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Les morts néolithiques de Prissé-la-Charrière
Depuis dix ans, le tumulus de Prissé-la-Charrière dans les Deux-Sèvres fait l’objet de fouilles exceptionnelles. En 2004, la découverte d’une chambre funéraire intacte ajoute au caractère unique du tumulus
Par Anh-Gaëlle Truong Photos CNRS
I
Vue de la partie centrale du tumulus de Prissé-laCharrière. A gauche, on distingue la dalle qui recouvre la chambre funéraire.
l y a 6 000 ans, à Prissé-la-Charrière près de Niort, des hommes du Néolithique ont déposé sept de leurs défunts dans une chambre funéraire de 4 m², bordée de parois en pierres sèches et surplombée d’une dalle de 2,5 tonnes. De l’extérieur, la tombe avait la forme d’une rotonde de pierres sèches. Plus tard, sans qu’on sache combien de temps après, d’autres hommes du Néolithique ont inclus ce cairn ainsi qu’un tertre adjacent dans un immense tumulus de cent mètres de long. Cet été, Ludovic Soler a été le premier et le seul – pour ne pas multiplier les apports extérieurs d’ADN – à troubler l’intimité de ce tombeau. L’anthropologue et thésard à l’Université de Rennes I y a découvert les squelettes des sept individus, un vase support, «le premier qu’on n’ait jamais découvert intact», un se-
cond vase, une perle et un morceau de parure. «Nous avons la chance que cette chambre n’ait été perturbée ni par des incursions animales ou humaines, ni par des perturbations naturelles. Elle est d’autant plus inestimable pour les chercheurs qu’elle n’a pas non plus été réutilisée comme sépulture par des populations plus tardives.» Photographiés et dessinés, tous ses éléments seront soumis à une batterie de tests. Par exemple retrouver la position d’origine des corps, un choix qui n’est jamais aléatoire puisqu’il est le reflet d’une certaine appréhension de la mort. Mais cette position adoptée voici 6 000 ans a été bouleversée par la décomposition des chairs. Si l’individu a été allongé, les deux mains posées sur le ventre, ces dernières vont glisser à travers le bassin ou de chaque côté du corps. On pourrait en déduire, à tort, que le mort avait dès l’origine les mains le long du corps. De fait, les positions assises sont encore plus difficiles à déterminer : «Certains indices vont dans ce sens, c’est à vérifier.» Les scientifiques essaieront également de déterminer l’identité de ces sept défunts pour lesquels la communauté a consenti des efforts titanesques. «On pense immédiatement à des chefs mais il y a aussi des femmes et des enfants. Peut-être est-ce une famille dirigeante.» Pour le savoir, les scientifiques utiliseront l’analyse ADN sans garantie de résultats. En effet l’ADN doit être suffisamment conservé et s’il l’est, il ne donnera pas forcément d’informations pertinentes. «Dans les communautés restreintes, l’ADN est proche même dans deux familles distinctes», explique Ludovic Soler. En outre, les contraintes techniques sont importantes : si personne d’autre que l’anthropologue, qui portait des gants, n’a touché les ossements, les autres archéologues se sont approchés de l’entrée de la chambre, risquant à tout moment de polluer l’environnement des ossements. De fait, ils ont dû prélever l’ADN de tous ceux qui ont travaillé autour. «Nous n’aurons de résultats qu’après la datation au carbone 14. En effet, la pertinence de l’ana-
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lyse ADN ne vaut que si la mort des individus est proche d’au moins une centaine d’années.» Fouillé depuis 1995, le tumulus de Péré à Prissé-laCharrière a dévoilé une organisation complexe, proche des poupées russes, correspondant à plusieurs périodes de construction à l’époque d’un intense foisonnement mégalithique dans toute l’Europe Atlantique vers 4 500 avant J.-C. «L’objet de la fouille est d’obtenir une étude exhaustive d’un tumulus, comme cela n’a jamais été fait auparavant, afin de mettre en évidence toutes les étapes de la construction.» Le tumulus a un plan d’ensemble trapézoïdal. D’une longueur de 100 m, il mesure 19 m de large à son extrémité est et 15 m à son extrémité ouest. Il contient trois chambres funéraires indépendantes, et peut-être une quatrième dans le quart est qui n’est encore que partiellement fouillé. «Il est clair, souligne Chris Scarre, un des trois responsables de la fouille, que la chambre ouest est le noyau à partir duquel le tumulus s’est agrandi, au fur et à mesure des époques, pour atteindre la forme que nous connaissons aujourd’hui.» Ainsi, cette première chambre a été scellée par la juxtaposition sur sa façade ouest d’un tumulus de dimensions plutôt modeste : 23 m de long. Cet ensemble était, à l’origine, entouré d’un fossé d’où ont été extraites les pierres de construction. Ensuite ce premier tumulus a été recouvert et incorporé au tumulus actuel, quatre fois plus long. Une des chambres funérai-
res, celle du milieu, fait d’ailleurs partie intégrante de cet agrandissement. Elle a été conçue en même temps. Aujourd’hui elle est quasiment détruite, les Gallo-Romains ayant utilisé ses pierres pour construire un four à chaux. Mais il apparaît que la troisième chambre, la plus à l’est, celle qui a été fouillée cette année, est antérieure à l’agrandissement. Ce tumulus de 100 m englobe donc deux constructions antérieures : un tumulus plus petit et le cairn circulaire. Trois chercheurs, Luc Laporte, du laboratoire C2A, Civilisations atlantiques et archéosciences (CNRS, ministère de la Culture, Universités de Nantes et de Rennes I et II), Roger Joussaume pour ArScAn, Archéologie et sciences de l’Antiquité (CNRS et Universités de Paris I et X), et Chris Scarre, du Mac Donald Institute en Angleterre, coordonnent ce vaste chantier qui a mobilisé cet été une quarantaine de personnes. Encore trois ans de fouilles sont programmés. Leurs résultats conditionneront la décision d’une seconde autorisation triennale. Quant à la mise en valeur, elle n’a pas encore donné naissance à un projet. Ce que regrette Ludovic Soler : «La multitude de tumulus présents dans la région, à Bougon (les plus connus) mais aussi à Sainte-Soline, Availles-sur-Chizé, sur le pourtour du Marais poitevin et en Charente justifierait la création d’une route des tumulus.» ■
Le détail des fouilles sur www.mcdonald.cam.ac.uk/Projects/Prisse/index.htm
La chambre funéraire découverte intacte avec ses sept squelettes du Néolithique.
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