fermer... PASCALE GADON
Horizons géologiques
rt et science entretiennent des relations invisibles dans les œuvres les plus originales, comme celles de Pascale Gadon – quand l’un ne sert pas de fairevaloir ou de caution à l’autre et vice versa. Les grands tirages photographiques de Pascale Gadon frappent par leur étrangeté. Présence terrible, fascinante, irréelle, de ce qui est donné à voir. Certes, l’objet est agrandi environ dix fois mais il y a autre chose qui trouble : les détails si précis, l’absence d’ombre, la lumière crue également répartie. En fait, Pascale Gadon ne photographie pas avec un appareil traditionnel ou numérique, elle maîtrise à merveille le scanner. Peu importe de le savoir, seul compte le résultat, c’est-à-dire la force des images. En outre, l’artiste s’intéresse aux méthodes des sciences de la nature (L’Actualité n° 54), en particulier aux collections de lichens. Invitée à exposer cet hiver à Thouars par le Service arts plastiques de la ville, elle a décidé de travailler avec le Centre d’interprétation géologique afin de constituer la collection «visuelle» des fossiles du Toarcien et des plantes qui poussent actuellement sur le site. Ainsi,
A
elle présentera à la chapelle Jeanne d’Arc deux séries d’images montrant en vis-àvis des organismes collectés sur le même site à environ 180 millions d’années d’écart. Des naturalistes ont proposé des collaborations à Pascale Gadon. Cela semble logique même si, d’un point de vue administratif, il n’est pas toujours évident d’intégrer un travail artistique dans un programme de recherche scientifique. Moins attendue est la collaboration avec Noël Richard, enseignant-chercheur de l’Université de Poitiers au laboratoire Signal, image, communications (FRE CNRS 2731) spécialisé dans l’analyse et la synthèse d’images. «Lors de la Fête de la science 2002, souligne Pascale Gadon, la rencontre avec Noël Richard a révélé les terrains communs de nos différentes approches sur l’image, leur traitement et leur organisation les unes par rapport aux autres.» Depuis un an, son projet artistique est un axe de recherche du laboratoire. «Nous travaillons sur une systématique ouverte et sensible, en phase avec la phénoménologie de la perception. Le but n’est pas la détermination d’un spécimen
mais l’inscription d’une mémoire, d’une reconnaissance, grâce au plaisir de l’observation insufflé par l’apparition d’un autre, de différences, de similitudes, par la diversité morphologique et structurelle de ce monde.» Les recherches du laboratoire portent sur l’extraction de connaissances à partir de bases d’images ou de bases de données composites. Les chercheurs créent des algorithmes permettant l’indexation (le classement ordonné) des images par le contenu. Problématique qui rejoint celle de l’artiste. Elle leur a confié sa collection virtuelle de lichens comme matériau pour des développements informatiques. En effet, de par leurs caractéristiques de forme, de couleur, de rugosité, de texture, de structure, les lichens fournissent un champ d’investigations phénoménal. En retour, Pascale Gadon utilise les algorithmes du laboratoire. Dans une prochaine édition, nous expliquerons les pistes ouvertes par cette collaboration car ces recherches sur l’image peuvent trouver de multiples applications. J.-L. T.
Exposition à Thouars, chapelle Jeanne d’Arc, du 16 novembre au 30 décembre.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 66 ■
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