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Prix de l’Ecole supérieure de l’image d’Angoulême, David Prudhomme est le sujet d’une exposition à découvrir au Musée du Nil
Par Astrid Deroost
David Prudhomme
C
omme avant lui Muñoz ou Carlos Nine, D a v i d Prudhomme a été couronné par l’Ecole supérieure de l’image et ses travaux font, pendant le Festival d’Angoulême, l’objet d’une exposition. Comme Nicolas de Crécy, distingué en 2002, l’auteur de bande dessinée domicilié à Bordeaux a été élève de ladite école. De 1990 à 1993, le natif de Tours, adoptif de Châteauroux, aujourd’hui âgé de 35 ans, a, dit-il, cherché à découvrir les extrêmes du 9e art, dans un compagnonnage heureux, prolifique et revendicatif. Ses camarades de promotion ont pour nom Troub’s, JeanFrançois Hautot avec lequel David Prudhomme a signé Port Nawak, les frères Bramanti, Aristophane depuis lors disparu... «A 15 ans, s’amuse l’auteur, j’avais gagné un concours de bande dessinée et j’étais le roi du village. A Angoulême, il n’y avait que des rois de villages.» N’eut-il été que prince, David Prudhomme e s t contacté par Glénat dès 1990, pour dessiner N i n o n secrète, série romanesque historique scénarisée par Patrick Cothias. Il entre dans l’his-
l’explorateur
toire à tiroirs (dix séries, quarante-sept albums) des 7 Vies de l’Epervier, initiée par un André Juilliard au classicisme influent. «J’avais envie de plonger longtemps dans une histoire», se souvient l’auteur qui a mis le point final au 6e tome de la série. L’autre enjeu était de s’affranchir du vénéré Juilliard, dans un scénario commun. De prendre, aussi, le contrepied, «de faire voler les cadres avec une série qui évolue» tout en respectant le genre. L’expressionnisme du trait fera rupture et Ninon, elle-même, sera changée par le cours du temps. «J’ai des bases classiques en dessin mais j’aime bien les gros nez, je me promène entre les styles graphiques», explique l’auteur, admirateur de «tous les dessinateurs» qu’il observe en graphologue. Selon lui, l’essentiel réside dans le point de vue, la nuance, le choix du ton. Précisément, le ton fut d’importance lorsq u e David Prudhomme a adapté, avec Etienne Davodeau, le roman de Georges Brassens, La Tour des miracles. Eblouissant, le livre entraîne le lecteur dans le délire du bonhomme, fantasmes tourbillonnants et carminés, que le corps massif, statique, de Brassens amarre à l’imaginaire collectif. Il suffit, là, de voir pour entendre... «la tempête souffle et l’on s’en fout». Prudhomme, qui avait déjà dessiné Brel, Vian, Piaf, dans des ouvrages collectifs, s’est appliqué à faire coïncider récit, images, temps de lecture et rythme de la chanson. Ce rapport texte-images, le dessinateur l’explore continuellement, dans Voyage au pays des Serbes sur un scénario de Christophe Dabitch ou avec ses compagnons de La Lunette, atelier sis à Bordeaux. Au fil d’une revue trimestrielle, les auteurs réunis mêlent bande dessinée, littérature, photographies... David Prudhomme s’attarde aussi, réaliste, sur les attitudes humaines, curieux de ce que les corps révèl e n t . Il les a croqués dans Les Assis et dans
BIBLIOGRAPHIE 1993-2004, Ninon secrète, scénario Patrick Cothias, Glénat (6 tomes). 1999, Port Nawak, scénario Jean-François Hautot, Vents d’ouest. 1999, Don Quichotte, in «Je Bouquine» n° 187, Bayard. 2001, Le Jeu du Foulard, scénario de Pascal Rabaté, Charrette. 2002, 2005, L’Oisiveraie I et II, Le Rideau des arbres. 2003, Voyage au pays des Serbes, textes de Christophe Dabitch, Autrement. 2003, La Tour des miracles, d’après le roman de Brassens, adaptation d’Etienne Davodeau, Delcourt. 2004, Les Assis (dessins), éditions de l’An 2.
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La Maison mère de la création
Lieu de création, dévolu aux arts graphiques narratifs, la Maison des auteurs d’Angoulême présente sa quatrième exposition festivalière... Moment privilégié qui permet de découvrir la richesse des talents accueillis dans la demeure de pierre, le temps de la conception et de la réalisation d’un projet. Intitulée «Haute résolution graphique, une exploration de l’image d’aujourd’hui», l’exposition emprunte à l’imagerie informatique, électronique et réseautique pour mettre en scène les travaux de dix-huit artistes résidents et relier les champs d’expression : bande dessin é e , illustration, dessin animé, multimédia... «Cette exposition reflète la diversité de styles des auteurs et tente de montrer comment certains, polyvalents, explorent différentes techniques et passent de l’une à l’autre», explique Pili Munoz, directrice de la Maison des auteurs. Dès l’entrée, le visiteur est confronté à une énorme matrice, métaphore de l’activité de création, d’où s’échappent des câbles et des fils conducteurs. Puis dans une semi-obscurité, traversée de lignes lumineuses, il est guidé vers les différents supports, recherches et travaux : images fixes de bande dessinée, séquences vidéo, dessins animés, installation multimédia... Un spectacle d’images qui, le soir venu, se propage aux murs extérieurs et voisins.
Exposition du 27 janvier au 12 février (commissaire-scénographe : Sylvie Chabroux) à la Maison des auteurs, 3, avenue de Cognac, Angoulême. Tél. 05 45 22 86 10
L’Oisiveraie dont il signe le scénario et le dessin. «L’histoire ? Trois fois rien. Des petits vieux qui, après le marché, vont boire un coup de blanc au bistrot, commente Etienne Davodeau. Et quand ils évoquent des souvenirs de chasse ou d’enfance, on entend le récit d’une existence entière.» La sortie du tome II est programmée pour le Festival. L’auteur travaille en ce moment à l’adaptation de La Farce de maître Patelin, entame une histoire sur un scénario de Rabaté... se livre «avec bonheur et en se donnant de la peine» à l’art bande dessinée : soit la simplicité du trait doué d’un fol impact et la liberté de se laisser bercer par l’histoire ou d’aller à contre-courant. ■
OUBAPO LA BD SOUS CONTRAINTES
A l’image de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), l’Ouvroir de bande dessinée potentielle (Oubapo), riche de huit membres – François Ayroles, Anne Baraou, Gilles Ciment, Jochen Gerner, Killoffer, Etienne Lécroart, JeanChristophe Menu, Lewis Trondheim –, explore, depuis 1994, la bande dessinée sous contraintes. L’exposition installée au CNBDI révèle quelques-unes de ces figures imposées : itération (élément répété à l’identique dans chaque case de la planche), plurilecturabilité (différentes lectures d’une même case, d’une même planche ou de plusieurs), restrictions (interdit fait au dessinateur de représenter un élément donné), réductions et expansions dites contraintes transformatrices, substitutions, hybridations... L’exposition présente aussi des exercices collectifs : le Morlaco (récit qui «se mord la queue» en six strips de six cases, à raison d’un par auteur, réalisé en deux phases, trois auteurs générant d’abord, indépendamment, un canevas que les trois autres complètent ensuite en ne connaissant que le strip qui les précède et celui qui les suit), le ScrOUBAbble ou le Maraboudaveugle. A découvrir aussi une BD géante, des planches à retourner soi-même, des cases à faire pivoter, un strip aléatoire sur écran tactile... En bref, une rétrospective sélective et pédagogique assaisonnée de nouveautés exceptionnelles. Exposition au CNBDI, 121, route de Bordeaux, du 27 janvier au 25 avril 2005
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Ci-dessus : dessin extrait de l’album Les Assis, éditions de l’An 2. Exposition David Prudhomme, conçue par Gérald Gorridge et Dominique Hérody. Une centaine de dessins et de planches de bande dessinée. Musée du papier Le Nil, rez-deCharente, 134, route de Bordeaux, Angoulême.
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EGO COMME X
Dans la prison, de Kazuichi Hanawa, traduit du japonais par Thibaud Desbief (224 p., 25 e ). L’auteur a passé 3 ans dans une prison de l’île d’Hokkaidô, pour détention illégale d’arme à feu. Il décrit scrupuleusement la vie dans cette «communauté». Un pamphlet contre le système carcéral nippon. L’Homme sans talent, de Yoshiharu Tsuge (224 p., 25 e ). Ce grand livre d’un maître de la manga d’auteur est sélectionné pour le Prix du meilleur album cette année au Festival d’Angoulême. ego-comme-x.com
203 portraits E
n quelques traits de plume et un coup de pinceau, Dominique Hérody fait exister un personnage. Quelqu’un d’inconnu mais qu’on croit avoir déjà croisé. Mais où, quand, avec qui ? La mémoire défaille alors on s’invente des histoires. Chaque portrait de son livre Tête à tête, paru en 2003 aux éditions de l’An 2, peut ainsi nous embarquer très loin. Comme Dominique Hérody aime aussi les mots, il s’est amusé à raconter ces 203 personnages. De courts textes répondent page à page aux dessins. Avec toujours autant d’humour et de légèreté, il les fait parler, rêver, fantasmer, s’aimer, s’entredéchirer. L’ensemble constitue un roman des regards croisés et des amours. Le style alerte pourrait laisser croire qu’il s’agit de propos pris sur le vif. Manière élégante de dire ce qui réjouit dans la vie, ce qui fait mal aussi. J.-L. T.
203, de Dominique Hérody, éd. Le temps qu’il fait, 128 p., 15 e
Autoportrait de Dominique Hérody.
AU FIL DU NIL
Quelque 160 pages, couleur et noir et blanc... Le recueil de bandes dessinées Au fil du Nil, 15e du nom, est réalisé par les étudiants de l’Ecole supérieure de l’image (ESI) d’Angoulême. L’ouvrage, pour la première fois non thématique, est accompagné d’une exposition de planches originales et de travaux numériques. Histoires et espaces imaginaires, récits ancrés dans la réalité, impressions de voyages... Exposition et ouvrage à découvrir sur place, au 134, rue de Bordeaux, à Angoulême.
LE LÉZARD NOIR
A Poitiers, ce nouvel éditeur publie pour la première fois en France deux livres illustrés par Suehiro Maruo : L’Art du bain japonais et Exercices d’automne (texte de Leonard Koren, 40 p., 9,90 e ). Cet auteur de manga artistique vit à Tokyo. Son travail puise sa source chez les surréalistes, Bellmer, Bataille… lezardnoir.org
Aux éditions l’An 2 F
Fluffy, tome I, de Simone Lia, collection «Traits féminins», traduit de l’anglais par Jean-Paul Jennequin (84 p., 15 e ). Fluffy est un petit lapin, mignon et assez bavard. Il habite à Londres, aux côtés d’un jeune célibataire qu’il appelle Papa et dont il perturbe la vie sentimentale. Ensemble, ils partent en Sicile, en passant par Paris. Une bande dessinée faussement naïve et grandement jubilatoire.
EXILE EN BD
Dix chansons d’Exile, le groupe de «rock à texte» de Châtellerault, ont été illustrées par autant d’auteurs de BD et réunies dans un livre, Musique en planches. Exposition du 24 au 29 janvier à Angoulême (Institut du son) et concert avec projection des illustrations le 25 à 20h30. terredexile.com
LE CROÎT VIF
L’éditeur régionaliste s’ouvre à la BD avec La Dame blanche de Talmont (48 p., 12 e ) d’Olivier Fouché (dessin) et Pierre Dumousseau (scénario). Une histoire fantastique sur le chemin de Saint-Jacques en Saintonge. croitvif.com
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Mes années de jeunesse, de He Youzhi, collection «Romans visuels» (80 p., 17 e ). Première œuvre du dessinateur chinois traduite en France, période 1922-1952, elle relate en une suite de dessins accompagnés de brèves légendes l’enfance, l’apprentissage et l’entrée dans la carrière de He Youzhi. Exécutés en 1987, les dessins, délicats et précis, fourmillent de détails pittoresques sur la Chine prémaoïste. He Youzhi a été professeur à l’Institut central des Beaux-Arts de Chine, en même temps que directeur du comité de la bande dessinée de l’Association chinoise des artistes. Il vit désormais retiré à la campagne, non loin de Shanghai où le musée des Arts consacre une salle entière à ses travaux. Les éditions de l’An 2 exposent, durant le festival, quatre artistes de la collection «Romans visuels», He Youzhi, Barbara Yelin, Marc-Antoine Mathieu et Ludovic Debeurme, au 113-115, route de Bordeaux à Angoulême.
editionsdelan2.com
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07/01/2005, 12:02
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