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Ci-contre : Begonia L. ‘Rubayiat’. Mrs Gere - 1941, semis de Begonia dichroa.
De Bégon à Plumier, la saga du bégonia V
i s i t e r le Conservatoire du bégon i a à Rochefort offre l’occasion d e partir à la rencontre de deux personn a g e s dont le destin est lié à l’histoire d e la ville et à la découverte du bégon i a . Le premier, Michel Bégon, est d e m e u r é célèbre. Nommé en 1688 int e n d a n t de la Marine royale à Rochef o r t , il est chargé par Colbert d’aménag e r la ville et son arsenal. Cet aristoc r a t e , cousin de Colbert, né à Blois en 1 6 3 8 , fut intendant du roi dans les p r i n c i p a u x ports de France et aux Ant i l l e s (Martinique et Saint-Domingue) d e 1682 à 1685. Homme éclairé, pass i o n n é de sciences naturelles, il corr e s p o n d avec des collectionneurs et d e s scientifiques du monde entier, et c r é e à Rochefort l’un des premiers jard i n s botaniques de France. Charles Plumier est moins connu. Fils d’artisan, né à Marseille en 1646, il fait preuve dès l’enfance d’une grande aptitude à l’étude. Ses parents, trop pauvres pour assumer la charge de son éducation, le confient à l’Eglise. Il entre dans l’ordre des moines minimes, étudie les mathématiques, puis la botanique auprès de grands spécialistes européens, tel Joseph Pitton de Tournefort. Sa chance se présente en 1688 lorsque Michel Bégon le choisit pour accompagner le médecin François Joseph Donat Surian dans un voyage d’exploration de la flore antillaise. Dix-huit mois plus tard, tandis qu’il se promène dans la forêt à Saint-Domingue, Charles Plumier découvre six petites plantes herbacées qu’il analyse du point de vue botanique, et qu’il juge se ressembler et appartenir à un même genre. A son retour en France en 1690, il baptise ce genre Begonia en hommage à son bienfaiteur. D’autres botanistes européens avant lui – et même un manuscrit chinois du Xe siècle – ont fait mention de cette plante mais il est le premier à en faire une description scientifique, à définir un genre et une nomenclature spécifiques. Charles Plumier est également l’inventeur de la dédicace botanique : c’est en effet la première fois que l’on baptise une plante du nom d’un homme. Par la suite, à l’occasion de deux autres voyages qu’il effectuera dans les îles américaines, il découvrira, dessinera, décrira scientifiquement et nommera quelques autres genres majeurs comme le fuchsia (en l’honneur du botaniste allemand Léonard Fuchs), le magnolia (en hommage au directeur du jardin botanique de Montpel-
lier Pierre Magnol), ou encore l’avocat. Louis XIV lui commande un recensement des Plantes d’Amériques (1693). Devenu botaniste du roi, Charles Plumier meurt en 1704 à Cadix, à la veille de son quatrième voyage. Le genre Begonia est reconnu en 1700 par Joseph Pitton de Tournefort mais les «plantes nouvelles» de Plumier seront publiées longtemps après sa mort, notamment dans u n ouvrage du botaniste hollandais Burmann (1755). Lorsque Linné, en 1753, établit sa classification des végétaux, il intègre les découvertes de Plumier et s’en attribue la paternité. A son tour, Lamarck, en 1785, renomme les plantes, créant de nouvelles appellations… à son nom. C’est ainsi que le nom de Charles Plumier va disparaître de la nomenclature. On commence aujourd’hui à reconsidérer ce grand homme de science, inventeur des genres botaniques, inventeur aussi de la dédicace botanique, un système encore prédominant pour la dénomination des plantes. Charles Plumier fut également le premier à poser les fondements de la théorie des «associations végétales», trois siècles avant la naissance officielle de la phytosociologie. M. T.
De son premier voyage aux Antilles, Charles Plumier n’a rapporté que des descriptions et des dessins de bégonias, mais aucune plante vivante ni aucune graine. Quant à son herbier, il a vraisemblablement fait naufrage. Le bégonia ne sera en réalité introduit en Europe qu’en 1777, dans les serres royales de Kew Garden, en Angleterre.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 64 ■
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histoire des sciences
Au spectacle des curiosités de Contant
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il charlatan». «Hydropique de gloire» dont «la roue du cerveau ne tourne pas rond». Ce sont quelquesuns des compliments qu’une plume anonyme, dans un pamphlet paru à Leyde en 1608, adresse à Paul Contant, apothicaire à Poitiers, possesseur d’un des cabinets de curiosités les plus courus de l’époque. Un cabinet riche de 3 000 plantes séchées et 4 500 objets rares, d’arbres exotiques, de parfums et, peutêtre, de deux tatous, d’une chauve-souris géante, d’un dragon. L’auteur inconnu se déchaîne au moment où Paul Contant s’apprête à faire paraître son Jardin et cabinet poétique, catalogue en vers de sa collection extraordinaire. Le pharmacien poitevin serait d’abord un indélicat, qui escamote dans la dédicace
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de son ouvrage le sieur de Ligneron, son premier mécène, décédé, à qui il doit le financement de la somptueuse gravure de végétaux illustrant le Jardin, pour réserver ses hommages à Sully, son nouveau protecteur. Son absence de loyauté est telle qu’il n’hésita pas, un jour, en échange de somptueux cadeaux de ce même Ligneron, à expédier au pauvre homme de vulgaires bulbes de moly en
Le Jardin et cabinet poétique de Paul
Contant, édition commentée et annotée par Myriam Marrache-Gouraud et Pierre Martin. Presses universitaires de Rennes, coll. «Textes rares». La gravure de Paul Contant présente un bouquet impossible, un bouquet rêvé. Coll. médiathèque de Poitiers
guise de lis de Perse… en prenant soin de cautériser les racines pour dissimuler son escroquerie. Il aurait aussi essayé, cet infréquentable Contant, de voler à un de ses pairs collectionneurs une corne de rhinocéros et un pied d’élan. Et puis ce serait un poète consternant, un scientifique dilettante et un mauvais latiniste. Q u a t r e siècles plus tard, Myriam M a r r a c h e - G o u r a u d et Pierre Martin, chercheurs en littérature française du XVIe siècle à l’Université de Poitiers et coauteurs d’une réédition commentée du Jardin et cabinet poétique aux Presses universitaires de Rennes, ne lui tiennent plus rigueur de sa légèreté, de son goût du spectaculaire. «Le désir de publicité est indissociable de la constitution d’un cabinet de curiosités, explique Myriam Marrache-Gouraud. Car c’est avant tout une vitrine, un outil convivial destiné à se faire connaître des autres collectionneurs et s’attirer les bonnes grâces d’éventuels mécènes.» Contant était ainsi animé du souci d’une mise en scène efficace, lorsqu’il agençait ses différentes merveilles, lorsqu’il faisait visiter son cabinet à ses hôtes. Les gravures qui illustrent le Jardin et cabinet poétique permettent en tout cas de le supposer. Sur l’une, on remarque un toucan agrippé à un arbre. Sur une autre, un caméléon porté par une branche. Autant d’indices qu’une scénographie équivalente devait exister sur les lieux de l’exposition. «Les gravures elles-mêmes ont pour vocation d’être enjolivées, théâtralisées : le plus bel exemple est donné par la gravure aux végétaux, avec ses bulbes disposés en arc de cercle, ses fleurs placées au centre.» Toutes ces fleurs, aux dates de floraison différentes, s’épanouissent en même temps, constituant pour le lecteur un bouquet impossible, un bouquet rêvé. Malgré les attaques du pamphlétaire de Leyde, l’ouvrage de Paul Contant paraît en 1609. Son cabinet et son jardin, sis à Poitiers dans la demeure paternelle, à un angle des actuelles rues Arsène-Orillard et de la Cathédrale, se s i g n a l e n t aux visiteurs de l’époque, venus de toute l’Europe, par leurs arbres rares : un if, un cèdre du Liban, un cyprès, un sapin, assortiment inédit à des lieues à la ronde. Et le pharmacienpoète, peu sujet aux remises en question, aime à répéter sa devise : «Du don de Dieu, je suis Contant.»
Alexandre Bruand
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