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Dans son premier album, Cyrille Pomès, auteur de bande dessinée en résidence à Angoulême, se livre à une «autofiction»
Par Astrid Deroost Photo Claude Pauquet
Cyrille Pomès le rêve à la lettre
C
yrille Pomès, artiste de bande dessinée en résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême, se joue du temps de belle manière. Le jeune homme signe, dès 25 ans et peu après avoir terminé l’Ecole supérieure de l’image, le scénario et le dessin d’un premier album publié en ce mois de janvier par les éditions Albin-Michel. L’ouvrage luimême est une facétie temporelle. Intitulé A la lettre près, il entraîne le lecteur dans une autobiographie imaginaire. Une sorte d’«autofiction» dont la fin remonte au présent, à la jeunesse – actuelle – de l’auteurnarrateur. «Un homme de quarante ans retrouve une lettre qu’il s’est écrite quand il avait 17 ans. Je me suis réellement écrit une lettre à cet âge-là, explique Cyrille Pomès. Pour l’histoire, je me suis projeté dans vingt ans alors que j’aurai raté ma vie.» La bande dessinée ouvre donc sur Patrick, dessinateur, dont on devinera les illusions perdues. Sentiments, aspirations, contradictions... Entre lui et Paul, Denis, Sarah, et surtout l’aimée Lorena, les dialogues sont vifs et le ton passionné. Le dessin aux couleurs «rapides» déroule, tel un film intimiste, de saisissantes tranches de vie. Chaque page annonce, en creux, les promesses de la missive adolescente. Chaque chapitre est une antidote à la résignation et Cyrille Pomès le confesse : son livre est né d’un positionnement éthique. A la différence de son personnage, l’auteur croit en la longévité des rêves de jeunesse et au devoir impérieux de les respecter. «Mon seul ennemi, c’est ma paresse intellectuelle», dit le jeune homme qui jamais ne voudrait céder aux compromissions. La plus vile serait de mettre son graphisme au service de la «publicité et de ses diktats». Car précisément, le songe premier de Cyrille Pomès, d’abord boulimique de comics américains, fut de dessiner. Enfant, il a puisé dans les milliers d’ouvrages accumulés, pour recopier, manipuler, transformer les personnages. Adolescent, il a créé et publié des histoires courtes dans un fanzine. Jeune adulte, il a, depuis la région parisienne, accompli le voyage initiatique vers la ville de la bande dessinée... Depuis, le rêve touché du doigt s’est enrichi de révélations. Cyrille Pomès a embrassé la diversité de son art, a découvert Baudoin, Blin, Trondheim, Sfar, Debeurme... une bande dessinée capable de «récits si personnels». Il s’est aussi dévoilé : «Je pensais que je ne pouvais pas me passer du dessin et j’ai compris que j’aimais surtout raconter des histoires.» Il a appris, enfin, que la pertinence de l’image vaut mieux que des «beaux dessins». Dans A la lettre près, Cyrille Pomès a voulu un graphisme «en retrait», pour mieux servir la densité de ses personnages. «J’espère très fort, avoue l’auteur, que le dessin est juste.» Un parti pris dont le lecteur verra qu’il n’est en rien exclusif de l’élégance… ■
A la lettre près, dessin et scénario de Cyrille Pomès, 70 p., Albin-Michel. L’auteur sera présent sur le stand de l’éditeur lors du Festival international de la bande dessinée. Cyrille Pomès a dessiné la couverture de cette édition de L’Actualité.
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■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 67 ■
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06/01/2005, 16:50
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