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Création : Jean-Luc Dorchies

Création – Article : Jean-Luc Dorchies, les chevaliers de Vicq. Quelques aspects de l’oeuvre d’un artiste qui revisite les codes de l’érudition et les mythes littéraires. Jean-Luc Dorchies dirige l’Ecole d’arts plastiques et le programme de la chapelle Jeanne d’Arc à Thouars.

Entretien réalisé par Jean-Luc Terradillos, oeuvres de l’artiste en illustration.

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    création
    Quelques aspects de l’œuvre d’un artiste qui revisite les codes de l’érudition et les mythes littéraires Entretien Jean-Luc Terradillos
    Jean-Luc Dorchies Les chevaliers de Vicq A vec un esprit de curiosité digne des Lumières e t un humour pince-sans-rire, Jean-Luc Dorchies reconstruit un monde où l’on peut, par exemple, croiser les chevaliers du Graal exhumés d’une forêt poitevine, collectionner les images des figures consacrées par le Petit Larousse ou bien rêver l’histoire naturelle. Un monde très organisé qui est aussi un plaidoyer pour les sciences humaines. L’Actualité. – Vos séries de photographies semblent liées à l’enfance, comme ces vignettes de héros qu’on collectionne à l’école.
    Ce n’est pas mon point de départ. En premier lieu, je m’intéressais à la culture classique. Après des études de lettres et d’histoire de l’art, j’ai été l’assistant de Jacqueline Boccador, antiquaire et expert à Paris, spécialisée dans la statuaire et le mobilier du Moyen Age et de la Renaissance. Entre 1992 et 1994, j’ai passé ma vie au contact de ces œuvres et j’ai fait des recherches sur l’iconographie de la sainteté, en particulier dans l’énorme ouvrage de Louis Réau, Iconographie de l’art chrétien. Ces représentations sont pleines d’étrangetés, notamment parce que l’objet, comme attribut du saint, y tient une place importante. Il y avait là matière à faire des portraits photographiques et à raconter des histoires avec les moyens les plus ordinaires. J’ai commencé par un autoportrait en saint Sébastien avec des fléchettes à ventouses plastiques collées sur mon torse. Puis j’ai fait appel à des amis et des connaissances pour réaliser Jean-Luc Dorchies. –
    Jean-Luc Dorchies dirige l’Ecole d’arts plastiques et le programme de la chapelle Jeanne d’Arc à Thouars. Il est lauréat 2001 du prix Jeunes créateurs en PoitouCharentes, décerné par l’association Marguerite Moreau et la ville de Châtellerault. Le prix 2002 revient à Erwan Venn, artiste que nous présenterons dans une prochaine édition. Leurs travaux sont exposés dans la galerie de l’ancien collège, dans l’Ecole d’arts plastiques de Châtellerault, jusqu’au 30 octobre. Tél. 05 49 93 03 12 18
    s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 62 s
    70 portraits de saints, avec pour accessoires toujours des objets domestiques. Ce travail était accompagné d’une publication bimestrielle, La Sainte Lettre, conçue comme les fascicules publiés par les érudits. Comment êtes-vous passé à l’histoire naturelle ?
    A Paris, j’ai ouvert la série des Brichtomps. Il s’agit d’autoportraits découpés selon des formes ressemblant plus ou moins à des insectes, épinglés dans des boîtes et légendés, pour constituer une fausse entomologie façon XIXe siècle. Grâce à la photographie, j’ai compris qu’il m’était possible d’avoir totalement prise sur le monde et de le raconter, sans pour autant bouger de ma chambre. A p r è s mon installation à la campagne, dans la Vienne, j’ai passé un an à scanner toutes sortes de végétaux et de créatures animales que j’inscris maintenant dans «la leçon de choses». Dans cette série en cours, il y a des animaux créés de toutes pièces avec les restes des victimes de la grande distribution – par exemple, le drapon, constitué des pattes et de la tête d’un chapon – auxquels il arrive des aventures… qui se finissent toujours mal. Comment sont apparus les chevaliers ?
    g i n é des panoplies et incarné douze chevaliers. Comme dans le roman, la rencontre a lieu dans la forêt, au printemps, j’ai fait des prises de vue dans un bois au moyen d’un sténopé, système archaïque qui permet de retrouver l’aspect originel de la photographie, simple et brut. Chaque image de la série résulte d’une double exposition de la vue forestière et de l’autoportrait en chevalier. Ces images n’ont-elles pas aussi un caractère ethnographique ?
    Dans ma maison de Vicq-sur-Gartempe, l’ancien propriétaire avait laissé un étonnant bric-à-brac de campagne. Il me fallait en faire quelque chose. La lecture du Conte du Graal de Chrétien de Troyes m’a mis sur la piste des chevaliers. Quand Perceval rencontre pour la première fois des chevaliers, il s’extasie devant leur attirail et leur demande de nommer chaque objet : lance, bouclier, haubert, heaume, etc. Ayant moi-même une obsession des objets, j’ai ima-
    Certainement, mais j’ai un grand projet en cours, «Chamans et sorciers», qui ira encore plus loin dans cette optique, une sorte de travail d’ethnologue. A des figures de chamans, je voudrais associer une mythologie – inspirée de récits et pratiques existantes –, et des objets de la vie quotidienne chargés d’un pouvoir «magique». Plastiquement, cela pourrait se concrétiser par des portraits photographiques, des films super 8 montrant des gestes, des entretiens enregistrés entre le chaman et l’ethnologue. Evidemment, je jouerais les deux rôles, car, vous l’avez compris, il s’agit de faire le monde par soi-même. J’ai accumulé énormément de notes sur ce projet mais j’ai le sentiment de me trouver dans la situation d’un thésard qui ne voit pas le bout du tunnel. En fait, l’ethnologie me passionne. J’ai lu des récits extraordinaires. C’est, dans les sciences humaines me semble-t-il, le regard le plus sérieux sur le monde. Dans cet intérêt pour les particularités, il y a quelque chose d’universel et d’essentiel. Il est regrettable que ces différences disparaissent. J’ai envie de me souvenir, pour le peu qu’il en reste. Mais il est hors de question que j’aille enquêter en Amazonie… s s L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES s N° 62 s 19


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