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Chine : Thierry Girard, la grande diagonale

Chine – Thierry Girard, la grande diagonale. Voyage photographique sur les traces de Victor Segalen.

Entretien réalisé par Jean-Luc Terradillos, photos : Thierry Girard.

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    Chine
    Voyage photographique sur les traces de Victor Segalen Entretien Jean-Luc Terradillos Photos Thierry Girard
    Thierry Girard
    La Grande Diagonale L e voyage photographique tel que le pratique Thierry Girard réserve tellement de surprises qu’il est au départ bien balisé ou bien dessiné, par des écrivains, par l’histoire ou par la géographie même. C’est, par exemple, la lecture de Claudio Magris qui lui a fait suivre le Danube. Au Japon, il a arpenté la route historique de Tôkyô à Kyôtô (La Route du Tôkaïdô, éd. Marval), illustrée par le grand peintre d’estampes Hiroshige et racontée par Nicolas Bouvier en 1955. Parmi ses nombreux travaux en France, citons sa traversée en diagonale de la Méditerranée à la mer d’Iroise (D’une mer l’autre, éd. Marval), son périple limousin autour de l’île de Vassivière et son parcours frontalier en Poitou-Charentes («Histoires de limites»). Son grand projet en cours est en Chine. En novembre et décembre 2003, il a commencé à photographier «La Grande Diagonale» tracée par l’écrivain Victor Segalen, voyage archéologique qui fut interrompu par la guerre en 1914. Le carnet de Segalen a été publié après sa mort sous le titre Feuilles de route (Œuvres complètes, édition établie par Henry Bouillier, Robert Laffont, coll. «Bouquins», 1995). Plus de 4 000 km à parcourir ! Lors de sa première mission (avec le soutien de l’Afaa, de la Drac Poitou-Charentes et de la ville de La Rochelle), Thierry Girard a suivi le fleuve Jaune et la rivière Wei, de Luoyang à Baoji via X’ian. L’Actualité. – En suivant l’itinéraire de Segalen e n Chine, ne faites-vous pas aussi une sorte d’archéologie ?
    Il est vrai que, depuis longtemps, la référence à Segalen est générique dans mon travail, à savoir l’esthétique du Divers, la confrontation du Réel et de l’Imaginaire qu’il a magnifiquement exprimées dans Equipée. Segalen m’a souvent accompagné, intellectuellement parlant, et cette fois-ci en étant sur ses traces, je fais en quelque sorte équipée avec lui, une équipée sensible et distante à la fois. Même si j’essaye de suivre son itinéraire le plus précisément possible, étape après étape, je ne cherche ni le mot à mot photographique de ses écrits, ni l’actualisation de sa mission archéologique. Segalen cherchait une Histoire enfouie et, à l’époque, négligée par les Chinois. Il fit de vraies découvertes et eut de formidables intuitions, en voyant Thierry Girard. –
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    par exemple le tombeau du premier Empereur Qin, Shi houangdi : soixante ans plus tard, des fouilles mettront au jour l’extraordinaire armée de guerriers en terre cuite. Aujourd’hui, presque tous les sites décrits par Segalen sont des lieux touristiques qui ont perdu leur «jus» romantique. Mon voyage photographique est à inventer, il ne peut être l’illustration nostalgique du voyage précédent. En traversant cette partie de la Chine, j’essaye de mettre en œuvre une forme de récit qui fonctionne de manière autonome par rapport à Segalen et dont les référents sont ceux d’une pratique photographique contemporaine. Il ne s’agit donc pas de signaler ou signifier que Segalen est passé par là, que les choses étaient comme ça… Les repères tangibles sont-ils plus subjectifs ?
    Ci-dessus : A Weinan, province de Shaanxi. A gauche : Mendiant du côté du 3e périphérique à Pékin. Famille de paysans à Ta nan près de Xianyang. Trois expositions de Thierry Girard à voir en Poitou-Charentes : à La Rochelle, «La grande diagonale. 1re étape» à l’Espace Gargoulleau du 10 juin à fin juillet, et «Jours ordinaires en Chine» à la médiathèque du 15 mai au 30 juin ; à Saintes, «Histoires de limites» à l’Abbaye aux Dames du 9 avril au 30 juin.
    discrète d’un paysage, un sentier boueux. Ce qui génère le plus de liens entre nos deux visions, ce sont des sensations. La dimension poétique et visuelle de l’écriture de Segalen m’inspire plus que ses descriptions savantes. Cet écart, n’est-ce pas aussi la modernisation ?
    Le carnet de voyage de Segalen témoigne du travail d’un archéologue qui est avant tout un écrivain. C’est certes un document savant, mais jamais neutre, souvent critique. Et surtout ces Feuilles de route sont parsemées d’annotations sur l’expérience du voyage et la sensation du paysage. Elles fourmillent d’éléments purement visuels et je les considère comme autant d’expériences que je peux revivre, même dans un contexte complètement bouleversé. Il s’agit en quelque sorte de photographier l’écart et la coïncidence. L’écart, un monde que Segalen n’a pas pu voir ; la coïncidence, un simple état de lumière, la couleur
    Je photographie un monde dont Segalen pressentait la venue et qu’il haïssait par avance. Il refusait la modernisation. Son rêve, c’est la Chine de la dynastie Tang (618-907). Or depuis mon voyage au Japon, j’ai envie d’être dans le vif du monde, de faire une photographie moins contemplative. La Chine m’offre un matériau exceptionnel. Ce pays est en train de réaliser un pari incroyable sur l’avenir. On y construit partout des villes nouvelles qui seront habitées dans un mois, dans un an, dans dix ans, par la future classe moyenne. D’où mon intérêt accru pour les gens et les scènes urbaines. Mais là, dans cette Chine encore modeste, j’essaye aussi de mesurer dans cette relation entre les êtres et leur espace une autre sorte d’écart, un écart entre rusticité et modernité… ■ ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 64 ■ 45
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