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L’équipe de psychopathologie clinique de l’Université de Poitiers étudie les souffrances adolescentes et le passage à l’acte. Selon Christian Hoffmann, «le mépris de la parole engendre systématiquement la violence»
Entretien Anh-Gaëlle Truong Photo Claude Pauquet
L’adolescent
L
Christian Hoffmann, directeur du laboratoire de psychopathologie clinique de l’Université de Poitiers.
est un baromètre social
a parole, l’adolescent et le jeune adulte, la violence… La reconnaissance en 2004 de l’équipe de psychopathologie clinique par le ministère de la recherche ouvre un champ jusqu’alors inexploré à l’Université de Poitiers. Quatre professeurs, six maîtres de conférences et quatre médecins associés s’appuient sur leur pratique clinique pour démonter les rouages de la souffrance psychologique, chez les adolescents et les jeunes adultes notamment. Explications avec Christian Hoffmann, responsable de l’équipe avec Daniel Marcelli et Jean-Louis Senon.
L’Actualité Poitou-Charentes. – La place et la fonction du langage sont primordiales dans vos recherches.
La pratique clinique s’appuie essentiellement sur la parole du patient. Sans cette parole, nous n’aurions pas accès à sa souffrance psychique. De fait, nous intégrons dans nos recherches une étude du rapport entre la parole et la souffrance. La parole n’est pas seulement un véhicule de la pensée mais un objet d’étude en soi, autant que son absence d’ailleurs.
Christian Hoffmann. – Par exemple ?
Nous avons montré combien l’absence de paroles échangées entre parents et adolescents peut être vécue comme une violence et l’engendrer. En effet, une des fonctions de la parole est de donner des limites. Lorsqu’elle ne circule pas, l’adolescent va agir à la place de ce qui pourrait le limiter. De fait, les agirs adolescents sont le reflet de l’état de l’autorité de la parole sans la culture. Les jeunes gens constituent d’ailleurs un baromètre si précis des problèmes sociaux qu’ils nous les indiquent avant même que nous les repérions. En outre, nos recherches montrent que le mépris de la parole engendre systématiquement la violence. Ainsi nous nous appuyons sur la fonction et l’état de la parole dans le social et, conjointement, sur le rapport de l’adolescent à l’autorité de la parole pour mener nos études.
Si l’adolescent est un baromètre social. Comment reflète-t-il les évolutions actuelles de notre société ?
Il y a recrudescence des souffrances adolescentes et apparition de formes nouvelles. Par exemple, tout dans la société exige la satisfaction immédiate du désir. En outre, l’adage «tout travail sera récompensé» n’est
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plus valable. De fait, si d’un côté le temps du désir n’est plus toléré et que, de l’autre, les promesses ne sont pas tenues, pourquoi ne pas aller au plus satisfaisant tout de suite ? Les conséquences sont qu’on ne se donne plus de temps, celui de l’attente qui est une coordonnée essentielle du désir. Chez les ados, cela peut se traduire ainsi : si je veux une casquette Nike et que je n’ai pas les moyens de l’acheter, j’irai la racketter ou la voler dans un magasin… Nous travaillons aussi sur la psychose qui se déclenche le plus souvent à l’adolescence. Le jeune, tout d’un coup, ne peut plus travailler, sombre dans la schizophrénie ou, suite à une rencontre sexuelle par exemple, peut déclencher une bouffée délirante aiguë. Ces psychoses sont plus fréquentes actuellement ; la prise accrue de drogues comme le cannabis dont, de plus, la teneur en THC est de plus en plus élevée, peut favoriser un tel état.
Les modèles proposés par des émissions comme le Loft ou la Star Ac ont-ils une part de responsabilité dans cette intolérance de l’attente ?
L’adolescence désigne-t-elle un âge ou un état ?
L’adolescence se déclenche à partir de la puberté. Mais peut avoir lieu bien après… Nous parlons de passage adolescent quand le sujet doit se situer comme homme ou femme dans un monde d’adultes avec une sexualité adulte, par opposition à la sexualité infantile.
D’ailleurs, l’adolescence est-elle forcément une crise ?
Les recherches ont montré qu’une personne vivant une existence sans adolescence risque de rencontrer des difficultés, notamment par des liens de dépendance trop forts à la famille et aux parents. L’adolescence est un passage obligé car c’est l’apprentissage du conflit dont l’enjeu est la séparation d’avec une dépendance familiale et l’entrée dans le monde social. S’il ne va pas porter sa question ailleurs que dans la famille, cela peut devenir encore plus complexe. ■
Probablement puisqu’elles sont des émanations de cette économie qui veut la jouissance immédiate. En tout cas, c’est à partir de ces programmes, conjointement avec d’autres, que les jeunes construisent leur subjectivité. Ce qui est inquiétant pour l’état de la culture.
Y a-t-il une manière différente de vivre son adolescence en fonction du milieu social ? Du sexe ?
Questionnements sur «l’enfant consommateur»
Le Centre européen des produits de l’enfant (CEPE) d’Angoulême, anciennement filière produits de l’enfant, créée en 1997 par l’Institut d’administration des entreprises de l’université (IAE) de Poitiers, publie un premier ouvrage intitulé consommation enfantine constitue de ce fait une tâche délicate...», écrit en introduction Valérie-Inès de La Ville, directrice du CEPE. Une vingtaine de chercheurs – en économie et gestion, sciences de l’éducation, psychologie, sociologie, histoire... – mettent ainsi en perspective les enjeux économiques, sociaux et idéologiques de la consommation enfantine. L’ouvrage est organisé en quatre parties : Enfant sujet et acteur de la consommation ; Tension entre visée éducative et désir de divertissement qui caractérise la consommation enfantine ; Création d’univers et incidences sur les univers culturels ; Les enjeux éthiques de la consommation enfantine... auxquels sont confrontés les managers, les pouvoirs publics, les parents, les professionnels de l’enfance et les chercheurs. «Comment transformer la consommation enfantine dans la société du risque ?», interroge la publication dont les auteurschercheurs ne sauraient faire l’économie de propositions. A. D.
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La mondialisation a unifié et standardisé cela. La passion des marques, par exemple, a traversé les milieux sociaux. En revanche, les filles et les garçons n’expriment pas leurs souffrances de la même manière. L’anorexie est une forme féminine tandis que les garçons s’expriment de préférence par des agirs.
Comment différencier la crise de l’adolescence et la pathologie ?
L’Enfant consommateur, variations
interdisciplinaires sur l’enfant et le marché, aux éditions Vuibert. Comme les formations dispensées au sein de l’établissement – licence des sciences de gestion, spécialité produits de l’enfant, et master science du management, spécialité produits de l’enfant –, l’ouvrage propose une approche novatrice qui associe les techniques de gestion aux sciences humaines. «En apprenant à relier un choix de consommation à un contexte précis de relations sociales – au sein de la famille, au sein d’un groupe de pairs, dans le cadre d’une relation d’autorité avec un enseignant par exemple –, l’enfant découvre des institutions, des règles sociales, des normes... mais aussi le poids des préjugés, des situations d’exclusion, etc. «L’analyse de l’activité de la
Les adolescents basculent dans la pathologie quand il y a expression d’une souffrance par des tentatives de suicide, des conduites à risque, des troubles alimentaires, des échecs scolaires, des addictions, aux jeux vidéo par exemple… Ce sont autant d’appels à l’aide pour trouver leur propre mode d’emploi, le moyen de devenir adulte et un être singulier. Nos recherches montrent que lorsqu’un appel n’est pas entendu, l’adolescent va s’enfoncer dans les agirs et se mettre en danger, lui et les autres. Il y a ainsi une augmentation inquiétante des suicides adolescents. Il faut savoir qu’avant tout passage à l’acte l’adolescent aura sollicité une relation à l’autre, aura lancé un appel à l’aide. Il en va ensuite de la disponibilité de cet autre. S’il n’est pas entendu, il y aura escalade des agirs, jusqu’au passage à l’acte.
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