// vous lisez...

Archive - auteurs : - -

Des images cultes

Recherche – Des images cultes. Aux Salles-Lavauguyon, à la limite de la Haute-Vienne et de la Charente, l’église Saint-Eutrope révèle les rêves de grandeur d’une petite communauté de chanoines du XIIe siècle. Avec Marie-Thérèse Camus, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Poitiers. Par Anh-Gaëlle Truong, photos : Marc Deneyer ;

Articles rattachés : Cécile Voyer a soutenu sa thèse en 2003 au CESCM sur « L’image hagiographique dans l’église » ; Loïc Leroy, contre la corrosion. Par Jean-Roquecave.

Cet article en archive

Sauf exception, les billets et les fac-similés de la revue sont publiés sous licence Creative Commons : paternité - pas d'utilisation commerciale - pas de modification.

  • Texte brut (généré automatiquement) ouvrir...
    fermer...

    recherche
    Aux Salles-Lavauguyon, à la limite de la Haute-Vienne et de la Charente, l’église Saint-Eutrope révèle les rêves de grandeur d’une petite communauté de chanoines du XIIe siècle Par Anh-Gaëlle Truong Photos Marc Deneyer
    Des images cultes A u début des années 1980, lors d’une visite de l’église Saint-Eutrope avec ses étudiants, Marie-Thérèse Camus, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Poitiers, remarque une multitude de points ocres sous les badigeons. «Nous nous sommes demandé si ces points n’étaient pas la trace de peintures et nous l’avons signalé immédiatement.» Quatre ans plus tard, une campagne de restauration révèle alors 250 m2 de peintures murales du XIIe siècle réalisées selon la technique a fresco. «Une technique rare dans le Sud-Ouest pour cette période», précise Cécile Voyer qui a étudié le monument sous toutes ses jointures pour écrire sa thèse. La fresque est aussi très coûteuse et réalisée ici, de surcroît, avec des pigments de qualité. Par exemple, le bleu utilisé dans les scènes de l’Annonciation et la Visitation, situées au revers de la façade, est visiblement fabriqué à base de lapis-lazuli. Les différentes techniques de narration des cycles peints sont parfaitement maîtrisées, inventives, tandis que le style rappelle à Eric Sparhubert, doctorant, celui des images produites dans la très puissante abbaye de Cluny. D’une manière générale, par la richesse du décorum de l’église, les chanoines de Saint-Eutrope essayent de rivaliser avec le chapitre de Saint-Junien dont ils dépendaient. Au XIIIe siècle, les chanoines ont même accumulé les fonds nécessaires pour creuser le coteau et y construire un ample chevet. Or, de tels investissements sont surprenants pour un prieuré n’accueillant, à cette époque, qu’une douzaine de chanoines et, qui plus est, se trouve très éloigné du siège épiscopal, donc des cercles immédiats du pouvoir ecclésiastique. Comment expliquer ce contraste alors que le bâtiment est le seul document dont disposent les chercheurs ? «L’église est à l’image de ce que la communauté souhaitait montrer d’elle, voire revendiquer.» Il suffit de décoder le message transmis par l’architecture et le décor. «Le chevet s’inscrit dans des cubes modulaires de 5 mètres sur 5 tracés dans un plan géométrique parfait et un accent particulier mis sur la qualité de la taille de la pierre. Comme chez les Cisterciens.» Pour Cécile Voyer, ces choix témoignent d’une volonté de transmettre une image à la fois de puissance et d’austérité, exprimant la dualité de la vie régulière des chanoines. Ce parti existait vraisemblablement dans le contraste volontaire entre le mur nord de la nef réalisé en pierre de taille car exposé aux regards des fidèles et le côté sud donnant sur les bâtiments canoniaux où les moellons rappellent le dépouillement et la pauvreté volontaire liés à leur engagement. Quatre registres peints se superposent au revers de la façade. Au premier registre (supérieur) : la Visitation, trop lacunaire, et l’Annonciation ; à droite de la baie, la création d’Adam et Eve. Détail de la scène représentant saint Laurent présentant les Trésors de l’Eglise à Dèce sur le mur sud de la nef (première travée). Au second : la Nativité, l’Annonce aux bergers et l’Adoration des mages (de droite à gauche). Au troisième : la Grande Prostituée de Babylone sur un trône au milieu de l’Enfer, le Cornu Noir derrière elle, et des damnés torturés ; à gauche, des laïcs font une offrande à un homme. Au quatrième : saint Etienne, sa lapidation, son martyre en odeur de sainteté et son inhumation.
    22
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 66 ■
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 66 ■
    23
    Sur le mur oriental de la nef, Boson, l’un des prieurs des Salles-Lavauguyon, tient un livre ouvert pour inviter ses frères à prier pour son âme.
    Mais pourquoi rivalisent-ils en splendeur avec le chapitre de Saint-Junien dont ils dépendent ? «Nous savons qu’au XIIe siècle les chanoines de Saint-Eutrope, grâce à leur dynamisme, accumulent autant de richesses que Saint-Junien, en biens fonciers et revenus issus de l’absorption d’une quinzaine d’églises.» Cet argent vient peut-être conforter des velléités déjà existantes d’indépendance : en effet, Les Salles est la seule filiale régulière du chapitre de Saint-Junien, abritant des chanoines séculiers. Cet isolement dans le réseau des filiales de la maison-mère a pu contribuer à leur désir d’émancipation. «Le message transmis par l’église est très politique : nous sommes puissants, ce qui légitime notre indépendance.» Par l’ampleur de leurs travaux, les chanoines revendiquent un rapprochement avec l’évêque de Limoges. Cela se confirme encore par le choix de placer le cycle de saint Etienne, saint patron du diocèse de Limoges, au revers de la façade de l’église. «Le choix des saints n’est pas un hasard. Il reflète l’identité de l’église par un savant mélange de saints universels et de saints du terroir.» Les images d’Etienne sont encadrées par des 24
    scènes de la vie de saint Laurent et la vie de sainte Valérie qui se poursuivent sur les murs de la nef. Vers le chevet, se déroulent les vies de sainte Agathe, saint Christophe – cycles monumentaux les plus anciens de ces deux saints conservés à ce jour – et celle d’une sainte non identifiée. Or, Valérie est la première martyre chrétienne d’Aquitaine. Laurent est un saint universel souvent associé à Etienne. Et si l’église s’app e l l e Saint-Eutrope et non Saint-Etienne, c’est qu’«Eutrope est le saint patron du diocèse de Saintes dont les frontières étaient proches de l’église des Salles, située aux marges du diocèse de Limoges. Peutêtre les chanoines se sont-ils dit que la protection d’Eutrope n’était pas superflue. Louer le saint local du diocèse voisin est une pratique courante pour s’assurer une protection supplémentaire. Néanmoins, en raison de leur situation géographique, les chanoines des Salles ont affirmé leur ancrage dans le diocèse de Limoges en rendant hommage à Etienne, saint patron de l’Eglise locale. Ils ont choisi pour cela un emplacement privilégié dans leur église. Eutrope, s’il a été représenté, passait au second plan.» ■
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 66 ■
    CÉCILE VOYER
    LAURÉATS DES PRIX DE THÈSE DE LA RÉGION POITOU-CHARENTES Le Conseil régional PoitouCharentes a décerné en 2004 cinq premiers prix (1 500 €) et dix seconds prix (750 €) aux jeunes docteurs présentés par les écoles doctorales de l’Université de Poitiers et celle de La Rochelle – prix remis le 15 octobre lors du forum participatif de la recherche.
    Les images monumentales des saints L es prix de thèse de la région PoitouCharentes récompensent chaque année la capacité des jeunes docteurs «à communiquer leurs travaux de manière attractive» devant un jury. Parmi les huit candidats présentés par l’école doctorale sciences humaines, économiques et sociales de l’Université de Poitiers, Cécile
    Voyer a obtenu le premier prix. Depuis la rentrée, elle enseigne l’histoire au lycée du Futuroscope. Cécile Voyer a soutenu sa thèse, en octobre 2003 au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale, sur L’image hagiographique dans l’église (dir. Eric Palazzo). Son travail s’attache à l’étude de la fonction des images monumentales des saints aux XIe et XIIe siècles en France et s’appuie sur le caractère exemplaire du programme peint des Salles-Lavauguyon (87). Outre une f o n c t i o n revendicative et politique, l’image du saint sert avant tout à fixer la mémoire des fidèles. Sans image, le culte peut disparaître. Et sans culte, pas de dons aux communautés religieuses, gardiennes de la mémoire du saint… La représentation matérialise, concrétise la foi, au point que certains fidèles confèrent à l’image les mêmes vertus et pouvoirs que le saint lui-même. Soumises aussi aux fluctuations idéologiques, les images de saints reflètent aussi l’évolution des mentalités et demeurent un riche terrain d’investigation pour les médiévistes.
    Poitiers : Ingénierie chimique, biologique et géologique : Andossa Likius (Les grands ongulés du Mio-Pliocène du Tchad), Céline Héraud, Sébastien Laforge, Dimitri Prêt. Sciences humaines, économiques et sociales : Cécile Voyer, Karen Davranche. Sciences juridiques : Hélène Boucard (L’agréation de la livraison dans la vente), Aude Soulard-Foucaud. Sciences pour l’ingénieur et aéronautique : Matthieu George (L’endommagement des films minces sur substrats sous contrainte), Gintautas Abrasonis, Patrick Berterretche, Jean Bouyer, Luc Léger.
    La Rochelle : Qualité de la vie et gestion durable : Loïc Leroy, Michel Lambert.
    LOÏC LEROY
    Contre la corrosion L oïc Leroy, premier prix de thèse 2004 de l’Université de La Rochelle, a fait ses études secondaires en Afrique, où son père, professeur de physique, était coopérant. En 1992, une fois son bac obtenu à Bangui, il entame des études de physique à l’Université de Brest et s’oriente vers la recherche après sa maîtrise. A ClermontFerrand, il s’intéresse à la physique nucléaire et rédige son DEA consacré à l’effet de l’irradiation sur la corrosion des crayons de combustible des centrales nucléaires, après un stage à Saclay. En 1999, Loïc Leroy obtient une bourse de thèse à La Rochelle et intègre le Lemma (laboratoire d’études des matériaux en milieu agressif) pour étudier l’influence des traitements d’irradiation sur la corrosion du nickel. «J’ai changé d’optique, explique-t-il. Auparavant, j’essayais de comprendre la
    Les collatéraux étroits sont voûtés de berceaux transversaux, donnant l’impression visuelle d’une succession de petites chapelles. C’est dans ces oratoires que sont peints les cycles des saints comme celui de cette martyre, vraisemblablement Catherine. Des passages cintrés permettent la communication d’une travée à l’autre ou de la dernière travée au chevet.
    corrosion après irradiation, alors qu’à La Rochelle je travaillais sur l’irradiation comme moyen de modifier les propriétés physiques.» Le but de ses travaux était de modifier la nature de la couche superficielle du nickel par des traitements mécaniques et des irradiations pour améliorer ses propriétés face à la corrosion marine. «Dans certains cas, la résistance à la corrosion du métal a été multipliée par dix sur une durée de deux mois. C’est significatif, mais nous sommes encore très en amont d’une éventuelle application industrielle.» Aujourd’hui, Loïc Leroy est attaché de recherche au GMCM (groupe matières condensées et matériaux), laboratoire de physique de l’Université de Rennes I, où il participe à des expériences de biophysique sur les protéines. Jean Roquecave 25
    ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 66 ■


    fermer...
  • Téléchargement du fichier au format pdf (191 ko).
  • Fac-similé scribd (attention! ce type de visualisation n'est pas toujours fidèle à l'original) :
    Read this document on Scribd: actu66oct2004_22-25

Discussion

Aucun commentaire pour “Des images cultes”

Poster un commentaire