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En 2003, les archéologues ont mis au jour des pages inédites de notre histoire
Par Anh-Gaëlle Truong
Archives du sol une année de découvertes
A
Vue aérienne de la villa galloromaine de Jonzac : les thermes et le bâtiment sud.
lors que l’archéologie préventive a été largement perturbée en 2003 par de nouvelles dispositions législatives et les grèves qu’elles ont suscitées, une trentaine de fouilles programmées ont eu lieu en Poitou-Charentes. Nombre d’entre elles sont des chantiers pluriannuels, souvent des sites renommés comme Barzan, Chassenon, Agris, Prissé-la-Charrière, Rom, les mines d’argent d e Melle ou le Roc-aux-sorciers d’Angles-surl’Anglin. D’autres sites sont inédits comme la villa gallo-romaine de Jonzac.
VILLA GALLO-ROMAINE
Les prospections menées en 1999 en amont de l’aménagement de la Zac Val de Seugne de Jonzac ont révélé les fondations d’une vaste villa gallo-romaine. En 2003, la partie résidentielle a fait l’objet de recherches approfondies dirigées par Karine Robin. Le plan est typiquement aquitain : une bâtisse d’une centaine de mètres de long sur vingt de large avec une vingtaine de pièces s’articulant autour d’une pièce centrale en abside, «probablement le triclinium». «Ces villas sont assez communes en Aquitaine et plusieurs sont attestées par photos aériennes en Poitou-Charentes. Celleci sera la première à faire l’objet d’une fouille dans notre région», précise l’archéologue. Au nord, les grandes pièces semblent destinées à la réception tandis qu’au sud, les pièces devaient être réservées aux communs. La villa disposait d’un ensemble thermal complexe de 150 m2. A l’ouest, le terrain en pente douce jusqu’à la Seugne était probablement aménagé en jardin d’agrément tandis que les bâtiments agricoles occupaient la partie est du terrain. Karine Robin met l’accent sur la présence, dans le mur de façade, d’un bloc portant une inscription et peut-être prélevé sur une ancienne construction funéraire. En outre, l’écroulement d’un mur met à la disposition des archéologues 7 mètres d’élévation permettant de conclure à l’existence d’un étage. En 2004, les archéologues achèveront les fouilles de la partie résidentielle et réaliseront une prospection archéo-magnétique pour définir les limites construites de l’exploitation.
UNE STATUETTE À ROM
A Rom, antique Rauranum, cité secondaire gallo-romaine fouillée depuis 1994, la saison a été marquée, entre autres, par la mise au jour d’une statuette en pierre, d’une cinquantaine de centimètres de haut, «la
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 63 ■
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aux-sorciers. En 2003, les archéologues ont travaillé sur 30 m2 à l’intérieur de l’abri. D’ores et déjà, il a fourni des traces de gravures sur plaquettes, des objets en os décorés de motifs géométriques, des gravures très discrètes sur une paroi, des traces de peinture, des outils en os, des pointes de lance, des déchets alimentaires et une énorme quantité de silex. La grotte est riche en restes humains de tous âges, des deux sexes. «Mais aucun n’est retrouvé en sépulture, précise l’archéologue. En effet, le sol a été entièrement retourné par des blaireaux. Seul un fragment est daté de 17 500 ans.» Autre découverte : un silex fiché dans un crâne. A-t-il causé la mort ? S’y est-il fiché postmortem ? Les résultats des analyses paléontologiques le diront. Ces découvertes promettent de placer le Taillis des Coteaux au premier rang des sites d’intérêt en Poitou-Charentes pour l’étude de Cro-Magnon.
THERMES DE BARZAN
Ci-contre : la statuette découverte à Rom représente une déesse d’abondance assise, tenant une corne et un panier de fruits posé sur les genoux.
première découverte sur le site», précise Nadine Dieudonné-Glad. La statuette était probablement placée dans une niche, exposée au regard des passants. «Peutêtre était-ce même le symbole du quartier.» En effet, après avoir fouillé le quartier de la Grande Ouche, les archéologues se penchent depuis deux ans sur un nouvel îlot d’habitations et d’artisanat situé à l’intersection de deux voies romaines, dont probablement l’antique voie impériale Poitiers-Saintes.
ARCHÉOLOGIE INDUSTRIELLE
Entre Niort et Parthenay, la tannerie de Champdeniers a été construite entre le XVe et le XVIIIe siècle. Ce grand bâtiment de deux pièces fait partie d’un ensemble de 8 tanneries implantées le long d’un minuscule cours d’eau. «L’intérêt du site réside en grande part dans son utilisation sur plusieurs siècles», note Laurent Prysmicki, archéologue dirigeant les fouilles. Import a n t centre d’élevage à la fin du Moyen Age, Champdeniers est un pôle économique actif, renommé pour ses foires aux bestiaux jusqu’au milieu du XXe siècle. Depuis 2001, les archéologues ont mis au jour les structures liées à cet artisanat : fosses, cuves, bassins, aménagements hydrauliques… C’est le seul chantier de la région qui, tout en conservant ses contraintes scientifiques, est ouvert aux jeunes. Chaque année, une dizaine d’adolescents du centre socioculturel local s’initient aux pratiques de l’archéologie.
LE TAILLIS DES COTEAUX
De 1999 à 2001, Alain Bouet a dirigé les fouilles du vaste établissement thermal de Barzan, port antique de Saintes. Une publication scientifique exhaustive a paru en 2003 (Thermae gallicae, Ausonius, CNRS UMR 5607, fédération Aquitania). L’ouvrage mériterait une déclinaison accessible au grand public car Barzan est de première importance pour l’histoire de la région et du Sud-Ouest. «Une borne interactive sera installée sur le site pour une visite virtuelle des thermes tandis qu’une maquette de l’établissement, au 1/10e est en cours de construction. Elle sera placée au centre des thermes», précise Jean-François Baratin, conservateur régional de l’archéologie. ■
Fosses et bassin de la tannerie de Champdeniers, dans les Deux-Sèvres.
Laurent Prysmicki
Vue générale de la fouille de la grotte du Taillis des Coteaux, à Antigny dans la Vienne.
Depuis quatre ans, Jérôme Primault dirige les fouilles dans une grotte inédite de la Vienne. «Le Taillis des Coteaux à Antigny, dit-il, est de fait extrêmement bien préservé et documente des périodes mal renseignées (de - 14 500 à - 27 000 ans) dans la région.» Le site est contemporain des grottes de la Marche et du Roc-
Jérôme Primault
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