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André Léo, la communarde oubliée

Féminisme – André Léo, la communarde oubliée. Une grande figure de l’émancipation des femmes est née à Lusignan en 1824 : Léodile Béra alias André Léo, son nom de plume. Entretien avec Alain Dalotel, son biographe, réalisé par Aline Chambras. Photo de Léodile Béra en illustration.

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    féminisme
    La communarde oubliée Une grande figure de l’émancipation des femmes est née à Lusignan en 1824 : Léodile Béra alias André Léo, son nom de plume. Entretien avec Alain Dalotel, son biographe Entretien Aline Chambras
    André Léo
    P
    ersonnage phare de la Commune de Paris, l’auteure féministe André Léo n’a pas laissé, au regard de l’histoire, la trace qu’elle mérite. Alain Dalotel, chercheur en histoire sociale, lui consacre une biographie, André Léo (1824-1900), la Junon de la Commune, publiée à Chauvigny. L’Actualité. – Qu’est-ce qui vous a attiré vers André Léo ?
    Alain Dalotel. – Depuis la fin des années 1970, je travaille sur les origines de la Commune, m’intéressant plus particulièrement aux réunions publiques qui se tenaient à la fin de l’Empire à Paris. Au cours de ces réunions, au nombre d’un millier, la question du travail des femmes a été abordée, notamment avec André Léo. Passionné par la notion de rupture (que porte aussi l’histoire des femmes en particulier), j’ai décidé de m’intéresser à ce personnage. Le fait que son nom, malgré son importance, n’ait pas été retenu par l’histoire a été aussi un autre motif pour la faire connaître. D’autant qu’André Léo me semblait être la seule communarde parmi tous les insurgés qui ait fait à chaud l’analyse de la Commune. Comment analysait-elle la Commune ?
    vement insurrectionnel, et en particulier le général Dombrowski, qui semblaient oublier le rôle des femmes. André Léo était vraiment féministe, à la différence des actrices du grand mouvement féminin (et non féministe) qui est né pendant la Commune. Elle était ainsi à l’origine de l’organisation Société pour la revendication des droits de la femme. Cette association avait une certaine importance et proposait des revendications civiles concernant l’éducation notamment. André Léo avait une véritable analyse féministe et critiquait l’exploitation sous toutes ses formes, qu’elle soit entre homme et femme ou purement sociale. Elle était également très critique vis-à-vis du socialisme autoritaire et paradait en tête des attaques contre Marx qu’elle traitait de cervelle bismarckienne. Bakounine, un des précurseurs de l’anarchie, a aussi été sa cible, à plusieurs reprises. Son attitude très critique explique-t-elle que son nom n’ait pas été retenu ?
    Pendant la Commune, elle n’était pas en train d’applaudir à tout va. Bien au contraire, elle avait une analyse et des critiques très fortes. Elle s’est d’ailleurs fâché avec beaucoup de monde. Par exemple, elle a écrit dans un article publié dans La Sociale, le journal communard, que c’étaient les femmes qui avaient fait le 18 mars 1871 [date de la prise de pouvoir par les insurgés], afin d’interpeller les chefs de ce mou42
    Oui, bien sûr, cela explique qu’elle soit restée dans l’ombre par la suite. Elle était trop «à part». En effet, les marxistes ne pouvaient pas la revendiquer, les anarchistes pas trop, quant au mouvement féminin, elle a fini par rompre, presque entièrement, avec lui. André Léo, contrairement à nombre de ses contemporains, n’a jamais adhéré à la République de Gambetta qui s’est mise en place après les événements de la Commune. Elle était aussi une des rares à ne pas oublier que Jules Ferry, par exemple, avait été un ennemi juré et acharné des communards. Contrairement à lui, elle défendait une éducation mixte, expérimentale et intégrale. Néanmoins il ne faut pas oublier que sur le plan
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    littéraire, elle a été reconnue dès ses débuts : on parlait même de la «nouvelle George Sand». Seulement à la fin de l’Empire, puis sous la Commune, la bonne bourgeoisie comprend qu’André Léo est féministe et socialiste révolutionnaire, notamment à la parution de Aline Ali en 1869, livre féministe qui a scandalisé. Et elle se retrouve alors considérée comme étant du côté des «pillards» et des «assassins», selon le langage versaillais. Quel était son registre d’écriture ?
    C’était assez varié. Elle a écrit des essais, des romans, des contes pour enfants, des articles de presse de fond (sur l’éducation, le cerveau féminin…). Je ne veux pas parler d’elle comme d’une journaliste car cela a un côté réducteur. André Léo luttait vraiment avec sa plume. Très courageusement, elle n’a pas hésité à démissionner de la Société des gens de lettres, suite à l’exclusion de communards de cette sphère. L a figure de l’intellect u e l l e lui correspondelle ?
    Oui, car elle restait surtout dans la sphère théorique. Ce qui l’intéressait, c’est plus la lutte dans les idées, par écrit, par articles. Pendant la Commune, elle cherchait à rallier les femmes afin qu’elles participent au combat des «soldats de l’idée», à savoir les f é d é r é s de base. Mais ce n’était pas le genre à prendre le fusil, comme a réussi à le faire Louise Michel. André Léo était une cérébrale. IISG Fonds L. Descaves
    Avez-vous établi son portrait psychologique ?
    Grâce à ses lettres et aux d i r e s de certains de ses contemporains, comme le
    réactionnaire Barbey d’Aurevilly, son principal ennemi, j’ai pu faire ressortir les traits marquants de ce que tout le monde s’accorde à considérer comme un personnage. Elle apparaît comme réservée, avec un petit côté moraliste. Elle n’appréciait pas du tout un certain humour bien parisien, pour ne pas dire gaulois. Quand elle était présente lors de ce genre de plaisanterie, elle tournait le dos, telle une «Junon irritée», selon le témoignage de l’ancienne saint-simonienne Angélique Arnaud, qui fréquentait le salon parisien d’André Léo à la fin de l’Empire. Barbey d’Aurevilly a dit d’elle avec méchanceté qu’elle était «gracieuse comme une protestante», ce qui n’est gentil ni pour elle, ni pour les protestants. Ce qu’elle détestait c’était la femme séductrice, à la différence de la femme réellement intéressante qui souvent se cache sous de vilains chapeaux, p u i s se révèle. Elle ne v o u l a i t être inféodée à personne. Aucun maître, a u c u n amant ne l’a influencée. Vu son intellig e n c e remarquable, elle avait un côté un peu dom i n a t e u r. Mais comme orateur, elle n’était vraiment pas terrible. Elle lis a i t ses discours, ce n ’ é t a i t pas du tout le g e n r e grande gueule. Physiquement, elle était plutôt belle avec un côté un peu froid. Jusqu’à sa mort, elle a gardé ses qual i t é s d’esprit mais aussi d e cœur qui permettent aujourd’hui de la reconn a î t r e comme une des grandes combattantes de l ’ é m a n c i p a t i o n . Avec cette biographie, qui n’est pas une hagiographie, j’ai voulu lui rendre justice. Ni plus, ni moins. ■
    Léodile Béra est née le 18 août 1824 à Lusignan, dans la Vienne, d’un père notaire. En 1830, la famille déménage à Champagné-Saint-Hilaire, dans un canton voisin, où le grand-père fut procureur général. En 1851, elle épouse Pierre Grégoire Champseix, journaliste de Limoges, proscrit après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Ils s’exilent en Suisse où naissent leurs jumeaux, André et Léo, en 1853. Retour en France en 1860 et installation à Paris. En 1862, Léodile Champseix publie Un mariage scandaleux (où l’on
    reconnaît Champagné-Saint-Hilaire), premier roman qu’elle signe André Léo, pseudonyme qu’elle conservera toute sa vie. Veuve en 1863, André Léo ne se remariera pas. Elle ose même vivre en union libre avec le jeune Benoît Malon de 1873 à 1878. Ses enfants la précèdent dans la mort, Léo en 1885 et André en 1893. Décédée à Saint-Maurice le 20 mai 1900, André Léo repose au cimetière d’Auteuil. – André Léo (1824-1900), la Junon de la Commune, Association des publications
    chauvinoises, 188 p., 2004, 18 e (BP 64, 86300 Chauvigny, tél. 05 49 46 35 45) – Chez le même éditeur : Un mariage scandaleux, 188 p., rééd. 2000 – André Léo, femme écrivain du XIXe siècle, de Fernanda Gastadello, 54 p., 2001 – Au Lérot éditeur (à Tusson, en Charente) : La Femme et les mœurs, d’André Léo, avec introduction et notes de Monique Biarnais, 166 p., rééd. 1990 Association André Léo, place du Bail, 86000 Lusignan (présidente : Denise Sabourin) ■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 67 ■ 43
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