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J.-J. Salgon : Les cimetières de La Rochelle

Les cimetières de La Rochelle. L’écrivain Jean-Jacques Salgon poursuit ses « promenades » rochelaises à la recherche de lieux insolites ou à l’écart.

Photos : Kate Barry.

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    Les cimetières de La Rochelle L’écrivain poursuit ses «promenades» rochelaises à la recherche de lieux insolites ou à l’écart Par Jean-Jacques Salgon Photos Kate Barry CIMETIÈRE PAYSAGER
    «L’homme moderne – disait Robert Musil – naît en clinique et meurt en clinique.» Eh bien le mort moderne, savez-vous où on l’enterre désormais ? On l’enterre dans un cimetière paysager. Et qu’est-ce qu’un cimetière paysager ? C’est précisément un cimetière installé dans un endroit où il n’y a pas ou plus de paysage. Car il semble bien que l’on ne 38
    puisse «paysager» que ce qui de soi-même ne fait pas paysage. (Il ne viendrait en effet à personne l’idée de qualifier de «paysager» le Père-Lachaise ou bien le cimetière marin de Sète, ou bien encore celui de SaintEugène à Alger.) De là ce caractère irrémédiablement factice malgré tous les efforts dépensés pour tenter de donner à ce «paysager» un semblant de naturel. Ainsi, le cimetière paysager de La Rochelle, installé entre l’autoroute de l’île de Ré et l’aérodrome (comme s’il fallait assurer aux convois funéraires du futur toutes les facilités d’accès), n’échappe pas à cette malédiction d’apparaître, malgré toutes sortes de contorsions ornementales et arboricoles, comme parfaitement artificiel, et aussi
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    empêtré dans sa propre représentation qu’un simulacre de vignoble ou d’oliveraie au centre d’un rond-point (cela se voit parfois sur les routes du Gard). On y entre d’emblée comme dans quelque chose qui n’arrive pas à ressembler à un parc ou à un jardin public, et où l’on s’abstiendra donc d’aller promener son chien ou sa progéniture. Au détour d’un chemin – mieux vaudrait dire pour rester dans le ton d’un «cheminement piétonnier» – on se retrouve nez à nez avec une petite concentration de tombes posées sur une verte pelouse, en bordure d’une haie de noisetiers. On pourrait presque croire que les morts sont en train de pique-niquer. C’est aussi une manière de petit village olympique, comme si l’on avait cherché à rassurer les morts en les regroupant arbitrairement ainsi au cœur d’un vaste espace vert, comme si l’on attendait d’eux qu’ils y reconstituent une sorte de communauté sociale où chacun serait enchanté de pouvoir bénéficier de la proximité bienfaisante de voisins, du calme et de l’isolement propices à l’avènement de futurs exploits. D’ailleurs, il n’y a plus trace sur les tombes de granit gris ou noir polies jusqu’au miroir de quelque emblème religieux que ce soit. Pas de croix, pas de Christ, pas de Sainte Vierge, pas de
    Sacré-Cœur, pas même de ces mains s’empoignant l’une l’autre, telles que l’on en voit à Saint-Éloi. Pas l’une de ces sentences morales, de ces citations latines ou de ces vers de mirlitons célébrant naïvement les qualités du défunt ou le caractère éphémère de la vie. Non. Rien qui puisse évoquer d’une manière ou d’une autre la moindre pensée devant la mort. Au contraire, ce sont des représentations imagées évoquant les activités, le métier ou le hobby de celui qui, il y a sans doute moins d’une heure encore, s’y adonnait dans la plus insouciante joie de vivre : celui-ci était-il musicien ? Voici son violon. Ce jeune homme était camionneur ? Voici en perspective l’habitacle de son semi-remorque. Cet autre jouait au football ? Voici son ballon et ses chaussettes. Pour ce marin pêcheur, c’est un joli chalutier. Pour cet amoureux de la mer, un dauphin. Au village olympique du cimetière paysager, il ne manque que la connexion Internet, une musique d’ambiance, un petit écran vidéo où chaque mort aurait son site personnel. Comment expliquer qu’un tel lieu soit pour moi mille fois plus angoissant qu’un bon vieux cimetière d’antan ? C’est que d’une certaine façon, la mort y est réduite à n’être plus qu’une singerie du vivant.
    Ci-dessus : le cimetière de Saint-Éloi. Page de gauche : le cimetière paysager de La Rochelle.
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    atlantique CIMETIÈRE DE SAINT-ÉLOI
    CIMETIÈRE DE LALEU
    1. Femme germaine, chef de horde, venue d’outre-Rhin après la mort de son époux Grim-Hard, et qui fut accueillie en ces lieux par le comte Guillaume d’Aquitaine qui lui octroya des terres de franc-alleu (Laleu). Devenue naufrageuse pour pouvoir acquitter un impôt que lui réclamait injustement l’évêque Elbe II, elle se jeta du haut d’une falaise après qu’elle eut reconnu son propre fils parmi ses victimes.
    Au cimetière de Laleu, au moins, on peut dire que les morts sont bien morts, et même morts et enterrés. C’est un tout petit quadrilatère ceint d’un mur de pierres, jouxtant une église romane en ruine, un cimetière comme on en a toujours connu. Il est empli de vieilles tombes de calcaire blanc, avec d’antiques stèles que les mouvements d’un sol instable ont fait pencher en tous sens. Les dalles sont usées et fissurées, avec des noms parfois effacés. Sur certaines d’entre elles, depuis longtemps tombées en déshérence, on a apposé une petite plaque portant cette mention : «Cette concession réputée en état d’abandon fait l’objet d’une procédure de reprise.» Dans un coin que cette procédure a justement dû permettre de récupérer, des employés municipaux sont occupés à ratisser le sol qu’ils viennent de retourner. On dirait qu’ils s’apprêtent à y semer un carré de radis. Quelque chose d’agreste, de joyeusement saisonnier, baigne les lieux. On est ici dans un décor provincial, marqué par les anciennes divisions de classe, les tombes souvent modestes semblent s’être placées sous l’égide d’un opulent mausolée érigé à la gloire d’une famille de Courville, comme on voit les maisons d’un hameau médiéval se serrer autour du château fort. On trouve çà et là des fragments d’un matériel funéraire que le temps s’est employé à briser, comme s’il cherchait, dans cette histoire de mort et d’éternité, à avoir le dernier mot. Vases ébréchés, corps de Christ en lambeaux, fleurs artificielles aux teintes délavées, vierges décapitées. L’église Saint-Pierre, bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale et qui n’a jamais été reconstruite, apparaît comme une ruine antique et finalement, par une sorte d’inversion des rôles, comme l’appendice désaffecté d’un cimetière qui, lui, aurait mieux su qu’elle résister aux vicissitudes du temps. «On ne tue pas la mort» semble dire le petit cimetière pimpant de Laleu, et sur lequel continue de planer le souvenir de Myria1, cette naufrageuse dont la mémoire locale a conservé le souvenir douloureux à travers le nom devenu toponyme de la Repentie.
    Le bon saint Éloi, célèbre promoteur de la culotte à l’endroit, a, quant à lui, donné son nom à un antique quartier de La Rochelle, lequel l’a transmis ensuite au plus grand cimetière de la ville. Si le cimetière paysager évoque un village olympique, celui de Laleu un village médiéval, au cimetière de Saint-Éloi on entre dans la ville moderne. Comme pour les villes, on remarque en effet que les quartiers chics sont situés à l’ouest et les quartiers populaires à l’est. Disons qu’à l’ouest sont les tombes anciennes, souvent délicatement patinées, parfois artistement ruinées et arborées à la manière d’une fabrique, certaines même embroussaillées d’un laurier-sauce ou d’un yucca géant revenus à l’état sauvage. On se rend vite compte, en circulant parmi les mausolées pompeux, les tombes ornées de jeunes orantes modern style, les édicules aux porches néogothiques ou les strictes stèles protestantes, que toute la bonne société rochelaise se retrouve là, tout comme le petit monde proustien au cimetière de Picpus. Cela va d’un Monseigneur, un baron ou un consul, à un capitaine au long cours «Maître des phar e s des baleines», d’Alcide d’Orbigny à Léonce Vieljeux, mort en déportation et entouré à présent de quatre lourdes chaînes de bronze. Parmi cette forêt de monuments plus ou moins délabrés et croulant en ce jour gris de novembre sous des monceaux de chrysanthèmes, au beau milieu de tout ce négligé chic à quoi se reconnaît l’apanage d’une classe sociale que les vicissitudes de l’Histoire n’ont jamais réussi à mettre à bas mais ont fini tout de même par rendre plus cool, on remarque une petite tombe plate entièrement tapissée de carreaux de faïence blancs : c’est celle – une inscription nous le signale – d’une certaine Anita Rolineau. Comme ce rigoureux parallélépipède carrelé de blanc se trouve recouvert jusqu’à saturation d’une multitude de petits objets funéraires, tous plus kitsch les uns que les autres, on ne peut s’empêcher de penser que l’on vient de faire la découverte d’une œuvre contemporaine restée méconnue, fruit de la collaboration secrète de Jean-Pierre Raynaud et d’Annette Messager. En franchissant la ligne de démarcation que constitue l’allée des tilleuls longeant les parcelles 1 et 2, on quitte le faubourg Saint-Germain pour entrer, côté est, dans la zone pavillonnaire dévolue à la middle class. C’est une morne étendue de tombes en granit poli, où le gris devance nettement le noir ou le rose. A perte de vue des centaines de pots de chrysanthèmes sont venus s’échouer ici après avoir, d’un seul mouvement, quitté les jardins des horticulteurs et transité par les boutiques de fleuristes ou les parvis de grandes surfaces (l’idée de ce mouvement d’ensemble, réglé sur la marche du calendrier, lui-même gouverné par les lois de la mécanique céleste, prend soudain dans mon esprit une dimension cosmique). De ce foisonnement floral et stéréotypé s’échappe
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    une forêt de stèles de granit, toutes plus hideuses les unes que les autres et dont les formes anguleuses et violemment dissymétriques évoquent celles de morceaux de vitre brisée ou de tablettes de chocolat entamées. Une sorte de hargne révulsée se dégage de ce champ de pierres plantées. Il est patent que tout, dans ce maudit «quartier est», est fait pour agir comme un repoussoir. Si l’on a un tant soit peu le souci de son standing, de son cadre de mort pourrait-on dire, ou simplement celui de ne pas déprimer à jamais sa descendance, on réservera impérativement «côté ouest». Mieux vaut encore squatter dans un vieux mausolée délabré que finir dans l’une de ces tombes fonctionnelles aux airs de cuisine intégrée. Voici qu’en s’éloignant d’un pas vif des tablettes de chocolat mal croquées (et mal léchées), on rencontre enfin quelques espaces protégés et mieux aérés, domaines militaires ou religieux, qui semblent bénéficier d’un goût mieux affirmé et d’un entretien plus soutenu. On se dit que pour le décor et la maintenance, mieux vaut mourir dans une institution, les familles d’aujourd’hui ayant d’autres chats à fouetter que de s’occuper de leurs morts. Pour les marianistes ou pères et frères de la Société de Jésus, le calcaire est parfaitement récuré. Le 123e régi-
    ment d’infanterie bénéficie d’un monument datant de 1886, de quatre bouches de canons, huit obus enchaînés et d’une jolie petite haie de buis soigneusement taillée. Les soldats et marins morts à la guerre de 14-18 ont quant à eux un parc de croix blanches fraîchement repeintes et ornées de jolies cocardes tricolores. Les croix sont plantées devant des parterres de pelouse bien tondue ou des quadrilatères de fin gravier blanc. Au centre de ce carré militaire, quatre gros cyprès étêtés encadrent un mât blanc prévu pour hisser un drapeau. Les croix parfaitement alignées et rigoureusement identiques évoquent un régiment pendant la revue auquel le sous-officier viendrait tout juste de crier «repos !». Cependant cette belle régularité est rompue çà et là par le couac de deux ou trois stèles en forme de planche coranique, directement fichée en terre. En s’en approchant on peut se convaincre que si chaque croix porte bien le nom et le prénom d’un soldat «mort pour la France», sur ces stèles dissidentes ne figure que cette laconique mention : «1 tirailleur sénégalais», ce «un» écrit comme un chiffre en disant d’ailleurs encore plus long que l’absence de patronyme sur ce qu’ont été les réalités de la guerre et de la colonisation.
    Ci-dessus : le cimetière de Saint-Maurice (à gauche) et le cimetière de Saint-Éloi.
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    atlantique Ô mort Ô tombe pourquoi vous craindre? Ô mortels insensés pourquoi vous plaindre? La mort, mais c’est la liberté Qui prend son vol vers l’immortalité. Alors on se dit qu’au cimetière de Saint-Maurice, le m o r a l des morts est au beau fixe et que Michel Crépeau, qui n’avait rien d’un rabat-joie, a bien eu raison de s’y faire enterrer. CIMETIÈRE DE LA ROSSIGNOLETTE
    CIMETIÈRE DE SAINT-MAURICE
    2. Bernard Michon, dans son Histoire des 1 250 rues de La Rochelle, nous apprend : «Ce serait à la ferme de l’Epine que serait décédée Norma Tessum Onda dont la stèle au cimetière de SaintMaurice fit croire aux historiens qu’il s’agissait de la fille de George Sand et d’Alfred de Musset.» Nous reviendrons sur cette histoire. 3. Sur l’excellent site de François Del Boca consacré au port de La Pallice, lire le récit de cet accident qui fit 176 morts et 138 blessés. 42
    A Saint-Maurice, on quitte la grande Histoire pour l’intimité d’un petit jardin de curé, clos d’un joli muret, mais devenu presque incongru par les effets d’une urbanisation qui a fait se dresser tout autour des murs de béton ou des façades d’immeubles hérissées de paraboles. Le vieux portail est entrouvert, le cimetière désert, les tombes bien rangées et toutes tournées dans la même direction comme des transats attendant les baigneurs sur une plage. Un gros matou rouquin que l’on dérange surgit de derrière une stèle en lançant vers nous son regard chargé d’opprobre. Çà et là, les arbres en bosquets ont l’air de vétérans, l’un d’eux appuyant même ses vieilles branches tordues sur d’énormes béquilles. Un vieux cyprès rendu obèse par une ancienne décapitation mêle sa verdure pérenne à celle d’un énorme laurier-sauce luimême assailli par un solaneum bien décidé à porter au plus haut ses petites fleurs blanches. Un olivier et un chêne vert achèvent de donner aux lieux une note provençale. On s’attend à croiser Frédéric Mistral mais c’est Eugène Fromentin que l’on retrouve (on a vu sa maison tout près de là). La stèle de sa tombe est ornée de son portrait en médaillon et porte cette sentence latine résolument optimiste : Sursum corda. On retrouve cette sentence dupliquée sur une tombe jumelle qui porte elle aussi en médaillon le portrait de son locataire : un certain Alexandre Billotte. Un peu plus loin une mystérieuse Norma Tessum Onda2, morte en 1875, et qui dut être poétesse ou chanteuse puisque l’on a gravé une lyre audessous de son étrange nom, a fait l’objet d’une épitaphe moins concise mais tout aussi optimiste :
    A la Rossignolette, qui se trouve à deux pas, le nom conserve quelque chose de guilleret. Là aussi, on doit bien s’amuser : un nom pareil, ça vous a des airs de guinguette et de guignolet, c’est même un peu canaille, comme le rossignol du monte-en-l’air. Si le guignolet est bien confirmé par les gros cerisiers bordant les allées, la guinguette, hélas, a depuis longtemps fermé ses volets. En matière de joyeux drille, on ne croise qu’un fossoyeur au teint bistre, vêtu d’un bleu de chauffe, avec une longue barbe, et qui fait pour le coup une gueule d’enterrement. On a tôt fait de comprendre, cherchant une complicité parmi les noms gravés sur les tombes, que ce n’est pas avec un Téophile Lebuffe ou une Eugénie Couillaud que l’on va pouvoir passer du bon temps. D’ailleurs, tout est très strict, au cimetière de la Rossignolette. C’est un parfait rectangle quadrillé d’allées rectilignes, une sorte de repère cartésien où l’homogénéité sociale semble parfaite. A la pointe de l’axe des Y, on trouve toutefois, adossées au mur de clôture, les trois tombes de l’illustre famille Delmas, qui, par cette position privilégiée, bénéficient de la meilleure perspective sur l’allée centrale et le portail d’entrée. Les trois stèles en fronton de temple grec, qui ne craignent pas qu’on les confonde avec les porches d’une taverne ou d’un bar à matelots, semblent peser de tout leur poids sur un ordre immuable et séculaire, un rêve protestant de justice et d’égalité. Jetant un regard panoramique sur ce cimetière à la fois morcelé et uni, réticulé et émietté comme une ville peinte par Vieira da Silva, on remarque en son centre un monument assez imposant et qui semble bien être, avec deux petites vérandas en forme de guérite que l’on a précédemment remarquées, l’une des rares curiosités d’un lieu plutôt passe-partout. En s’en approchant, on découvre qu’il s’agit d’un monument aux morts constitué d’un haut mur de pierre faisant face à un quadrilatère gravillonné et entouré d’une double barrière de métal. Sur le mur, on peut voir un bas-relief représentant dans le style Art Nouveau une femme voilée tenant à la main une palme. De part et d’autre sont alignés, par colonnes de 30, 177 noms, rangés par ordre alphabétique. Cela va d’Antonio Alexio à Weine Georges. Ces noms sont
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    ceux des victimes de l’explosion des usines Vandier et Despret3, le matin du 1er mai 1916. Placé ainsi au cœur de l’humble cimetière de la Rossignolette, un lieu pour tout dire assez modeste et plan plan, ce curieux monument, presque disproportionné, semble avoir gardé le pouvoir quasi surnaturel de faire entendre encore le bruit d’une formidable déflagration. On se sent soudain personnellement concerné par un événement pour lequel les témoins directs ne doivent plus être tellement nombreux. C’est pourquoi l’on décide de se rendre prochainement à la médiathèque afin d’y consulter les journaux de l’époque4. En attendant, on retraverse, la tête encore toute bourdonnante d’une étrange rumeur, l’avenue d’Athènes. De l’autre côté, des tombes neuves aux divers coloris attendent sur le trottoir les futurs clients. EPILOGUE
    fonctionnelles et sur lesquelles circulent des semiremorques, et à cette heure donc, où le soleil couchant accroche ses derniers feux aux hangars et aux hautes grues du môle d’escale, où s’allument en guirlandes les lampadaires du pont de l’île de Ré, c’est dans cette étrange clarté de fin des Temps, que l’on retrouve un soir, coincé entre un transformateur électrique et une aire de stockage de cont a i n e r s , un tout petit monument commémoratif construit sur les lieux même de l’explosion, et qui semble à présent oublié de tous : ICI SONT MORTS POUR LA FRANCE 177 CIVILS ET MILITAIRES DANS L’EXPLOSION ACCIDENTELLE DE LA POUDRERIE VANDIER De l’autre côté de l’avenue, sur un terre-plein qui la domine, on aperçoit des monceaux de gravats. Ce champ de ruines que l’on a sous les yeux est une sorte de cimetière des temps nouveaux qui se nomme, un panneau nous le signale, Plate-forme de regroupement des déchets recyclables du B.T.P. s
    4. Voici un passage de La Charente Inférieure cité par L’Echo Rochelais du 5 mai 1916 : «Tout le monde fuyait, les maisons étaient démantelées, les vitres avaient craqué de partout, les cloisons étaient démolies. La population, comprenant qu’un immense malheur venait de la frapper, désertait les maisons, courait la campagne. Les uns gagnaient le bord de la mer, les autres, n’osant s’éloigner, se réfugiaient sur les hauteurs de la Rossignolette.»
    Entre chien et loup, la zone portuaire de La Pallice est un endroit propice à la rêverie. C’est au bout de l’avenue de la Repentie, avenue comme lacérée par des voies d’accès transverses plus récentes et plus
    Ci-dessous : le cimetière de la Rossignolette. Page de gauche : le cimetière de Saint-Maurice.
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