubrique Actualité du pèlerinage faite de témoignages contemporains. C’est un formidable outil, qui oblige à un travail de réflexion sur la manière de hiérarchiser l’information, de travailler avec différents publics en proposant plusieurs niveaux de compréhension.»
«De l’accueil à faire aux pèlerins», salle du patrimoine, à Parthenay. Association Atemporelle : 05 49 63 13 86
Philippe Nominé
1356 À NOUAILLÉ-MAUPERTUIS
Le quartier de l’ancienne abbaye fortifiée, qui domine une prairie où serpente le Miosson, a été restauré. C’est dans ce cadre que les habitants jouent, chaque année en mai, un spectacle en plein air qui évoque l’époque de la fameuse bataille de 1356 où le roi Jean le Bon céda devant le Prince Noir.
732 : LE SITE DE LA BATAILLE
A deux pas de Vouneuil-sur-Vienne, le site de Moussais-la-Bataille a été aménagé à des fins pédagogiques et touristiques (entrée libre). Des tables de lecture, illustrées et très documentées, traduites en anglais et en arabe, permettent de saisir les enjeux de cette «bataille de Poitiers».
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Claude Pauquet
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