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Norma Tessum Onda

Norma Tessum Onda. Dans notre précédente édition, l’écrivain racontait sa découverte d’une tombe étrange à La Rochelle. Qui était Norma Tessum Onda ? Voici l’histoire de cette mystérieuse jeune fille.

Par Jean-Jacques Salgon, dessin : Fabrice Neaud pour L’Actualité.

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    Norma Tessum Onda Dans notre précédente édition, l’écrivain racontait sa découverte d’une tombe étrange à La Rochelle. Qui était Norma Tessum Onda ? Voici l’histoire de cette mystérieuse jeune fille Par Jean-Jacques Salgon Dessin Fabrice Neaud
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    lle avait «deux petites narines qui ressemblent à des virgules roses», selon le mot du chroniqueur Aurélien Scholl dont l’article, publié dans L’Echo rochelais du 19 avril 1882, fonda la légende d’une fille cachée de Sand et Musset. On sait aujourd’hui qu’elle était d’une grande beauté, avec de longs cheveux d’un blond vénitien, des yeux noirs (bleus selon d’autres), une jolie bouche. Elle est morte à 21 ans, le 18 mai 1875, officiellement d’une phtisie galopante. Elle est enterrée au petit cimetière de Saint-Maurice. L’histoire de Joséphine-Marie Ménard, née le 18 septembre 1854 à Saint-Macaire-en-Mauges, d’un père tisserand et d’une mère dévideuse, aurait sans doute été bien différente si la fillette n’avait été confiée par ses parents, à l’âge de 8 ans, à une étrange dame venue de Nice et qui s’était établie dans ce bourg après la mort de son mari, lui-même originaire de la région. Auguste Mailloux, grâce à qui nous pouvons connaître sa biographie, prétend que cette femme, Françoise Coras, fut «par sa conduite irrégulière» responsable de la mort de son mari (on imagine le corps du mari se balançant au bout d’une corde, tandis que la dame se rend à quelque rendez-vous galant). Il semble donc que ce fut une aventurière, sorte de demi-mondaine vivant dans l’aisance et cultivant avec succès les amitiés masculines. Toujours est-il que JoséphineMarie grandit auprès d’elle et que la dame sut mettre à profit les charmes indiscutables qui s’épanouirent dans l’enfant devenue jeune fille. Vers 1865, les deux femmes sont à Châlus près du château où Richard Cœur de Lion reçut la flèche qui lui fut fatale. En 1869, elles s’installent à Paris, au 5, rue Jean-Jacques-Rousseau. Joséphine-Marie a 15 ans, Françoise Coras 71. C’est dans ce Paris agité de la fin de l’Empire que les deux femmes se font des relations dans les milieux littéraires, artistiques et politiques de l’époque. Elles rencontrent Gambetta, sans doute aussi Paul de Musset, le frère du poète. Il semble aussi que Joséphine-Marie ait alors connu le peintre Charles Louis Muller, puisqu’on dit qu’elle lui servit de modèle pour une Annonciation et ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 64 ■
    une Assomption que l’on peut toujours voir dans une chapelle de Notre-Dame-des-Victoires. Ces deux œuvres y sont entrées en 1870, ce qui est bien compatible avec le séjour des deux dames à Paris. Charles Louis Muller, peintre plutôt académique, connu surtout pour un tableau, Appel des dernières victimes de la Terreur – 7, 9 Thermidor de l’An III –, qui se trouve au Louvre, fut l’élève de Gros et de Cogniet. En 1850, il fut nommé directeur artistique de la manufacture des Gobelins. Il participa à la décoration du salon Denon au Louvre. On lui doit aussi un Christ ressuscité, qui, curieusement, se trouve dans l’église Sainte-Catherine de La Flotte-en-Ré. Sur Internet, on trouve également de lui ce portrait d’une Jeune femme devant une église, actuellement dans une collection particulière, dont on aimerait bien connaître plus précisément la date d’exécution. Il y a, dans le blond-roux de la chevelure, une parenté évidente avec la Vierge de l’Annonciation. Qui sait si le livre que la jeune femme tient à la main n’est pas un exemplaire des Nuits de Musset ? Autre rencontre capitale pour Joséphine-Marie, celle du marquis Henri de Rochefort-Luçay, connu publiquement sous le nom de Henri Rochefort, journaliste et fondateur de La Lanterne. Il est alors disciple de Blanqui et vient tout juste d’être élu député d’extrême gauche. Si nous pouvons suivre la trace de Joséphine-Marie, c’est qu’elle semble s’attacher, comme à un mystérieux fil conducteur, au destin mouvementé du député-journaliste. Lorsqu’en janvier 1870, Victor Noir est assassiné par le cousin de Napoléon III, Rochefort publie dans La Marseillaise, son nouveau journal, des articles qui lui valent une condamnation à six mois de prison. Le 7 février, il est arrêté rue de Flandre et conduit à la prison de Sainte-Pélagie (où Jules Vallès avait été incarcéré deux ans plus tôt). La tradition veut que ce soit dans cette prison que Françoise Coras et Joséphine-Marie soient venues pour la première fois lui rendre visite en se faisant passer pour ses cousines. On trouve en effet, dans le tome II de ses Aventures de ma vie, ce passage : «Je fus visité par une grande et très jolie blonde accompagnée d’une mère d’apparence convenable et de mise suffisamment soignée. Elles revinrent plusieurs fois.» Mais à vrai dire, si l’on accepte l’idée que plus tard JoséphineMarie viendra le retrouver à La Rochelle, on peut sérieusement douter qu’il se fut agi d’elle et de sa protectrice, puisque quelques lignes plus loin, Rochefort précise : «Elles revinrent plusieurs fois, mais elles accusaient une tendance si marquée à s’installer dans mes lares qu’elles finirent par me porter sur les nerfs et que j’en arrivai à leur faire grise mine. […]
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    Qui avait évoqué pour moi cette apparition d’une jolie jeune fille laquelle il y avait, on s’en doute, bien peu de chance qu’il succomdans une geôle ? À quel monde appartenait-elle et quelle main bât (il lui écrit pourtant un poème). Il s’évadera en 1874, rentrera en l’avait conduite jusque dans ma casemate ? Je ne l’ai jamais su Europe, en France en 1880. Il finira bien mal, boulangiste, nationaavec précision, mais j’ai toujours gardé à ce sujet des doutes qui liste et anti-dreyfusard. C’est en 1874, lorsqu’il était encore en Nouauraient suffi à me refroidir.» velle-Calédonie, que Joséphine-Marie revient à La Rochelle, touLibéré le 4 septembre 1870, à la chute de l’Empire, Rochefort est jours accompagnée de Françoise Coras. Joséphine est gravement nommé ministre dans le gouvernement de Défense nationale. Il malade. Elles s’installent à l’Hôtel de France, puis louent une mairedevient journaliste sous la Commune, à laquelle il n’adhère pas. son à l’Epine, aujourd’hui rue du Bois-l’Epine. Elles vivent plutôt Le 20 septembre 1871, suite à des imprudences politiques et des isolées. Joséphine meurt le 18 mai 1875. Il y aura peu de monde à articles dans La Marseillaise, il comparaît devant un tribunal l’enterrement. Madame Coras commande une stèle qui ressemble militaire qui le condamne à la déportation à perpétuité. On l’entrès vaguement à celle de Musset au Père-Lachaise et sur laquelle ferme au Fort Boyard où sont regroupés les communards en atsera gravé ce nom : Norma Tessum Onda. Françoise Coras termitente de transportation. Il semnera ses jours à l’hospice des ble bien que Joséphine-Marie Petites Sœurs des Pauvres de soit alors venue à La Rochelle Tasdon où elle meurt en 1881. pour le retrouver et tenter d’orAvant de mourir, ses revenus g a n i s e r son évasion puiss’étant semble-t-il taris, elle qu’elle reçut par pigeon ce avait fait procéder à la vente billet signé de lui et qui sera d’objets, de livres, de meuauthentifié plus tard : «Ne bles, de vêtements, ayant apvous tourmentez pas, ma pepartenu à elle et à sa protét i t e blonde. On ne me fait gée. Parmi les objets, il y aucun mal. Je vais bien. Je avait, selon le témoignage de vous donnerai des nouvelles L o u i s Audiat, «d’intérestous les jours. Portez-vous sants papiers, des lettres cubien, vous et votre maman.» rieuses, des correspondances La tentative d’évasion échoue singulières, le tout émanant et Rochefort est transféré au de personnages politiques château d’Oléron, puis, le 20 dont quelques-uns auraient août, à la citadelle de Saintséjourné depuis dans les forMartin-en-Ré. Là, dans ses teresses de la Charente infémémoires, on retrouve la trace rieure». On ignore laquelle de Joséphine-Marie : «Je fus des deux femmes avait insd e m a n d é par une jeune et crit sur les pages de certains charmante dame que j’avais livres de Musset ces fausses entrevue à Paris deux ou trois dédicaces : «à ma fille bien fois à peine et qui, par des aimée – Alfred de Musset» moyens que j’ignore, avait «à ma chère petite Norma – obtenu l’autorisation de visiA. de M.» «pour que tu ne ter la prison en général et moi m’oublies pas ! M.». Mais en particulier. Le bon gardienc’est certainement Françoise D’après la tableau de Charles Louis Muller chef, au lieu de nous introduire dans le parloir commun, mit à Coras, laquelle partageait sans doute avec Musset un goût pour notre disposition la petite maison qu’il habitait du côté de la citales fausses généalogies, qui a marqué sur une carte de visite de sa delle, donnant sur la mer et où, pendant trois après-midi consécudéfunte protégée : «Norma Tessum Onda née à Séville le 18 septives, nous fûmes comme chez nous.» tembre 1854 de l’infante Vanina et de Louis-Théodore de VisDe ce «comme chez nous» on peut facilement inférer quelles sortes conti et elle s’appelait Norma d’Estève de Visconti.» A moins de relations s’étaient établies entre les deux personnages. On enqu’il n’y ait eu, comme voudrait le croire le coiffeur Henri tend distinctement la mer bercer de ses clapotis de tendres et préSaumoneau dont on peut consulter le manuscrit à la médiathèque cieux abandons. Combien de temps Joséphine-Marie resta-t-elle de La Rochelle, substitution d’enfant. auprès de son ami ? Combien de fois se revirent-ils ? Tenta-t-elle Parmi ces reliques, il y avait aussi un petit portrait ovale de Joséd’organiser une nouvelle évasion ? Hélas, comme l’on sait, vient phine-Marie qui fut acquis par un marchand d’art rochelais, leun jour où la mer efface sur le sable les pas des amants désunis… quel le revendit pour deux louis à Aurélien Scholl en 1882. C’est Le 10 août 1873, Rochefort est embarqué à bord de la frégate La en contemplant ce portrait que ce dernier remarqua les «deux peVirginie. Direction la Nouvelle-Calédonie. Sa compagne de voyage tites narines qui ressemblent à des virgules roses». On aimerait n’est pas Joséphine-Marie, mais Louise Michel aux charmes de bien pouvoir vérifier qu’il ne s’est pas trompé. ■ ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 64 ■ 47
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