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Aviation : Plus léger que l’air

Aviation – Histoire – Article :

Plus léger que l’air. Marie Thébaud-Sorger raconte dans quel climat intellectuel et social les ballons ont été inventés à la fin du XVIIIe siècle. Marie Thébaud-Sorger est chercheur au Centre François Viète à Nantes et achève un doctorat à l’école des hautes études en sciences sociales (Paris).

Entretien réalisé par Jean-Luc Terradillos, photo : Stéphane Bellanger. Illustration : gravure de Le Campion.

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    histoire
    Marie Thébaud-Sorger raconte dans quel climat intellectuel et social les ballons ont été inventés à la fin du XVIIIe siècle Entretien Jean-Luc Terradillos Photo Stéphane Bellanger
    Plus léger que l’air L e 4 juin 1783, Etienne et Joseph Montgolfier présentent publiquement leur découverte à Annonay, en Ardèche, où ils possèdent une fabrique de p a p i e r s . L’histoire retiendra ce jour comme celui du premier vol d’un ballon à air chaud. La nouvelle, aussitôt portée à Paris, crée un engouement extraordinaire et une compétition avec le monde scientifique de la capitale. Qui réussira le premier vol humain ? Des souscriptions sont lancées. Aidé des fabricants d’instruments Robert, le physicien Jacques Charles est en train de mettre au point le premier ballon à hydrogène. Finalement, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes réussissent l’exploit, devant un parterre prestigieux, le 21 novembre 1783 à la Muette, dans une «montgolfière» ; dix jours plus tard, c’est au tour de Charles et Robert de s’élever dans les airs depuis le jardin des Tuileries, le 1er décembre 1783, devant Paris en liesse. L’Actualité. – Qu’est-ce qui poussa les frères Montgolfier ? Marie Thébaud-Sorger. – Les frères Montgolfier sont des manufacturiers, qui cultivent les sciences par curiosité. Ils incarnent la figure type de «l’inventeur», un peu en marge du monde savant. Ils ont cependant les moyens matériels et intellectuels de mener leurs expériences. Etienne a étudié les mathématiques et l’architecture, Joseph, la chimie et la physique (en autodidacte). Alors que la re-
    cherche sur les gaz est en plein essor, les Montgolfier utilisent, paradoxalement, les propriétés de l’air chaud. Leur invention tient au fait qu’ils ont compris la nécessité de changer d’échelle pour soulever des masses lourdes. Ils n’inventent pas la bulle de savon mais le vaisseau aérien. L’expérience va contre le sens commun mais elle exprime cette rationalisation du monde où c’est à la science de produire des merveilles dans la perspective des progrès de l’entendement humain – vaste programme de la philosophie des Lumières. Comment expliquer la compétition acharnée qui s’engage dès les premiers vols ?
    Gravure de Le Campion : «Montgolfière de Pilâtre de Rozier et du marquis d’Arlandes, premiers navigateurs aériens, le 21 novembre 1783»
    Chercheur au Centre François Viète (centre d’histoire des sciences et techniques de l’Université de Nantes), Marie Thébaud-Sorger achève un doctorat à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris) sur «L’aérostation : savoirs et pratiques à la fin du XVIIIe siècle», sous la direction de Daniel Roche et Eric Brian. Elle est invitée à donner une conférence sur «L’invention du plus léger que l’air et l’utopie du vol dirigé», à l’Espace Mendès France, le 17 février 2004 à 18h30.
    Cette invention suscite une effervescence qui conquiert l’espace public. Le ballon devient à la mode. Ainsi, des gravures populaires diffusent immédiatement les expériences, de même qu’apparaît un marché des ballons miniatures… Cela stimule les entrepreneurs de province, qu’ils soient professeurs de physique, apothicaires, médecins, libraires, etc., en quête de reconnaissance sociale : une trentaine d’expériences de vols sont tentées en 1784 en France dans différentes villes. A cette époque l’invention est également un moyen de distinction offrant des possibilités de développement de manufactures – avec, parfois, des privilèges royaux. Mais ces expériences relèvent plutôt d’une émulation que d’une concurrence. En effet, elles n’ont aucun but lucratif et sont avant tout une célébration du progrès en place publique. Un public «éclairé» marque ainsi son existence par le soutien ostentatoire à l’expérience et ce phénomène social accompagne la caractérisation de l’espace public prérévolutionnaire.
    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 62 s
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