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création
voir le modèle identitaire comme plusieurs strates ou plusieurs dimensions qui s’agglomèrent pour faire une identité. Lors d’une conférence à Québec, j’avais fait un inventaire de trente de mes identités, dont certaines aussi farfelues que le fait d’être Bélier. Avant, on nous demandait de nous réduire à une identité, au fait d’être Acadien. Dans la dimension postmoderne que nous vivons, je pense que c’est plus éclaté. Il y a des effets de collage, qui sont peut-être plus intéressants que de travailler à toujours maintenir un modèle.
Pouvez-vous être Acadien et moderne ?
HERMÉNÉGILDE CHIASSON
Acadien et moderne
Entretien Jean-Luc Terradillos Photo Bruno Veysset
Je suis Acadien. J’ai grandi dans cette collectivité-là. Mais, dans les années 1970, j’étais un peu mal à l’aise parce que cela correspondait à quelque chose d’assez réactionnaire et dépassé. Avec tout ce mouvement qui surgissait à l’Université de Moncton, je me disais : Picasso fait autant partie de mon imaginaire que la poutine râpée, un mets typique de l’Acadie.
Quels sont les écrivains et cinéastes français qui vous passionnent ?
E
crivain, poète, cinéaste, dramaturge, Herménégilde Chiasson est un artiste complet, né en 1946 à Saint-Simon dans la province du Nouveau-Brunswick. C’est l’une des grandes voix acadiennes et c’est à ce titre qu’il avait été invité au colloque de l’Association française des études acadiennes. Entre-temps, «l’honorable» Herménégilde Chiasson a été nommé lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, c’est-à-dire représentant de Sa Majesté la reine Elizabeth II, et il a prêté serment d’allégeance – s’exposant ainsi à de vives critiques tant parmi les Acadiens que les Québécois. Pas de garrochage en règle le 3 juin à Poitiers, au contraire, le lieutenant-gouverneur a été chaleureusement applaudi après sa conférence inaugurale intitulée «Considérations identitaires et culturelles sur l’Acadie moderne». Un exposé très clair sur l’évolution des courants artistiques depuis les années 1960. Trois générations se sont succédé. La première, représentée par Antonine Maillet, est celle du passage de l’oral à l’écrit ; la deuxième a travaillé sur le discours ; la troisième, où l’on retrouve les jeunes poètes urbains écrivant en chiac, marque un retour de l’écrit vers l’oral. Herménégilde Chiasson appartient à la deuxième génération. Il dit combien la fondation de l’Université de Moncton en 1963 fut salutaire parce
qu’elle offrait une ouverture sur le monde à ces jeunes contestataires qui étouffaient dans l’idéologie nationaliste ambiante. «Peut-on être Acadien et moderne ?» se disaient-ils à l’époque. La production artistique qui en suivit prouve que oui.
L’Actualité. – Vous avez écrit : «Pouvonsnous exister dans le temps seulement en continuant de nier notre espace ?» Herménégilde Chiasson. – La création nous
a permis d’inventer un genre de territoire imaginaire, un terrain neutre par rapport à la culture. La génération qui était venue avant nous avait beaucoup investi dans le particularisme – tous les effets de langue, d’accent, de folklore, etc. – alors que nous avons surtout investi dans le discours. C’était une proposition pour aller à l’extérieur, rencontrer les autres créateurs, faire des échanges, établir un travail sur le discours. Effectivement, c’est la création qui maintient l’Acadie vivante et le jour où il n’y aura plus cette effervescence, j’ai l’impression que cette Acadielà va s’éteindre.
Dans les années 1970, on sent une volonté de faire exploser les carcans, de clamer : on n’est pas seulement Acadiens.
Pour le cinéma : Raymond Depardon. Pour la littérature : Philippe Delerm en ce moment. Il y a chez cet écrivain un rapport à l’inframince, une façon de parler de choses anodines, qui m’intéressent beaucoup – peut-être à cause du fait que je vis dans un milieu minoritaire et que les événements qui se produisent n’ont pas de répercussions énormes. Finalement, ça passe souvent dans un rapport à l’intime…
Et Georges Perec ?
Les gens pensent toujours que l’identité est une chose très homogène, très pure et condensée. Pour ma part, j’ai tendance à
Perec a été une de mes grandes influences. Quand j’ai lu Je me souviens, j’étais fasciné par cette cartographie de la mémoire que Perec avait établi, allant du trivial à des choses vraiment très profondes. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à m’intéresser à de tels phénomènes. Un de mes livres, Les Conversations, est inspiré par la méthode de Perec. Sachant que, dans une journée, je parle au moins à dix personnes, j’ai essayé de trouver dans chaque conversation une phrase, un mot, une atmosphère qui la résume. Et j’ai fait un livre de mille phrases correspondant à mille conversations, un livre écrit pour le passage dans le nouveau millénaire.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 65 ■
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28/06/2004, 20:54
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