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culture
tuelle capitale dans ce perfectionnement dont Deneyer dit qu’il «[s’] obstine à faire le but de [son] existence». De ce fait, nombre de textes délaissent le mode narratif pour devenir des poèmes en prose méditatifs, paliers successifs de la rêverie et de l’interrogation dans le dépassement de soi, dans cette purification que l’Orient exige et qui ramène à l’aube de soi-même pour percevoir l’harmonie de l’univers et y a d h é r e r . Il s’agit de savoir, comme l’écrit superbement Deneyer dans l’ultime chapitre, comment «appartenir à un si vaste chant». Du Japon guindé, perturbant, étonnant, ce voyageur intérieur retiendra moins le divertissement exotique que le miroir purifié par le vide des jardins zen. «…la vacuité immaculée des graviers avait fait de Moi l’infini de la découverte.» On en souhaite autant au lecteur dans sa traversée et au terme du livre de Marc Deneyer.
Jean-François Mathé Ed. Le Temps qu’il fait, 148 p., 23 e
MARC DENEYER
Kujoyama
D
u désir d’Asie à sa réalisation, il y a la distance qui sépare l’enfance de l’âge adulte. Marc Deneyer va de l’un de ces extrêmes à l’autre, sans transition : entre les rêves de son enfance belge, entretenus aussi bien par des missionnaires que par Le Lotus bleu d’Hergé, à l’arrivée effective au Japon, une ellipse temporelle confronte brutalement l’imaginaire au réel. Marc Deneyer séjourne à Kyôto en 2000, dans le but de photographier des jardins de monastères. Et ce livre, qui aurait pu n’être que le résultat visuel de l’entreprise, est en fait bien autre chose où la photo, si elle a encore son «mot» à dire, passe pour l’essentiel le relais à l’écriture. Mais dans l’écriture même, le photographe reste présent : plutôt qu’un récit linéaire, Deneyer nous propose un découpage en fragments, ou plutôt en éclats successifs, de son expérience. Comme en photographie, chaque texte, juxtaposé au précédent, encadre ce que le regard, l’émotion, la réflexion ont révélé à un moment donné du séjour. Mais aucune photo n’aurait pu dire ce que les anecdotes nous apprennent sur les complexités de la diplomatie et des comportements qu’il faut assimiler pour être soimême accepté, un tant soit peu, dans cette civilisation à la fois si délicate et formaliste. Des anecdotes, donc, souvent teintées d’humour et d’étonnement, qui mettent brièvement en scène des personnages et des situations inoubliables où la grâce se mêle à «l’emprise tyrannique des traditions» et à «l’oppression des apparences». Si Kujoyama n’était que cela, il serait déjà un excellent livre d’initiation lucide au Japon. Mais l’essentiel est encore au-delà du visible et de l’anecdotique : cet ouvrage est surtout la relation d’une mise à l’épreuve de soi, aussi bien du corps (dans une fin d’hiver rude et poignante) que de l’esprit. Né d’un désir si ancien et si profond, le Japon ne pouvait être un simple lieu d’observation mais bien celui d’une étape spiri-
VÉRA PAVLOVA
L’Escampette publie L’animal céleste (104 p., 15 e ), premier recueil traduit en français par JeanBaptiste et Hugo Para. Une découverte qui ravira aussi ceux qui ne lisent pas de poésie. Née à Moscou en 1963, considérée en Russie comme l’un des poètes majeurs de sa génération, Véra Pavlova dit que la poésie est pour elle «la voie privilégiée d’exploration de l’espace spirituel».
PIERO OU L’ÉQUILIBRE
Dans son Piero ou l’équilibre, Christian Garcin préconise ceci : «Il faut aller vivre dans les peintures de Piero della Francesca : le temps s’y est évaporé, l’espace seul demeure et avec lui l’homme et son présent.» Et l’auteur tient magnifiquement parole. Dans la clarté de son écriture croisant récit et analyse, Christian Garcin fait, au présent, également cheminer le lecteur à la fois dans l’histoire de l’art de la Renaissance, dans la vie du grand maître et à l’intérieur même de quelques œuvres d’où apparaît «une humanité grave et lente que l’on vient d’extirper d’un sommeil éternel». D. T. Ed. L’Escampette, 80 p., 13 e
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La mélancolie de l’instant
près Une Petite Tristesse, Claude Andrzejewski livre Du Vin, du Vent (éd. La Dragonne), cinq nouvelles autobiographiques que l’on voudrait d’emblée plus nombreuses et dont il faut, sagement, se contenter. Faire preuve de raison donc quand l’auteur nous entraîne dans la plus déraisonnable des flâneries : la mélancolie de l’instant. Sur des routes drôles ou graves, Claude Andrzejewski va. Rencontre avec le dénommé Cheval blanc, un peu ivre et tout attendri de poésie ; amours perdues en chemin... en châteaux espagnols ; enivrement marin, déferlant, au bar de
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l’ovalie ; plaisir soudain de «traîner» à deux au gré des paysages ; amours anciennes, retrouvées et aussitôt sacrifiées au nom, qui sait, de la fugacité. L’auteur coule ses rêveries dans des mots précis et simples. Et l’on suit, ravis, inquiets, complices, son cheminement vers l’impossible quête. «Simplement jouir, écritil, se sentir tout entier dans la chair de l’instant.» A. D. Claude Andrzejewski, installé en Charente, publie également dans différentes revues dont Le Paresseux, journal littéraire d’Angoulême.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 67 ■
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07/01/2005, 10:26
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