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SAINT-CÉSAIRE
Dans la steppe de Pierrette A
u terme d’une dizaine d’années de gestation, le Paléosite de Saint-Césaire, en Charente-Maritime, a ouvert ses portes le 27 mai dernier. Ce village de 900 habitants, proche de Saintes, est devenu un haut lieu de la recherche préhistorique en 1979, quand le préhistorien François Lévêque a mis au jour, au lieu dit la Roche à Pierrot, dans des couches rocheuses datant de 35 000 ans avant J.-C., les ossements humains d’une jeune femme de Néandertal, qui sera baptisée plus tard Pierrette. «Si la découverte de Saint-Césaire a fait l’effet d’une petite révolution dans le monde scientifique, affirme le paléontologue Bernard Vandermeersch, coprésident avec Yves Coppens du comité scientifique du Paléosite, c’est que Pierrette présentait une particularité tout à fait exceptionnelle : on l’a trouvée dans un niveau beaucoup plus récent que celui qu’on attribuait aux Néandertaliens, mais surtout elle était entourée d’une industrie lithique que l’on croyait jusque-là avoir été fabriquée par des hommes modernes. Cela démontrait que ces Néandertaliens avaient évolué et qu’ils étaient probablement beaucoup plus proches de nous qu’on ne le pensait. Il a fallu modifier complètement toutes nos idées sur la fin des populations fossiles des Néandertaliens : 35 000 ans c’est l’époque où vivaient les hommes de Cro-Magnon, donc ils ont été contemporains pendant plusieurs millénaires. Reste à savoir quels ont été leurs rapports.» Le site même de Saint-Césaire n’a rien de particulièrement spectaculaire : le lieu de la découverte, un ancien abri sous roche éboulé au pied d’une falaise calcaire, abandonné à la végétation depuis des années, est en voie de réhabilitation. Le pari du Paléosite est de faire revivre aux visiteurs l’histoire et l’environnement de Pierrette, et l’histoire de l’humanité, en utilisant les techniques actuelles d’évocation et de reconstitution, films sur écran géant, animations interactives et images de synthèse en 3 D, le tout sous le contrôle vigilant du comité scientifique, au sein d’un bâtiment moderne implanté dans un parc de 5 ha. La muséographie du projet est l’œuvre du cabinet néo-zélandais Gibson International, qui s’était fait connaître avec la réalisation du centre culturel Jean-MarieTjibaou en Nouvelle-Calédonie. Le parc est en cours d’aménagement pour restituer l’aspect de la vallée du Coran à l’époque où vivait Pierrette. «Le climat était beaucoup plus froid qu’aujourd’hui, indique Bernard Vandermeersch, et nous avions ici un paysage de type steppique froid, avec des périodes où la couverture forestière était plus importante.» Virginie Teilhol, responsable scientifique et culturelle du Paléosite, est paléo-anthropologue ; elle a fait sa thèse sur les Néandertaliens de La Chaise-de-Vouthon (Charente). «Pour reconstituer le paysage et le climat de l’époque, dit-elle, nous travaillons sur les sédiments, pour savoir par exemple s’ils ont été apportés par l’eau ou par le vent, si les grains de quartz sont entiers ou cassés sous l’effet du gel. Nous étudions aussi les pollens fossiles : la proportion respective des différentes variétés nous donne une idée de la végéLévêque - Vandermeersch
tation. Il devait y avoir beaucoup d’herbacées, des bouleaux, dans des paysages assez ouverts comme aujourd’hui ceux du Nord de l’Europe. D’autre part, la faune est caractéristique des climats froids : rennes, chevaux, cervidés, rhinocéros laineux… En effet, les herbivores sont d’excellents indicateurs car ils dépendent étroitement de la végétation et se déplacent dès que celle-ci évolue, ce qui n’est pas le cas des carnivores, qui s’adaptent tant aux climats froids que tempérés et qui, de ce fait, migrent moins.»
Jean Roquecave
PAYSAGES DE MONIQUE TELLO
Souvent, la peinture de Monique Tello fait surgir des formes et des lignes que l’on peut interpréter comme des strates de paysages ou des couches géologiques. Pour cette édition de L’Actualité, elle a réalisé une série de peintures aux couleurs du Toarcien, étage géologique qui affleure (180 millions d’années) près de chez elle à Poitiers, dans la vallée de la Boivre. Cet été, la ville de La Rochelle présente ses grandes peintures de paysages au cloître des Dames blanches. Le catalogue est préfacé par Denis Montebello (La circulature du quadran). Deux autres ouvrages ont paru récemment : Monique Tello. Obstinément peindre, texte d’Antoine Emaz, suivi d’un entretien avec Jean-Luc Terradillos, aux éditions Le temps qu’il fait (avec le soutien de la Drac Poitou-Charentes), et Squiggle de François-Marie Deyrolle aux éditions Cardinaux. Exposition au cloître des Dames blanches, La Rochelle, du 8 juillet au 13 août. Tél. 05 46 51 51 51
Le Paléosite représente un investissement de 11,4 millions d’euros, dont 1 M€ de l’Etat, 1,8 M€ de la Région PoitouCharentes, 3,8 M€ du Département et un emprunt de 4,8 M€ souscrit par le maître d’ouvrage, le Syndicat mixte de la vallée du Coran, qui associe le Département et la Communauté de communes. La gestion du centre a été confiée après appel d’offres à la société Sogecie, constituée par d’anciens dirigeants du centre préhistorique de Tautavel, qui a créé sur place 40 emplois, dont 15 permanents, et envisage un chiffre d’affaires de 2 M€ pour un objectif de fréquentation annuelle de 100 000 visiteurs.
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Nayade - Paléosite
■ L’ACTUALITÉ POITOU-CHARENTES ■ N° 69 ■
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