fermer... recherche
LIKIUS ANDOSSA
Reconstruire le paléoenvironnement de Toumaï L
ikius Andossa a obtenu un grand prix de thèse 2004, décerné par la Région Poitou-Charentes, pour ses recherches sur «les grands ongulés du Mio-Pliocène du Tchad», sous la direction de Michel Brunet, directeur de la Mission paléoanthropologique francotchadienne (MPFT). C’est le deuxième paléontologue tchadien formé par Michel Brunet à l’Université de Poitiers et sur le terrain, c’est-à-dire dans le désert du Djourab au nord du Tchad. Likius Andossa étudie les fossiles de trois groupes, rhinocéros, girafes et chameaux issus de sites datant de 3 à 7 millions d’années où la MPFT a découvert deux hominidés, Abel et Toumaï. «L’objectif de ces recherches, dit-il, est de reconstruire le paléo-environnement des hominidés et de retracer l’histoire migratoire des groupes, notamment en les comparant aux faunes d’Afrique de l’Ouest.» Ces fossiles permettent non seulement de décrire les écosystèmes des premiers hominidés mais aussi de leur donner un âge par datation biochronologique (lire L’Actualité, n° 58). Ses travaux confirment les résultats obtenus par d’autres chercheurs de la MPFT sur des groupes différents : les sites tchadiens révèlent une mosaïque de paysages, de la forêt-galerie à la prairie de graminées en passant par la savane arborée, voire jusqu’au désert. Depuis sa thèse, Likius Andossa enseigne à l’Université de N’Djamena et participe aux missions de l’équipe de Michel Brunet. Et surtout, il essaie, avec son collègue Mackaye Hassane Taïsso, de trouver les fonds pour créer un laboratoire de paléontologie au Tchad. Le plus urgent serait de parvenir à installer des capteurs solaires afin d’éviter les incessantes coupures d’électricité. «Le Tchad n’est pas un pays riche, souligne le jeune chercheur, mais la découverte de Toumaï fait la fierté des Tchadiens. Quand vous circulez dans la capitale, vous voyez quantité de commerces, bars et restaurants qui portent le nom de Toumaï, y compris la compagnie aérienne nationale récemment baptisée Toumaï Air Tchad.»
J.-L. T.
Sébastien Laval
BERNARD MEUNIER PRÉSIDENT DU CNRS
Lors du conseil des ministres du 20 octobre 2004, un Poitevin a été nommé président du CNRS. Bernard Meunier est né en 1947 à Poitiers, ville dont il a fréquenté l’université (maîtrise de sciences physiques) avant de poursuivre ses études à Montpellier, d’obtenir son doctorat d’Etat à Paris XI et d’entrer au CNRS en 1973. Il est directeur adjoint du laboratoire de chimie de coordination du CNRS à Toulouse depuis 2003. A l’Ecole polytechnique, où il enseigne depuis 1993, il est professeur de chimie biologique et thérapeutique. Ses travaux ont donné lieu à 310 publications et 27 brevets. Bernard Meunier succède à Gérard Mégie, décédé en juin 2004, grand climatologue qui avait accordé un entretien à L’Actualité (n° 58, octobre 2002) sur le thème «Changement climatique : le siècle de la rupture».
4
MPFL
MICHEL BRUNET
Dans le désert libyen M
ichel Brunet participait au voyage de Jacques Chirac en Libye le 25 novembre 2004. Le directeur du laboratoire de géobiologie, biochronologie et paléontologie humaine (UMR 6046) de l’Université de Poitiers a signé une convention de coopération avec son homologue de l’Université de Tripoli. Depuis longtemps, le chercheur poitevin sou-
haitait étendre ses prospections du nord du Tchad au sud de la Libye, deux régions qui forment un ensemble biogéographique. Comme il le fit au Tchad, M i c h e l Brunet a créé une Mission paléoanthropologique franco-libyenne, équipe de recherche multidisciplinaire et internationale, qui partira sur le terrain au printemps prochain.
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 67 ■
Actu67.pmd
4
07/01/2005, 11:59
EDGAR MORIN
Liaison avec Poitiers L
a parution d’Ethique, dernier volume de La Méthode, grand œuvre d’Edgar Morin, a été saluée par la critique fin 2004. C’est la preuve que sa théorie de la complexité suscite un intérêt en France, mais son rayonnement a franchi les frontières depuis longtemps. Au Mexique, une université d’un type nouveau est en cours d’élaboration, à Hermosillo, selon les principes développés par Edgar Morin. En Equateur, l’Unesco de Quito et deux instituts ont publié un ouvrage sur la pensée c o m p l e x e : Manual de iniciación pedagógica al pensamiento complejo. Edgar Morin a confié à l’Espace Mendès France la réalisation d’une édition en français de cet ouvrage en partenariat avec l’Unesco. Nous avons souvent dit ce que les échanges avec Edgar Morin, depuis
Claude Pauquet a photographié Edgar Morin et d’autres personnalités en relation avec l’Espace Mendès France. Exposition sur place du 24 janvier au 21 février.
1994, avaient eu de stimulant et de productif pour l’action entreprise à l’Espace Mendès France et dans L’Actualité. Mais que représente Poitiers pour lui ? Tout d’abord, il cite les Rencontres CNRS Sciences et Citoyens qui, sous sa présidence, réunissent chaque année au palais des congrès du Futuroscope des scientifiques de toutes disciplines et des jeunes. «L’objectif était d’ouvrir le dialogue avec de jeunes citoyens mais aussi entre les scientifiques eux-mêmes qui vivent de façon très compartimentée et de les plonger dans un bain de société.» Plusieurs fois il a répondu aux invitations de l’EMF, c’est pourquoi il parle de «liaison» : «Le nom même de Mendès France symbolise une politique peu banale. Voilà un homme qui a voulu sortir de la langue de bois et des clivages habituels. J’ai découvert un centre vivant, très concret, avec lequel je me suis trouvé en résonance et en harmonie.» C’est aussi un lecteur de L’Actualité, «une revue qui aborde des sujets dont on ne parle pas dans les magazines ni dans les revues scientifiques». Sous l’impulsion de Didier Moreau, un Institut Edgar Morin est en projet à Poitiers afin de «réfléchir à la médiation et aux outils permettant de diffuser les éléments liés à la pensée complexe». J.-L. T.
NICOLAS PINEAU
Solution logicielle d’Enginn Software T
itulaire d’un doctorat de biologie cellulaire et pharmacologie, Nicolas Pineau est directeur général d’Enginn Software. Créée en juillet 2004, cette société innovante propose aujourd’hui une solution logicielle sans précédent destinée aux laboratoires d’analyse. Originaire d’Angoulême, Nicolas Pineau s’installe à Poitiers au début des années 1990 pour suivre un cursus de biologie. Après sa thèse soutenue en 2000, il prépare un projet de création d’entreprise dans le domaine des biotechnologies et du service aux entreprises : «Rien n’était vraiment planifié, c’est avant tout une histoire de rencontres. On m’a proposé de participer au pôle biologie santé (biopôle). J’ai commencé à travailler sur ce projet, et depuis je ne l’ai pas quitté.» S’ensuit alors la création d’une entreprise, Agenetech, spécialisée dans la veille technologique et dans «l’assistance auprès des collectivités dans le développement de leurs filières liées aux biotechnologies». Lors de ces missions, un deuxième projet de création d’entreprise est né. Accompagné par l’Incubateur régional Poitou-Charentes, le projet Enginn Software s’est concrétisé et regroupe aujourd’hui huit personnes. Le logiciel de planification IW4L calcule et produit des emplois du temps optimisés, dédiés aux laboratoires d’analyse. Il est capable de gérer et résoudre les problématiques liées aux délais de réponse à fournir aux clients. Il prend en compte une multiplicité de paramètres (contraintes horaires du personnel, maintenance des machines, demandes des clients...), et permet ainsi de fournir la meilleure solution en termes de rapidité et d’efficacité. Articulé autour de deux volets, «outil d’aide à la décision et gain de productivité», IW4L intéresse actuellement de nombreux clients. «On impacte directement sur la productivité et la compétitivité du laboratoire. Nous développons également des modules de simulation permettant de prévoir quels seraient les délais de réponse des analyses des clients en fonction de l’achat d’un nouveau matériel ou du recrutement d’une nouvelle personne.» Des partenariats stratégiques sont actuellement envisagés avec des éditeurs de logiciels spécialisés dans la traçabilité des échantillons, avec lesquels IW4L pourrait s’interfacer, et réciproquement. Cette plate-forme informatique commune s’annonce des plus prometteuses.
Boris Lutanie
www.enginn-software.com
Bruno Veysset
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 67 ■
5
Actu67.pmd
5
07/01/2005, 10:24
recherche
tion et des conseils en management.» Comme toute entreprise, l’ADIE doit dégager une marge de manœuvre suffisante pour être pérenne «car la demande est croissante et les fonds publics, absolument indispensables, risquent de se trouver limités». L’aspect opérationnel de la thèse vise donc à la conception d’outils d’évaluation pour mesurer et piloter la performance multidimensionnelle de l’ADIE. Pierre Rakotovao veut aussi inscrire sa recherche dans un cadre plus général dont l’objet sera de montrer le lien entre l’information, collectée par ces outils de mesure, et la décision des dirigeants d’entreprise, et d’infirmer ou de confirmer des théories comme celle de James March, penseur américain des organisations, selon laquelle «l’information collectée par les managers est davantage un outil symbolique qui participe plus à la démonstration de leur compétence de manager qu’un outil utilisé pour la prise de décision stratégique». Ce doctorant souhaite étudier d’autres cas, dont celui d’une institution malgache, grâce à un financement «action concertée incitative» du ministère de la Recherche. Et grâce à la bourse de la Fondation Cetelem, il va observer les processus de contrôle d’une institution financière plus classique en France. L’enjeu de la microfinance pose en effet une question cruciale : «Quel type de partenariat les banques et les institutions de crédit peuvent-elles envisager avec les institutions de microfinance ?»
Isabelle Hingand
PIERRE RAKOTOVAO
Les enjeux de la microfinance U
ne sensibilisation aux problèmes du développement à Madagascar où il a grandi, un goût pour le rationnel, et la lecture de Muhammad Yunus, à l’origine du concept de crédit solidaire et fondateur de la Grameen Bank au Bangladesh, expli-
quent en grande partie pourquoi Pierre Rakotovao, doctorant franco-malgache en sciences de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Poitiers, a choisi la microfinance pour sa thèse : «Pilotage et évaluation d’une performance complexe : Le cas des institutions de microfinance». «Ce système, dit-il, permet à des personnes ayant des idées mais pas d’argent de créer leur propre entreprise et donc leur emploi grâce à l’octroi d’un microcrédit.» Un sujet d’actualité puisque l’ONU a décrété 2005 «Année du microcrédit». Apparues vers 1970 dans les pays dits «en d é v e l o p p e m e n t » , les institutions de microfinance se sont développées récemment dans les pays industrialisés, parmi lesquelles l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE) en France en 1989, commanditaire de ce travail de recherche. «Institution de microfinance, cette association poursuit deux objectifs qui peuvent sembler a priori contradictoires. Le premier est économique en favorisant la création d’emploi par le prêt solidaire, le second est social en proposant un accompagnement aux créateurs grâce à de la forma-
Ces Remarqueurs qui toilettent la langue française…
Sébastien Laval
L
a Licorne a publié un ouvrage collectif intitulé Les Remarqueurs sur la langue française du XVIe siècle à nos jours, dirigé par Philippe Caron, professeur de langue française et de stylistique à l’Université de Poitiers. Les remarqueurs, ce sont ces gens de plume qui, depuis cinq siècles, accompagnent l’histoire du français de leurs observations correctives. «Ne dites pas ceci… Dites plutôt cela» est en gros leur refrain. Ce volume nous éclaire sur cette «tendance significative chez les Français de concevoir la langue comme un modèle auquel ils doivent se conformer». Le mythe de la pureté sous-tend l’histoire normative du français. Gardiens parfois sourcilleux de cette histoire, les remarqueurs dispensent les règles du bien parler et du bien écrire. Ces remarques sont parfois fondées sur des considérations esthétiques, sociomorales, voire religieuses, ce qui montre à
quel point la langue est sujette à des enjeux qui dépassent de beaucoup la simple capacité communicative. Elles se révèlent symptomatiques d’une civilisation obsédée par le souci de conformité. S’entreglosant sur leurs «cas de conscience linguistiques», ces casuistes de la langue ne cessent de nous interroger sur «la norme» et le «bon usage». Nul n’échappe à leur férule : toute littérature, même prestigieuse comme les tragédies de Racine, passe au tamis. Parfois vétilleuses, toujours singulières, ces réflexions flirtent quelquefois avec la xénophobie. Nombre de remarqueurs semblent tenaillés par la peur de l’hybridation, la méfiance à l’égard des parlers régionaux, la peur de l’autre susceptible de subvertir le système de la langue. La crainte à l’égard de l’anglais apparaît dès le XVIIIe siècle. Emondée de ses scories, de ses barbarismes et autres xénismes, la langue s’appa-
rente pour certains à un sanctuaire figé dans une temporalité suspendue : «Or ce qui constitue la dynamique d’un idiome, c’est aussi sa capacité à s’ouvrir à la diversité», ajoute Philippe Caron. Tiraillée entre normativisme et tentation transgressive, la langue française apparaît tantôt momifiée, tantôt bigarrée. Dire et ne pas dire : les remarques se succèdent, agacent, puis fascinent. «La tradition des remarqueurs perdure jusqu’au XXe siècle, affirme Philippe Caron. Sans disparaître, la sensibilité à la norme s’est atténuée ces derniers temps : il y a moins de remarques de langue dans les quotidiens. Si l’orthographe demeure encore un lieu de résistance très fort, l’insécurité linguistique est peut-être moindre et les modèles se diversifient.»
Boris Lutanie La Licorne (Presses Universitaires de Rennes), 410 p., 24 e
6
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 67 ■
Actu67.pmd
6
07/01/2005, 10:24
fermer...
Discussion
Aucun commentaire pour “Recherche”
Poster un commentaire