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L’univers graphique de Marion Girerd est peuplé d’adorables petits monstres
Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet
Marion Girerd
L’unique de l’image
M
arion Girerd invente ses propres histoires et se dit prête à croquer l’imaginaire des autres, s’intéresse de très près à la bande dessinée mais préfère l’illustration, s’engouffre dans un dessin, l’ouvre de précieux détails, y trace une tête blonde un tantinet inquiétante... Puis sourit, étonnée, de cette liberté qui lui est donnée de créer, depuis neuf mois et pour les quatre à venir : «Dessiner librement me comble. Le fait d’être ici, en résidence à la Maison des auteurs, pour travailler sur mon projet m’a permis de trouver une stabilité dans mon dessin.» Le projet de Marion Girerd, 26 ans, diplômée de l’Ecole supérieure de l’image (ESI) d’Angoulême, est un livre de jeux pour enfants tout petits. Dans ses images, des bambins attachants, drôlement expressifs, et des animaux étranges se partagent, à égalité, l’histoire et le décor. Le dessin, les couleurs, le prouvent et l’auteur l’explique : «Mon univers est calme, sucré, mais j’essaie d’y introduire des choses doucesamères, une pointe d’absurde. J’aime déformer mes personnages pour les rendre vivants, présents.» Sans doute ses Ninon, Alida et Chloé ont-elles l’ambivalence des êtres qui, souvent, plaisent aux petits monstres. L’édition jeunesse est en effet la destinataire privilégiée de la dessinatrice. «Moi-même, j’ai beaucoup lu et lis encore des livres pour enfants», avo u e - t - e l l e , admirative d’illustrateurs nommés Lisbeth Zwerger, Wolf Erlbruch, Kveta Pacovska... Avant de construire son univers graphique, Marion Girerd a, dès le plus jeune âge, dessiné des décors, des animaux, et... des princesses sans, semble-t-il, en envier le sort. Enfant, elle s’imagine artiste. Elle grandit à Nantes et des études de lettres achèvent de la rendre curieuse, avide, de littérature (Auster, Conrad, Dos Passos) et de bande dessinée. Lors d’un BTS communication visuelle, la jeune femme s’initie à l’infographie puis rejoint l’ESI et son option bande dessinée. Pour l’étudiante, pourtant lectrice assidue de bande dessinée, le champ découvert est immense. Parmi les révélations figurent Blutch, Lorenzo Mattotti ou des auteurs de mangas. Marion Girerd, qui s’intéresse également au cinéma d’animation, à la danse, à l’art contemporain et à la vidéo, s’essaie alors à la narration graphique dans la publication de l’école. Elle trouve l’art difficile, «laborieux mais émerveillant», et publie des histoires courtes dans Choco Creed. Elle renouvelle cette année sa collaboration à la publication collective et annuelle de jeunes auteurs d’Angoulême, sur le thème de la tendresse. «Après la science-fiction et l’horreur, ce thème est plus porteur pour mon univers.» Elle sait pourtant que, dans l’immédiat, sa priorité va à l’illustration, aux images uniques, oniriques, que son trait couvre de détails... «Pour que l’on puisse entrer dans l’image. Je n’aimerais pas, dit-elle, que mes images soient juste décoratives.» ■
Les travaux de Marion Girerd sont visibles sur lalali.com, coconino-world.com, cafe-creed.com et dans l’exposition Paquebot, à la Maison des auteurs d’Angoulême.
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